Ledjely.com
Accueil » Guinéens, l’heure n’est pas à la démission
A la une Actualités Guinée Politique Tribune

Guinéens, l’heure n’est pas à la démission

Cette fois, Amadou Sadjo Barry dont nous avons déjà relayé ici d’autres réflexions, s’adresse en particulier aux acteurs politiques, aux autorités religieuses et morales (s’il en existe encore!), aux journalistes et plus globalement aux intellectuels. Car il perçoit chez ceux-là une forme de résignation et de démission. Les législatives passées, la présidentielle évacuée, il décèle chez certains d’entre ces catégories une tendance à s’accommoder de la réalité qui prévaut aujourd’hui. Et cette attitude, ils l’appellent pudiquement du réalisme. A l’impossible, nul n’est tenu, diraient-ils. Et c’est contre cette attitude d’aplatissement et de renoncement que s’élève l’auteur de la tribune ci-dessous. Il la dénonce en particulier chez ces catégories-là, car il est du devoir de celles-ci de tenir le phare pour l’ensemble. Ils ne peuvent et ne doivent pas, selon lui, abdiquer, au risque d’entrainer du fait de leur attitude peu courageuse, la démobilisation de l’ensemble de la population.

Il est courant de tenir les populations guinéennes pour responsables de leur malheur. Mais ce jugement, partiellement vrai, laisse dans l’ombre le rôle des acteurs politiques, des autorités morales et religieuses et des intellectuels guinéens dans la persistance des conditions d’injustice et d’inégalité politique. Une population est aussi à l’image de ses leaders, ceux qui interviennent dans le débat public, informent sur les enjeux de société et prennent position par rapport aux tensions qui affectent le destin d’une collectivité. Et de manière générale, le comportement des leaders et la nature de leur engagement ont un impact sur la manière dont une population réagit à l’endroit de sa condition politique. Autrement dit, s’accommoder d’une condition d’esclavage ou la refuser en exigeant le respect de son humanité dépend, aussi, de la manière dont les intellectuels, journalistes, politiques, artistes et religieux jugent la condition globale de leur société et entendent en conséquence se positionner.

Démission ou réalisme  

La condition misérable des Guinéens ne souffre aucune contestation, ce que confirme, indirectement, le concept vide et galvaudé de « gouverner autrement ». Il semblerait toutefois que l’esprit de l’accommodement a pris le pas sur l’esprit de la contestation constructive, celui qui dénonce l’injustifiable et propose à travers cette dénonciation l’avènement d’une société juste et équitable. En témoignent les discours selon lesquels le troisième mandat est derrière nous, et donc qu’il faudrait prendre acte du réel : reconnaître l’existence d’un président « élu » et une Assemblée nationale « légitime ».  Est-ce du réalisme ou une démission que cacherait l’injonction au réalisme ? Quel effet sinon celui d’une démobilisation pourrait avoir ce réalisme démissionnaire sur une population meurtrie par les pratiques récurrentes du troisième mandat ? Serait-ce que le réalisme impliquerait désormais une résignation à accepter la violation de la Constitution et l’institutionnalisation de l’autoritarisme qu’elle implique ? Non seulement je ne connais aucune école réaliste, en sciences humaines, qui appelle l’individu à se plier devant les mécanismes politiques qui génèrent de la violence et accentuent la misère humaine, mais surtout les luttes pour l’émancipation dans l’histoire (les luttes anti coloniales par exemple) n’auraient jamais vu le jour si leurs leaders s’étaient accommodés de la réalité de leur époque. Ce n’est pas du réalisme que de renvoyer à une histoire passée le troisième mandant d’Alpha Condé ; c’est plutôt un désistement, une abdication, que pourrait justifier la mobilisation par le régime des stratégies d’intimidation et de répression.

Le réel qu’est la Guinée  

En dehors des considérations philosophiques, le réalisme, c’est penser le réel tel qu’il se donne à voir. Or qu’est-ce que le réel en Guinée ? : un président et un gouvernement qui se maintiennent à la faveur d’une violation constitutionnelle , donc une autorité non légitime, une situation d’exception juridique, allégation de corruption récompensée, une Assemblée nationale non représentative et obsolète, déguerpissement dans un contexte où n’existe pas d’État social, précarité des systèmes de santé et d’éducation, une société civile inféodée au régime, arrestation et emprisonnement arbitraire,  une armée dédiée aux intérêts d’une minorité…voici le réel qui commande réflexion et action. Que faire ?

Le dialogue sans reconnaissance  

Ni reconnaître Alpha Condé, ni intégrer une Assemblée nationale taillée sur mesure pour le RPG. Le faire reviendrait justement à nier le réel, la vérité sur un pouvoir usurpé et légitimé par la force. Mais la non-reconnaissance n’implique pas une absence de dialogue. Car « la situation guinéenne est toxique », comme me le confiait un haut dignitaire du régime. Ainsi, il nous faut mobiliser toute l’imagination possible et les ressources rationnelles, stratégiques et diplomatiques pour pousser Alpha Condé à un départ – négocié ? – du pouvoir. Ce ne sera pas facile, parce qu’Alpha est le nom d’un système de privilèges et d’intérêts qui aspire à se maintenir à tout prix. C’est aussi cela la réalité. Mais pour nous (intellectuels, journalistes, religieux et acteurs politiques) qui jugeons inacceptable la condition sociale et humaine en Guinée, il nous revient de remobiliser la population à travers un discours et un comportement porteur de promesses et de changement. Pacifiquement, il s’agira, par la force du verbe et le pouvoir des convictions, de porter le désir du changement qu’exprime la majorité des Guinéens ; inspirer et influencer la population ; renforcer autour des injustices économiques et politiques la conscience d’un destin commun.  Il faudra tenir tête, du moins pour ceux en qui demeure la conviction pour une société guinéenne humaniste et démocratique.

Amadou Sadjo Barry

Professeur de philosophie

Cégep de St-Hyacinthe

Québec, Canada 

Articles Similaires

LABÉ : Dr N’Famara Bangoura explique comment les détenus atteints du Covid-19 sont pris en charge au CTEPI

LEDJELY.COM

COVID-19 : la vaccination bientôt rendue obligatoire en Guinée ? Dr. Sakoba Keita répond…

LEDJELY.COM

URGENT: « Layltoul Qadr » sera célébrée à la maison

LEDJELY.COM

FONCTION PUBLIQUE : Alpha Condé demande le remplacement des agents ayant atteint l’âge de la retraite

LEDJELY.COM

« Le plus fondamental demeure la vie et la santé », Alpha Condé tranche-t-il dans l’affaire des prières nocturnes ?

LEDJELY.COM

NECROLOGIE : programme des funérailles du beau-frère de Aboubacar Makissa Camara

LEDJELY.COM
Chargement....