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LUCA ATTANASIO : une mort qui interpelle Tshisekedi et la Monusco

Certains défis, quand vous vous évertuez à les oublier, finissent par vous revenir en pleine figure. C’est du moins un peu comme cela qu’on peut percevoir la dramatique attaque qui, ce lundi 22 février, a coûté la vie à l’ambassadeur de l’Italie en République démocratique du Congo, Luca Attanasio. En effet, si les événements qui ont entrainé la mort du diplomate italien, son garde-corps et son chauffeur, dans le nord de Goma, dans l’est de la RDC, sont le reflet d’une insécurité dont la région est la proie depuis plus d’une vingtaine d’années, ils viennent surtout rappeler au président Félix Tshisekedi les engagements qu’il avait pris, à savoir qu’il ferait de cette crise sécuritaire une de ses priorités. Engagements qu’il tarde néanmoins à honorer, occupé qu’il était à se libérer du mariage forcé avec l’ancien président Joseph Kabila. Mais l’attaque tragique contre le convoi humanitaire dans lequel se trouvait Luca Attanasio est aussi un pied-de-nez à la mission onusienne, la Monusco. Un des plus gros contingents des Nations unies dans le monde, qui engloutit énergie et argent, pour un résultat finalement plutôt mitigé.

Un rappel pour Tshisekedi

C’est une dynamique positive que l’attaque et la mort du diplomate italien viennent stopper net pour le président Félix Tshisekedi. Alors qu’il vient de remporter un succès diplomatique des plus retentissants en devenant président en exercice de l’Union africaine et qu’il avait à peine réussi à se libérer de l’emprise de son prédécesseur, il doit vivre les événements tragiques d’hier comme un camouflet. D’autant que la mort d’un diplomate étranger à un retentissement planétaire. Mais on ne peut pas cependant dire que le chef de l’Etat se soit particulièrement investi depuis son arrivée au pouvoir pour restaurer l’ordre et la quiétude dans l’est de son pays. C’est pourtant l’engagement qu’il avait pris durant la campagne électorale et au lendemain de son investiture. Cette zone orientale du pays, aussi riche que risquée, il avait promis d’y ramener la sécurité afin de protéger les vies des Congolais et rassurer les investisseurs qui seraient tentés par les potentialités aussi bien du sol que du sous-sol. Mais Tshisekedi n’aura pas eu le temps d’honorer son engagement. Les deux dernières années, il les a passées à essayer de se libérer d’une coalition dont il était littéralement devenu prisonnier. Deux ans durant lesquels les choses ne se sont pas améliorées dans l’est du pays. Au contraire, les populations y sont toujours soumises aux affres d’une foultitude de groupes armés, aussi cyniques et criminels les uns que les autres. Une situation dont la mort tragique du diplomate italien n’en est qu’une dramatique illustration.

La Monusco est-elle encore nécessaire ?

Mais il n’y a certainement pas que les autorités congolaises, à leur tête le président de la République, qu’il faille blâmer. En pareille circonstance, il convient également de demander des comptes à la mission des Nations unies dans le pays. En effet, que vaut-elle si elle ne peut même pas empêcher que l’on s’en prenne mortellement un diplomate étranger ?  Que vaut-elle si une mission humanitaire ne peut pas aller de la ville de Goma pour le territoire de Rutshuru ? Avec 14.000 militaires, 660 observateurs militaires et officiers d’état-major, 591 policiers et 1.050 membres des unités de police constituées, son mandat vient pourtant d’être renouvelé jusqu’au 20 décembre 2021. Mais c’est à se demander si on a eu raison de renouveler ce mandat. Pourquoi en effet continuer à s’encombrer d’un dispositif dont l’un des objectifs est de protéger des civils, mais qui peine à produire des résultats ? La Monusco a-t-elle vraiment pour vocation d’aider la RDC à sortir de cette lancinante crise ? En tout cas, d’une part, les moyens humains, matériels et financiers colossaux, et de l’autre, les maigres résultats à mettre au crédit de la mission, permettent d’en douter. Du moins au niveau de l’opinion publique congolaise et africaine. Parce qu’en ce qui concerne les élites dirigeantes du continent, ce type de questionnement plutôt osé n’est pas vraiment à l’ordre du jour. Et pourtant ! Si plus de 20 ans après son déploiement, la MONUSCO (anciennement MONUC) peine toujours à produire des résultats probants, on devrait légitimement s’autoriser quelques interrogations. Y compris celles qu’on n’ose à peine envisager.

Boubacar Sanso BARRY

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