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L’infantilisation des collaborateurs…l’autre sens du ‘’Gouverner autrement’’

Depuis quelques semaines, le président Alpha Condé ne jure que par le ‘’changement’’. La rupture d’avec des pratiques dont la majorité ont prévalu durant les 10 dernières années, c’est le nouveau rêve que le chef de l’Etat vend à ses compatriotes. Le nouveau départ, il l’imprimera, assure-t-il. D’où le « Gouverner autrement ». S’il faut se donner le temps d’observer avant de juger des résultats, il convient de relever néanmoins qu’il y a déjà chez le président de la République quelque chose qui ne change pas. C’est sa tendance à incarner (à lui tout seul surtout) son aspiration au changement. Lui se présente comme un saint. Mais autour de lui, tout le monde est Satan. Cette attitude-là de la part du président Alpha Condé n’a pas changé. La tendance est plutôt à son renforcement. Cela étant particulièrement facilité par la prédisposition du cadre guinéen à se laisser marcher dessus par le supérieur hiérarchique.

Le rabaissement comme stratégie

Le fait d’avoir triomphé des opposants au troisième mandat semble avoir laissé la place chez le président de la République à un sentiment de toute-puissance, une impression d’invulnérabilité à toute épreuve. Une mutation dont ses adversaires ne sont cependant pas les seuls à faire les frais. Certes, Ousmane Gaoual Diallo et ses compagnons d’infortune sont ceux qui séjournent à la Maison centrale de Conakry. Toutefois, on a des raisons de penser que pour beaucoup de membres du gouvernement et d’autres hauts commis de l’Etat, le rabaissement systématique auquel ils sont soumis par le président ne confère pas que du confort. En effet, depuis quelques semaines, dans le sillage de la vulgarisation du concept « Gouverner autrement », le président s’est comme inscrit dans une dynamique d’avilissement de ses collaborateurs. Même s’il a confirmé bon nombre d’entre à eux à leurs postes, il ne rate aucune occasion de leur rappeler que c’était néanmoins un cadeau que beaucoup ne méritaient pas. Et eux, taillables et corvéables à volonté, au lieu de s’en offusquer, s’en accommodent en offrant, quand l’occasion se présente, juste un sourire gêné.

Stratégie du bouc-émissaire

Cela a commencé avec les fameuses visites inopinées du président Alpha Condé dans un certain nombre de départements ministériels. Visites dont l’objectif pour le président de la République était de s’assurer que ses nouvelles consignes sont suivies d’effet. Mais une démarche qui était en soi révélatrice du peu de confiance entre lui et ses principaux collaborateurs. Et en cela, le comble c’est quand, à l’occasion de chacune de ces visites, le chef de département était obligé de passer devant cameras et micros pour commenter le déplacement présidentiel. Redevenant pour la circonstance de simples gamins, ils saluaient tous le fait que le président soit venu leur rappeler leur devoir.  Quelle hypocrisie ! Quelle négation de soi ! Comment peut-on se réjouir que l’on nous rappelle nos insuffisances, nos manquements voire notre irresponsabilité ? De fait, si on ne nageait pas en pleine démagogie, lesdits responsables auraient tout simplement compris que le président de la République les jette en pâture. Aux Guinéens, il dit en substance que lui veut le changement, mais que ce sont ses collaborateurs qui se refusent de traduire celui-ci sur le terrain. C’est la stratégie du bouc-émissaire. Malheureusement, les pauvres ministres, soit parce qu’ils n’y comprennent rien, soit parce que nous sommes dans un pays où le chef a toujours raison, jouent docilement le jeu. Quitte à se rendre complices de leur propre déchéance.

Humilier les uns pour manipuler les autres

Dans la même veine, à l’occasion de la cérémonie de lancement de l’évènement Guinea Invesment Forum (GUIF), Alpha Condé n’a pas fait de cadeau à ses compatriotes. Au nom d’un certain franc-parler qu’il revendique à souhait et d’un courage politique dont il se dit l’incarnation singulière, il est allé jusqu’à traiter les Guinéens de tortues dont il faut chauffer le derrière pour que la tête apparaisse. « Vous savez, les Guinéens n’ont pas honte, ils ont peur », avait-il lancé dans une salle en partie remplie d’étrangers. Ici, même si le chef de l’Etat évoque les Guinéens dans leur ensemble, il ne pense pas moins à quelques catégories spécifiques qui ne trouvent généralement pas grâce à ses yeux. Il s’agit notamment des cadres qui englobent tout à la fois les ministres, les responsables de régie et plus largement tous les agents de la fonction publique. Il s’agit aussi des commerçants qui, très souvent dans l’entendement du président de la République, ont été assimilés à la spéculation et au profit exorbitant. Ces catégories-là, Alpha Condé les distingue très souvent des Guinéens ordinaires dont les paysans. Ces derniers sont les chouchous du chef de l’Etat. Dans une démarche populiste et de manipulation, il s’en fait très souvent d’ailleurs le défenseur attitré. Il offre les premiers en sacrifice pour s’assurer le soutien et l’adhésion des seconds.

Gouverner autrement, une récupération ?

Enfin, est arrivé le séminaire gouvernemental. Ou plus exactement l’atelier de formation à destination des membres du gouvernement Kassory Fofana. Au menu de la retrouvaille dans un hôtel de la place, le ‘’Gouverner autrement’’ bien sûr. Et dans le rôle de l’expert-formateur, Augustin Matata Ponyo, l’ancien premier ministre de la RD Congo. L’ancien chef du gouvernement congolais dont Alpha Condé dit que c’est un « Africain qui a fait progresser son pays ». Voilà qui devrait nous situer sur les ambitions que le président de la République associe au concept « Gouverner autrement ». Mais laissons cela de côté pour regarder de près le schéma dans lequel Matata Ponyo d’une part, incarne le professeur, et de l’autre, Kassory Fofana et les membres de son gouvernement, jouant aux étudiants attentifs et impressionnés. Si l’on y ajoute que le brillantissime exposé a porté sur les concepts de Leadership et de Gouvernance, l’on devrait s’accorder sur le fait qu’un gouvernement a été rarement autant rabaissé en Guinée. En effet, comment peut-on imaginer des ministres dont certains sont en place depuis plus deux ans, mais qui ne sachent pas le beaba du leadership ou de la gouvernance ? Mais surtout, comment comprendre que ce soit un ancien premier ministre congolais, pays dont on connait les propres problèmes, qui serve de modèle au président Alpha Condé ? De cette humiliante scène pour le pays tout entier, on ne peut tirer que deux enseignements. Le premier est qu’entre le président de la République et ses ministres, ce n’est pas un rapport de collaboration, mais une relation de sujétion. De manière absolue et exclusive, l’ordre vient d’en haut et l’exécution d’en bas. Le second a trait au fait que le concept du « Gouverner autrement » n’est pas nécessairement une émanation authentique du chef de l’Etat. Il s’agit plutôt d’une notion lumineuse qui est opportunément apparue dans le sillage de la dernière campagne électorale. Pour le chef de l’Etat, il s’agit donc davantage d’un concept récupéré auquel on tente de donner un contenu. D’où l’idée de faire appel à ces pseudo-experts et marchands d’illusions tels Augustin Matata Ponyo. Et avec ça, Alpha Condé est convaincu qu’il s’est enfin « réveillé ».

Boubacar Sanso BARRY

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