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MALI : Amadou Sanogo ou la prime à l’impunité

Le Mali, ce pays qui depuis plus de 8 ans, peine à se sortir d’une crise politico-sécuritaire sans fin, est décidément confronté à un défi plus préoccupant. Il s’agit d’une forme de déchéance morale qui se trouve incarnée par l’extinction pure et simple, ce lundi 15 mars 2021, du procès auquel l’ancien putschiste Amadou Haya Sanogo et ses camarades devaient faire face, pour l’assassinat des 21 bérets rouges. Au nom de la loi dite d’entente nationale adoptée en 2019, la Cour d’assises de Bamako, sans même se donner la peine de chercher à comprendre dans quelles circonstances les malheureux 21 militaires avaient été exécutés, décrète souverainement la fin du procès. Et ordonne dans la foulée la libération des prévenus qui sont autorisés à rejoindre leurs domiciles et leurs familles respectifs. Comme dans un conte, les charges s’envolent d’un seul coup. Le dénouement est si invraisemblable qu’Amadou Sanogo qui avait troqué son uniforme militaire contre le costume occidental, n’aura pas résisté à la tentation d’esquisser un sourire à lui inspiré par l’improbable retournement de situation. Mais un sourire qui devait aussi symboliser une forme de moquerie à l’endroit des victimes. ‘’Comment le Mali est-il tombé si bas’’ est-on tenté de demander ?

Que le Mali veuille de la réconciliation nationale, c’est tout à fait légitime. C’est même une aspiration des plus compréhensibles au regard de l’incapacité des autorités à enrayer la violence et les divisions qui tourmentent le pays depuis années. Mais ce désir de fédérer les Maliens autour d’un même socle justifie-t-il tous les choix ? Surtout, justifie-t-il qu’on absolve tous les péchés, que l’on oublie tout, y compris des actes délibérés d’assassinat ? Certainement pas. D’autant que le chemin choisi ne conduira pas à la destination espérée. Car l’impunité n’a jamais généré la réconciliation. Du moins, l’authentique et durable entente. Tout au contraire, le refus de prendre en compte les douleurs et les frustrations légitimes des victimes constitue un terreau fertile pour les ressentiments et le repli sur soi. La négation des victimes a souvent été un ferment d’où peut partir le désir de vengeance. Entre le choix opéré et les résultats escomptés, la contradiction est telle qu’on a des raisons de penser que l’argument de la réconciliation semble quelque peu factice. La loi d’entente nationale qui permet ainsi à Amadou Sanogo et Cie de sortir incognito des griffes de la justice ne semble avoir été adoptée que sous la pression de militaires qui voulaient justement garantir à leurs camarades l’impunité dont ils profitent aujourd’hui. Mais le Mali en tant que Nation, n’y gagnera rien.

Et la décision de la justice dans ce dossier est encore plus absurde quand on la met en rapport avec le contexte qui prévaut sur place. En effet, quel message renvoie-t-on aux militaires qui trônent en ce moment au sommet de l’Etat, en gommant d’un simple revers de la main tous les crimes abominables dont les putschistes d’il y a environ 9 ans ont pu se rendre coupables ? Le colonel Assimi Goïta ne verra-t-il pas dans cette décision de la cour d’assises de Bamako un motif pouvant l’encourager à prendre part aux élections présentielles censées parachever la transition ? Et si des obstacles venaient à se dresser sur sa route, ne voudra-t-il pas briser l’obstacle en question, en sachant que la loi d’entente nationale pourra, si nécessaire, le mettre à l’abri ? Bref, les rédacteurs de la loi d’entente n’auront pas été bien inspirés. Ils auront plutôt cédé à l’intimidation des bruits de bottes et doté le pays d’une prime à l’impunité. Or, c’est d’elle dont le Mali n’avait surtout pas besoin.

Boubacar Sanso BARRY

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