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RECONVERSION CORONA : de la prostitution à la vente de masques

C’est un témoignage qui est révélateur d’une autre dimension des conséquences des restrictions imposées par la pandémie du nouveau coronavirus. Couvre-feu, fermeture des boites de nuit et des bars, ces mesures que les Etats ont dû prendre pour essayer de limiter la spirale de contamination de la Covid-19, affectent tout  particulièrement les activités de nuit. Conséquence, des citoyens dont l’essentiel des revenus provenait pourtant de ces activités nocturnes sont aujourd’hui désemparés. Mais quelques-uns, faisant preuve d’imagination, ont trouvé le moyen de se reconvertir dans d’autres secteurs d’activités, en attendant des jours meilleurs. C’est le cas de M. S, une travailleuse de sexe qui, depuis quelques jours, s’est reconvertie en vendeuse de masques. Elle évolue sur l’axe Nongo-carrefour Lambanyi. C’est un client qui avait déjà eu recours à ses services qui l’a reconnue récemment le long du tronçon. Ayant gardé un bon souvenir de la première collaboration, il l’aborde et lui manifeste son désir de recourir à nouveau à ses services. Elle n’y est pas opposée. De Fil en aiguille, les discussions aboutissent et rendez-vous est pris pour le soir quand M. S aura rejoint la maison.  Une rencontre improbable mais fort instructive qui nous est ici racontée par l’intéressé lui-même.

Je revenais du service quand je l’ai aperçue à Lambanyi, juste après la station de TMI. Tout de suite, je l’ai reconnue à sa grande taille et à ses rondeurs qui m’avaient déjà impressionné la première fois. Mais pour en avoir le cœur net, je l’ai appelée en prétextant que je voulais acheter un masque. Elle est arrivée en souriant.

« Toi, j’ai l’impression de t’avoir déjà rencontrée quelque part », lui ai-je dit une fois qu’elle était à hauteur de mon véhicule. « Pourtant, moi, ta tête ne me dit pas grand-chose« , m’a-t-elle répondu plutôt sèchement. Mais étant convaincu du contraire, je n’abandonne pas. Je prends même le temps de lui expliquer en détail les circonstances dans lesquelles on s’était déjà rencontrés et ce qui s’était passé ensuite. Et au bout d’un instant, mon récit finit par faire mouche. « Je vois, t’a raison. C’est bien moi », avant d’enchainer aussitôt comme si elle ne voulait pas se remémorer les événements passés, « et qu’est-ce que tu veux maintenant » ? « Si tu n’y vois pas d’inconvénients, j’aimerais qu’on puisse se retrouver quelque part à deux. Tu sais, la dernière fois m’avait fait énormément du bien. D’ailleurs, comme tu peux l’imaginer, ce n’est pas un hasard si je t’ai tout de suite reconnue », lui ai-je répondu. Au bout d’un moment d’hésitation, elle finit par lâcher : « Mais dans ce cas, il va falloir que tu attendes que je rentre à la maison, que je prenne un bain ». Pour moi, il n’y a aucun problème. Je lui demande juste : « J’espère que le tarif n’a pas changé » ?  La réponse arrive presqu’instantanément : « Si, qu’est-ce que tu penses ? Tu ne vois pas comment les temps sont durs ? Tu vas rajouter 50.000 GNF ». Intérieurement, je trouve que ça fait trop. Mais je me garde d’exprimer cette opinion-là et lui dit que j’étais d’accord avec son tarif. Rendez-vous est donc fixé à 20 heures dans un coin situé à Kobaya. Elle devait m’appeler une fois qu’elle serait prête. J’achète 5 masques avec elle et lui laisse 20.000 GNF en guise de frais de transport.

La nuit tombée, je viens au lieu convenu. Les serveuses sont conviviales et l’ambiance est à la détente. Je me fais servir une boisson. Au bout d’une vingtaine de minutes, je la vois qui arrive. Arborant un T-shirt moulant et une culotte coupée court, elle est plus attrayante que quand je l’ai vue plus tôt dans la journée. D’ailleurs, je ne suis manifestement pas le seul à remarquer son arrivée. En effet, de manière instinctive, je vois les regards de tous ceux qui étaient installés sur le balcon se tourner vers elle. Mais comme si elle était habituée à ce type d’attention, elle n’en est nullement intimidée. Une fois installée dans la chaise en face de moi, elle demande qu’on lui serve la même boisson que moi. J’en profite pour lui demander comment se fait-il qu’elle se retrouve à vendre des masques le long de la route. Visiblement gênée, elle n’a pas envie d’aborder le sujet. Mais je me montre insistant. « Avec cette maladie, les choses sont très difficiles. Et puisque ma sœur qui est infirmière avait un stock de masques, j’ai estimé qu’en vendant ces masques-là, je pouvais aider à résoudre certains des problèmes auxquels on peut être confronté à la maison. Mais en réalité, comme tu le constates, tout en restant le long de la route, je suis ouverte à d’autres propositions ». Mais elle avoue que les propositions désirées ne sont pas légion. « Quand c’est la nuit, avec mes accoutrements, je peux facilement être identifiée par les clients. Mais quand c’est la journée, vu que je ne peux pas porter ces habits-là, les gens ne peuvent pas toujours savoir. Or, dans ce métier-là, on ne peut pas toujours clamer ce qu’on fait », explique-t-elle.

En gros, m’a-t-elle confié, la vente des masques lui rapporte moins que ce qu’elle gagnait avant la vague des restrictions instaurée dans le sillage de l’avènement de la pandémie du nouveau coronavirus. Mais elle préfère voir le verre à moitié plein. « Ça vaut mieux que rien », lâche-t-elle mi-philosophe, mi-fataliste.

Propos recueillis par Ibrahima Kindi BARRY

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