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GUINÉE : des initiatives pour prendre en charge les effets traumatisants du viol

Dans le phénomène des violences basées sur le genre (VBG), au-delà des statistiques brutes affolantes, il y a souvent une dimension qui est implicitement passée sous silence. Il s’agit des effets psychologiques et traumatisants que les victimes trainent des années durant et qui brisent le destin de bien d’entre elles. Le regard réprobateur de la société, le sentiment de honte, la gêne ou encore l’impression de domination des bourreaux sur les victimes rongent davantage que les effets physiques ou la douleur circonstancielle du viol. Mais c’est pourtant sur ces derniers se portent très souvent l’attention générale et la clameur publique. Heureusement, de timides initiatives commencent à se mettre en place pour prendre en charge les effets psychologiques des violences que de nombreuses femmes et filles de Guinée endurent de manière récurrente. 

Ce sont des organisations de défense des droits humains qui s’efforcent de vulgariser l’utilité de ces thérapies. Et les victimes s’empressent de noter les effets bénéfiques de l’accompagnement.. « Quand j’ai été violée au stade du 28 septembre dans la matinée en 2009, je n’ai repris connaissance que vers 18h, à l’arrivée de la Croix rouge. Depuis lors,  j’ai changé de location à 5 reprises : à chaque fois que quelqu’un me reconnaît dans un quartier, je fuis. Je ne me présentais pas en public, à plus forte raison m’exprimer, jusqu’à ce que je  commence les thérapies. Aujourd’hui, même si je ne peux pas oublier ce qui s’est passé, je suis néanmoins très forte. S’il y a un procès, je peux m’exprimer devant le juge », confie l’une d’entre elles, âgée d’une quarantaine d’années.

Consciente de l’utilité du suivi psychologique, l’Association des victimes, parents et amis du 28 septembre 2009 (AVIPA) a mis  en place un mécanisme d’accompagnement à destination de 152 victimes bénévolement encadrées par 8 thérapeutes de façon quotidienne. Des thérapeutiques qui conséquemment, en dehors des programmes sous-tendus par des subventions spéciales, ne perçoivent que des primes de transport et de suivi individuel des victimes. « Nous prenons aussi en charge les victimes quant à leur transport, c’est surtout là qu’il y avait un problème au départ. Car il y en a qui voulaient suivre, mais qui manquaient de moyens pour venir », a expliqué au Djely Souleymane Camara, le vice-président de l’AVIPA.

Toutefois, cette dynamique, nous dit-on, se heurte à un déficit de psychologues. D’où la nécessité de vulgariser les formations, souligne Amadou Barry, membre de l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme et du citoyen (OGDH). « Avec l’AVIPA, nous avons suivi deux formations en 2019 et 2020 grâce à un partenariat avec une organisation américaine dénommée ‘Site des consciences’ dans le cadre du processus de réconciliation nationale. Ces derniers nous ont octroyés une petite subvention à travers des projets pour faire une vulgarisation de la formation qu’on a reçue dans le cadre de la formation en assistance psychosociale. Et aujourd’hui, assure-t-il, les victimes qui ont bénéficié de l’encadrement résultant du programme auquel il avait pris part « sont capables de se tenir devant un juge, et d’expliquer ce qu’elles ont subi. C’est le plus important (permettre aux gens de s’ouvrir et de pouvoir communiquer ce qu’ils pensent) ».

Et pour faciliter cette vulgarisation, l’OGDH s’implique aux côtés des victimes des différentes catégories de violences survenues en Guinée, réunies en une organisation dénommée ‘Coalition nationale d’appui à la réconciliation nationale en Guinée (CONAREG)’, qui regroupe aujourd’hui six organisations, à savoir : l’Association des victimes du camp Boiro (AVCB), l’Association des victimes de la répression (AVR), l’Association des victimes de 2007, l’Association des victimes, parents et amis du 28 septembre (AVIPA), l’Association des déguerpis de Kaporo-Rails et l’Association des impactés de Souapiti. « Nous avons eu des séances de riches partages d’expériences, de témoignages qui ont bouleversé certains ; mais ça nous a permis de connaître réellement leurs besoins. Et aujourd’hui on est à même de travailler avec eux, de continuer cette collaboration et de toucher plus de victimes », se félicite Souleymane Camara, qui est par ailleurs chargé des programmes de la CONAREG. Il se félicite également de la formation de 30 agents de santé issus des centres médicaux communaux (CMC) de Conakry, afin de suivre certaines victimes de violences basées sur le genre (VBG), au-delà de leurs locaux.

Hawa Bah

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