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ALIOU BARRY : « On a inoculé la violence dans les veines des forces de défense et de sécurité »

Dans une interview accordée au Djely, Aliou Barry, chercheur en Géopolitique, a dénoncé les violences meurtrières par lesquelles se soldent la plupart des manifestations en Guinée. Le dernier cas en date concerne la répression des manifestations, le week-end dernier, dans la ville de Kouroussa, faisant deux morts et une dizaine de blessés selon le bilan officiel.

Pour Ledjely.com, le politologue revient entre autres sur le recours à l’armée dans les opérations de maintien de l’ordre dont il dénonce, le manque de formation chez les forces de défense et de sécurité, l’impunité garantie aux présumés auteurs de crime et surtout le non-aboutissement des dossiers judiciaires.

Ledjely.com : Vous avez certainement suivi les manifestations du week-end dernier à Kouroussa, où des échauffourées ont eu lieu entre les forces de l’ordre et les orpailleurs, se soldant par la mort de deux personnes et de plusieurs blessés. Quelle analyse en faites-vous ?

Aliou Barry : C’est une situation qui ne m’étonne pas. Et c’est quelque chose qui est très récurent en Guinée. Si vous observez bien ce qui se passe dans le pays, avant Kouroussa, il y a eu un conflit démonial à Friguiagbé (Kindia), où une personne a perdu la vie. Tous les conflits aujourd’hui, en Guinée, que ce soit des conflits sociaux, fonciers ou de revendications syndicales se terminent toujours par mort d’hommes et des blessés graves. Pourquoi ? C’est parce que dans ce pays, on a inoculé la violence dans les veines des forces de défense et de sécurité. On n’a pas réussi, depuis 1958 jusqu’à nos jours, à faire des forces de défense et de sécurité des outils de protection des citoyens. Ils sont surtout des outils de répression. Ça ne m’étonne pas ce qui s’est passé à Kouroussa.

Aliou Barry se consacre depuis de nombreuses années à l’étude et à l’analyse des questions de paix, de démocratie, de défense, de sécurité et de droits de l’homme en Afrique. Crédit photo : Centmillemilliards.com

Comment peut-on expliquer qu’il y ait des morts dans la plupart des manifestations ?

C’est la preuve même de l’échec de la soi-disant reforme du secteur de la sécurité. Même pas plus tard que l’année dernière, j’ai discuté avec le conseiller CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) réformes du secteur de la sécurité, qui a affirmé à juste titre qu’il n’y a jamais eu de réforme du secteur de la sécurité en Guinée. Il y a eu des réformes sectorielles dans ce secteur parce que l’objectif final d’une réforme du secteur de la sécurité, elle consiste à changer la structure de l’État, protéger en une structure défendant l’Etat de droit. Ça veut dire que tant qu’on ne réorganise pas l’administration guinéenne, aucune réforme n’est possible. Alors, bien sûr qu’il y a eu des casernes qui ont été rénovées. Bien sûr qu’il y a eu des statuts des militaires qui ont été rédigés, une politique nationale de défense mise au jour. Mais aujourd’hui, il suffit d’interroger un citoyen guinéen, il vous dira que rien n’a changé parce qu’on ne peut pas expliquer que, aujourd’hui au 21e siècle, pour un litige qui a eu lieu à Kouroussa par exemple où des orpailleurs qui revendiquent à juste titre qu’on ne leur retire pas leur gagne-pain et que l’État soit obligé d’envoyer des militaires armés tirer sur la foule. Mais, c’est le rôle de la police de maintenir l’ordre ! Ce n’est pas le rôle de l’armée.

Les organisations de défense de droit l’homme dénoncent régulièrement ce qu’elles qualifient « d’impunité garantie » aux présumés auteurs de violences envers des civiles. Comment peut-on expliquer que les mis en cause dans les violences ne soient pas traduits en justice ?

Si vous prenez tous les évènements qui ont eu lieu en Guinée, il n’y a aucun d’entre eux qui a été jugé. Je ne vais pas remonté au temps de Sékou Touré, parce que c’était un régime autoritaire au temps de la guerre froide. Mais depuis janvier-février 2007 jusqu’à nos jours, moi-même qui ai été victime en 2010 de la violence des forces de défense et de sécurité, notre procès est pendant devant les juridictions guinéennes depuis plus de dix ans. Cela signifie que vous ne pouvez pas empêcher un évènement de se répéter si vous n’avez pas soigné et traité des évènements qui ont eu lieu par le passé. Je ne parle même pas des évènements du 28 septembre 2009… Ça veut dire que l’impunité en Guinée est inscrite dans la marche de ce pays. C’est ça qui est le plus grave.

Il y a trois facteurs qui sont les piliers du développement d’un pays, qui sont complètement désorganisés en Guinée. Ce sont : l’éducation, l’alimentation et la santé. Donc, trois piliers fondamentaux de développement. Quand je dis l’éducation, je ne parle pas d’instruction. Je parle de l’éducation au sens global du terme. Les militaires ne sont pas formés pour la protection de l’État de droit dans une mission de défense nationale. Vous ne pouvez pas avoir un État organisé si vous piétinez l’éducation. La justice est le volet où je suis très sévère sur la réforme du secteur de la sécurité. La réforme judiciaire en Guinée est quelque chose qui a été complètement bâclé et fait dans le sens qui arrange le pouvoir. Pour le cas des violences en Guinée, il faut travailler sur deux piliers. Sur la justice, il faut bien la réformer pour qu’elle rende des décisions justes et équitables. L’autre chose qu’il faut faire, c’est de traiter le problème des militaires. On doit les remettre dans les casernes. Si on veut arriver à des périodes de non violences, il faudra que les militaires ne soient plus impliqués dans les opérations de maintien d’ordre.

Propos recueillis par Ali Mohamed Nasterlin

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