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DÉCÈS DE DEBY : un dictateur de moins

Que penser de la mort d’Idriss Deby Itno, annoncée à la surprise générale ce mardi 20 avril ? Tout d’abord que sa disparition subite et totalement inattendue plonge son pays dans une incertitude totale. Ensuite que sa chute brusque risque d’affecter le dispositif sécuritaire dans la région sahélienne. Pour autant, le défunt président tchadien n’était pas un enfant de cœur. Au contraire, il aura incarné tout au long des 30 ans qu’a duré son règne une certaine forme de gestion autocratique dont le continent africain peine à se débarrasser. En cela, il était même du club heureusement plutôt restreint des dirigeants africains dont l’influence négative continue à écorner l’image de l’Afrique, 60 ans après les indépendances. D’une certaine façon, la mort d’Idriss Deby Itno peut donc être envisagée comme une opportunité. L’opportunité d’une nouvelle dynamique et l’occasion d’écrire une nouvelle page dans la marche en avant du Tchad. Mais c’est au Tchadiens, membres du Conseil militaire de transition (CMT), de la classe politique toutes tendances confondues et de la société civile, réunis, de faire de cette douloureuse circonstance l’occasion d’un nouveau départ. Et il revient à la communauté internationale dont la complicité voire la compromission n’est pas étrangère à l’héritage peu reluisant du dictateur tchadien, d’aider le pays à ne pas rater cette nouvelle fenêtre.

Deby, l’armée, la monnaie d’échange

Deby, le Guerrier ! Idriss, le gendarme de l’Afrique ! Tous ces titres ronflants qui étaient attribués aux désormais ex-président tchadien étaient quelque peu surfaits. Certes, Idriss Deby était militaire. Il est également admis que c’est par les armes qu’il est arrivé au pouvoir. Mais de là à dresser de lui le portrait d’un leader qui se souciait tant du continent africain, il y a là quelque chose qui relève de la manipulation. Et même le fait pour lui de se retrouver au front ne vient pas exclusivement, comme cela s’entend ça et là, de sa témérité. Cette attitude des plus imprudentes lui a été dictée par sa propension à s’attribuer tous les succès et le sentiment d’invincibilité qu’il avait de lui-même. La tendance à tout ramener à soi et à vouloir récolter tous les lauriers est quelque chose de commun aux dictateurs. Et si par ailleurs, le président tchadien était si impliqué dans la crise au Sahel, c’était parce qu’il y trouvait son compte. C’était là sa seule monnaie d’échange pour espérer profiter de la clémence voire de la protection de la communauté internationale et de la France en particulier. En se rendant indispensable dans la gestion de la crise consécutive à l’invasion du Sahel par les groupes djihadistes, il cherchait surtout à avoir le droit de soumettre son pays et son peuple à sa guise, sans qu’aucun acteur extérieur ne puisse lever le moindre doigt. Ainsi, personne ne trouvait anormal que le président Deby s’octroie les mandats les uns après les autres via des simulacres d’élection. Personne non plus ne s’offusquait que le président tchadien fasse vivre l’enfer à son opposition politique. Les richesses du pays, il s’en accaparait comme bon lui semble, ne faisant profiter qu’à ceux qui lui étaient acquis. C’est ainsi qu’après 30 ans au pouvoir, il laisse un pays n’occupant que la 187ème place sur un total de 189 pays en matière d’indice de développement humain. Un rang d’autant plus déshonorable que le Tchad a tiré des milliards de dollars de l’exploitation de son pétrole.

Le pari d’un nouveau départ

Bref, le bilan de Deby à la tête de son pays est d’un tel désastre qu’on peut s’autoriser à envisager quelque chose de meilleur après lui. Bien sûr, ce n’est pas gagné vu que l’intéressé lui-même n’avait manifestement pas préparé sa succession. Mais les Tchadiens ont le devoir de ne pas céder aux prévisions catastrophistes. Pour cela, les militaires qui reprennent le flambeau doivent prendre en compte le contexte précaire et fragile que vit le pays aujourd’hui. Les frustrations longtemps contenues, la méfiance qui s’est accumulée et les divisions réelles ou entretenues doivent être considérées comme telles. Ne surtout pas les nier ou vouloir en faire l’abstraction. Il ne sert à rien d’aborder les choses avec fierté ou arrogance. Au contraire, il convient de faire appel à tout le monde et d’écouter chacun. Quant aux membres de la classe politique et de la société civile, ce n’est certainement pas le moment de vouloir régler les comptes aux adversaires. Il ne sert à rien non plus de faire dans la surenchère inutile. Seul l’intérêt supérieur du pays doit pouvoir guider les actions des uns et des autres en des moments aussi délicats. Et la communauté internationale, la France en tête, doit susciter et soutenir une dynamique qui permette enfin au Tchad d’enclencher un processus véritablement démocratique. Mais pour cela, la France doit faire évoluer son logiciel. La guerre contre le terrorisme au Sahel ne se remporte pas en soutenant les dictateurs aux dépens des peuples. La promotion d’une approche basée sur une gouvernance vertueuse des ressources et plus respectueuse des libertés et des droits humains, devrait au contraire produire de meilleurs résultats. En d’autres termes, il est préférable de parier sur les principes et les valeurs que de miser sur les hommes. Y compris quand ils sont aussi invincibles que l’était prétendument Idriss Deby Itno.

Boubacar Sanso BARRY

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