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Piégée et violée, Fatim Koné témoigne de sa mésaventure

La mésaventure au cœur de cet article a eu lieu à Abidjan. Mais elle est de celles dont la résonnance peut facilement franchir les frontières.  En l’occurrence, il s’agit d’un viol collectif dont Fatim Koné, jeune fille de 21 ans, a été victime dans la nuit du 20 au 21 février 2021. Rompant avec le silence dans lequel se terrent habituellement les victimes de viol, elle était ce jeudi sur le plateau de nos confrères de la Nouvelle chaine ivoirienne (NCI) pour témoigner de ce qu’elle a enduré. Et au passage elle dévoile les manœuvres à la fois subtiles et sournoises dont usent ses bourreaux – qui sont en fait des serial violeurs – pour piéger leurs victimes.

Le premier contact

La bande dont a été victime Fatim Koné est composée d’au moins trois personnes dont une femme. Et l’équipe dirigée par un certain Israël Zadi – sous les verrous depuis – sait s’y prendre. Ainsi, dans le cas de Fatim, c’est en septembre dernier qu’on l’a abordée la première fois. C’est la femme se cachant derrière un profil facebook qui a pris contact. « Un profil d’une certaine Olivia Blanche m’a envoyé une invitation sur facebook que j’ai acceptée. Puis, elle m’a envoyé un message me disant qu’elle avait une agence de mannequinat et de publicité. Je lui ai dit que je n’étais pas mannequin et que je ne pouvais pas faire ça. Elle m’a dit que ce n’est pas forcément pour faire le mannequinat, mais que je peux faire les pubs, présenter les tenues traditionnelles, etc. Je lui ai dit si c’est ça, il n’y a pas de souci », raconte Fatim. La discussion en reste là cette première fois. Mais deux mois après, Olivia Blanche revient à la charge. « En décembre, elle est venue me demander si je suis vraiment intéressée. J’ai dit non, s’il s’agit de bizi (le fait de coucher avec quelqu’un moyennant de l’argent, ndlr), moi ça ne m’intéresse pas », tranche tout de suite Fatim. Mais en face, Olivia s’empresse de dissiper le malentendu : « Elle m’a envoyé un message comme quoi « je suis désolée, si je t’ai parlé de bizi au départ. Mais comme je t’ai dit, j’ai une agence. Est-ce que tu sais marcher sur talons. J’ai dit pourquoi vous me demander si je sais marcher sur talons ? Elle m’a dit c’est comme je t’avais dit que j’ai une agence de mannequinat à la Riviera Golf ».

Guet-apens

Fatim répondant qu’elle savait marcher avec des chaussures à talons, Olivia lui assure que c’était suffisant pour qu’elle puisse collaborer avec son agence de mannequinat. Elle lui demande alors pour la première fois son numéro de téléphone, avec le prétexte qu’elle pourra ainsi plus facilement la joindre quand le moment sera venu de lui faire appel. La fille ne se doutant de rien lui communique le numéro. Sans le savoir, elle entrait alors un peu plus dans le piège tendu par ses prédateurs. Guet-apens qui lui sera un peu plus évident le 20 février 2021. Ce jour-là, un dimanche, il est 13 heures, quand le téléphone de Fatim Koné sonne. Elle décroche, l’homme au bout du fil dit répondre au nom de Jean-Noël. Surtout, il dit appeler de la part d’Olivia Blanche. « Il me dit c’est l’Agence de mannequinat, si tu peux passer pour un casting ». La fille qui trouve que tout cela est quelque peu soudain, tente de résister. « J’ai dit aujourd’hui, je ne je peux pas, je ne suis même pas présentable, je partais même chez ma coiffeuse », argue-t-elle. Mais au bout du fil, Jean-Nöel est plutôt déterminé. « Il a insisté. Il a dit si tu peux venir comme ça, tu seras naturelle sur les photos », se souvient-elle. Fatim finit par se laisser convaincre.

Une résidence meublée et non une salle de casting

Le Monsieur lui ayant précisé qu’elle devait venir à la Riviera 3, elle s’y pointe au bout d’un certain temps. Et celui qui la reçoit se révélera par la suite être en réalité Israël Zadi, le chef de la bande en personne. Mais pour que la fille ne doute de rien, il s’empresse d’appeler Olivia pour lui annoncer que Fatim était effectivement arrivée. Il passe même le téléphone à cette qui échange quelques mots avec Olivia. Celle-ci lui dit de suivre le monsieur dont la mission est de la conduire au lieu du casting. Les deux font alors quelques pas pour se retrouver à l’intérieur de la cité. Une fois à la porte de la résidence où le casting était censé avoir lieu, le guide de Fatim appelle à nouveau Olivia pour lui dire qu’ils étaient à la porte. Au bout de quelques secondes d’échanges avec elle, il repasse le téléphone à Fatim. « Elle me dit ‘’Ma chérie, je ne suis pas là, je suis à la boutique. Mais vous pouvez entrer, je viens sous peu de temps’’ », se rappelle la jeune fille. Une fois à l’intérieur, elle se met à nouveau à douter. « Quand on est rentré, je me suis rendu compte que c’était en fait une résidence meublée, en plus un studio. J’ai alors eu peur ». Pourtant, jusque-là, le comportement de Zadi n’a rien de suspicieux. « Il m’a invitée à m’asseoir et m’a demandé si je voulais boire quelque chose ». La fille ayant indiqué qu’il pouvait lui offrir de l’eau, il s’avance vers la cuisine. Mais curieusement, il en revient sans l’eau. « Il a dit qu’ici ce n’est pas chez lui et qu’il ne veut par conséquent pas toucher à quelque chose. Mais j’ai dit, au moins donne-moi de l’eau. Il a dit non, ce n’est pas chez lui. J’ai dit OK, donc diminue la télé, parce que le son est trop élevé. Il m’a dit non. Qu’il ne peut pas toucher à quelque chose, puisque ce n’est pas chez lui. Et là j’ai eu peur », raconte-t-elle.

Il est ensuite venu s’asseoir à côté d’elle et a commencé à lui demander à combien elle était payée pour ses publicités. « Là, j’ai commencé à transpirer. Et je n’arrivais même plus à parler en fait », avoue-t-elle volontiers. Se rendant compte qu’elle avait peur, il le lui demande. Elle admet qu’elle n’était pas à l’aise. Et elle en donne les raisons : « On a parlé d’un casting, mais actuellement là où on fait les castings, ce n’est pas comme ça. On a les cameramen, il y a beaucoup d’hommes et là, j’ai l’impression que vous êtes en train de me distraire », lui dit-elle.

Orange Money, le viol collectif et la boisson paralysante

Ils en étaient à cet échange quand, soudain, surgit du placard placé derrière la fille, un deuxième homme. Celui-ci commence par placer sa main sur la bouche de Fatim, certainement pour l’empêcher de crier tout de suite. Leur proie une fois maîtrisée, c’est Zadi qui se charge de lui communiquer le menu qui l’attendait. « Zadi me dit, si tu veux sortir de là vivante, tu vas faire tout ce qu’on va te dire. (…) Puis, ils m’ont dit on va coucher avec toi et quand on va finir, on va te donner cette boisson-là, tu vas boire (…) Ils m’ont dit on va filmer au cas où tu en parles après (sur les réseaux sociaux ou via une plainte), on va publier la vidéo ». Craignant pour sa vie, elle leur dit qu’ils pouvaient faire d’elle tout ce qu’ils veulent et s’engage à ne pas parler de sa mésaventure à quelqu’un. Mais pour ce qui est de la boisson, elle leur signifie qu’elle ne boit pas l’alcool. Mais c’est non négociable pour ses ravisseurs. « Ils m’ont dit soit du bois, soit on te pique là et là, tu vas saigner (ils ont montré les couteaux qu’ils avaient sur eux), et nous on va partir. Parce qu’on ne peut pas te laisser comme ça ». Là aussi, elle finit par céder donc. Mais avant de passer à l’acte, ils lui ordonnent de déverrouiller son téléphone. Ils la contraignent à dévoiler le solde de son compte Orange Money. Avec son numéro, ils appellent Olivia et lui demandent de retirer le montant que la fille avait sur son compte Orange Money. Elle est obligée de confirmer le retrait. Ils réinitialisent alors son téléphone et le verrouillent avec leur propre mot de passe. Et c’est après tout cela qu’ils la violent à tour de rôle, chacun d’entre eux se faisant filmer par l’autre. Puis, ils l’obligent à prendre une boisson qui la paralyse et la fait vomir. Ils en profitent pour se tirer.

En parler ou pas ?

Recueillie plus tard par la police, elle se laisse difficilement convaincre à porter plainte et était même résolue à ne plus jamais en parler, de crainte que les ses violeurs ne mettent leur menace à exécution. Mais quelques jours après, elle reçoit un nouveau message du profil d’Olivia. Elle demande à savoir pourquoi la contacte-t-on à nouveau. On lui demande alors de faire un dépôt de 100 000 FCFA sous peine de retrouver les vidéos de son viol sur les réseaux sociaux. Là, elle se dit que trop, c’est trop. Aussi, dès le lendemain, elle fait une vidéo pour raconter l’histoire. Curieusement, au bas de sa publication, certains ne se gênent pas de lui dire qu’elle avait tout inventé. Ces commentaires-là lui font un mal tel qu’elle veut aller supprimer sa vidéo. Mais une amie l’en dissuade. Pourtant, ces mêmes commentaires, elle sera amenée à les supporter quelques jours après, quand la vidéo sera effectivement publiée sur le réseau Telegram. « Ça été difficile pour moi de prouver le viol, dans la mesure où dans la vidéo on ne me voit pas lutter, me battre ou pleurer. J’ai fait tout ce qu’ils m’ont demandé de faire. Au point qu’il y en a qui ont dit que ce n’était pas un viol, qu’ils ne m’ont pas forcée que j’étais consentante », se souvient-elle.

De l’explication fournie sur le plateau, il ressort que la bande à Zadi à au moins quatre techniques d’approche pour attirer les filles. Outre la technique via l’agence de mannequinat dont a été victime Fatim Koné, le groupe utilise aussi le stratagème de l’ami européen qui voudrait passer la nuit avec une jolie fille, moyennant une forte somme. Zadi peut aussi se faire passer pour un séducteur irrésistible. Dans ce cas, la stratégie consiste à inviter la « proie » au restaurant et de profiter d’un moment d’inattention de cette dernière pour glisser une drogue dans son verre. Ensuite, il ne lui reste plus qu’à la récupérer pour la conduire où il veut. Enfin, il y a le coup de l’importateur de fringues dont raffolent les filles. Photos à l’appui, on informe la fille des dernières tendances qu’on a stock et on l’invite à venir faire son choix.

Boubacar Sanso BARRY

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