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SAHEL : la mort de Deby impose une nouvelle approche

L’ironie dans la disparition d’Idriss Deby Itno c’est que celle-ci préoccupe davantage à Paris qu’à N’Diamena. En tout cas à en juger par les hommages lénifiants que les autorités françaises ont rendus à celui qui était pourtant perçu comme un dictateur notoire par une frange non négligeable de ses compatriotes. Mais à la limite, cette attitude qui rappelle les années sombres d’une certaine Francafrique est compréhensible. Avec Idriss Deby en effet, le Tchad et ses soldats étaient un partenaire indispensable à la France dans la bataille que celle-ci mène contre le terrorisme islamique au Sahel. Et il est légitime qu’Emmanuel Macron veuille caresser le Conseil militaire de transition (CMT) présidé par le fils de l’ex-dictateur dans le sens du poil. Mais sur le long terme, la France ne peut pas toujours continuer à fermer les yeux sur les violations des droits humains et les problèmes de gouvernance dont les citoyens de la région sont victimes de la part de leurs dirigeants. La victoire contre l’insécurité passera par une alliance avec les populations à la base et non par un pacte avec une classe dirigeante corrompue et arrogante. Et c’est justement l’enseignement principal que la France doit pouvoir tirer de la mort inattendue d’Idriss Deby Itno.

Deby a-t-il profité du vide laissé par Kadhafi ?

La prise en compte des facteurs démocratiques et de gouvernance économique dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, les experts en ont toujours parlé. A chacune des conférences et à chacun des colloques consacrés à la lancinante crise sécuritaire dans la région, la recommandation revenait de manière systématique. Mais du côté des décideurs, on n’en a pas toujours tenu compte. Ou en tout cas, pas suffisamment. L’approche basée sur la force militaire et la logique du rapport de force a si souvent été préférée. Et Idriss Deby Itno mieux que quiconque a su en profiter à fond. Au point qu’il n’est pas si absurde de se demander si l’ex-président tchadien n’a pas davantage profité du vide laissé par Mouammar Kadhafi. En tout cas, depuis la mort de ce dernier, avec l’invasion du Sahel par la marée islamiste, Idriss Deby a su intelligemment renforcer sa position vis-à-vis de la communauté internationale, la France de Hollande et de Macron en tête.

Des résultats relatifs

Mais en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme, il convient de relativiser les résultats que l’on met aujourd’hui au crédit de cette approche fondée sur la force militaire. Certes, si le Mali ressemble encore à un Etat, c’est aux soldats français et à leurs alliés tchadiens qu’on le doit. De même, des revers d’envergure ont été ont administrés aux terroristes. Mais pour autant, le péril est passé du Mali pour s’étendre au Burkina Faso, au Niger et même à la lointaine Côte d’Ivoire. Par ailleurs, les attentats et les assauts meurtriers continuent dans toute la région aussi bien contre les forces armées que contre les pauvres villageois. Le verre peut donc être perçu à moitié vide ou à moitié plein. Mais visiblement, personne n’ose poser la question relative à la résistance acharnée dont font montre les terroristes. Pourtant, c’est la seule interrogation qui vaille. Car elle débouche sur une mise en cause de la démarche d’ensemble.

L’autre approche ?

En effet, pourquoi le terrorisme persiste-t-il au Sahel ? On ne réussit pas à en venir à bout parce qu’il n’est plus question des seuls djihadistes venus de la Libye, avec armes et bagages, au lendemain de la liquidation de Kadhafi. L’insécurité dans le Sahel est désormais alimentée par des acteurs locaux. Il s’agit essentiellement de jeunes désœuvrés, incultes et rendus totalement vulnérables par la précarité et la misère ambiante. Il s’agit aussi de jeunes privés de leur droit d’exprimer leurs frustrations et victimes d’injustice et d’exclusion du fait d’orientations politiques différentes de celles qui prévalent dans les différents Etats. Aussi paradoxal que cela puisse l’être, le fait de s’allier à un dirigeant comme Idriss Deby Itno est donc de nature à renforcer le camp des islamistes. A l’inverse, si les dirigeants de la Mauritanie, du Mali, du Burkina Faso, du Niger et surtout du Tchad avaient été un peu à l’écoute de leurs concitoyens, avaient fait de la formation et de l’emploi des jeunes, une préoccupation plus importante à leurs yeux et mieux redistribué les ressources de leurs pays respectifs, les résultats contre le terrorisme seraient meilleurs aujourd’hui. Mais en lieu et place de cette attitude dictée par la sagesse et le bon sens, ils s’y prennent avec arrogance, désinvolture et mépris. Et la France, au lieu de les en dissuader, a plutôt tendance à les encourager sur cette voie. Qu’on ne s’étonne pas donc !

Boubacar Sanso BARRY

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