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1er MAI : les travailleurs guinéens face au défi d’un syndicat divisé et fragilisé

Ce 1er mai, le monde célèbre la fête internationale du travail. Covid-19 oblige, les traditionnels défilés du monde ouvrier et les revendications de meilleures conditions de travail devraient être plus sobres cette année. Dans le cas spécifique de la Guinée, outre le contexte sanitaire très peu propice aux grandes mobilisations, le monde syndical qui aurait pu susciter cette mobilisation et porter les revendications, se trouve fragilisé par de multiples et interminables querelles de leadership.  Au niveau des deux principales centrales que sont la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG) et de l’Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG), Hadja Rabiatou Serah Diallo et Ibrahima Fofana n’auront pas eu d’héritiers dignes du combat que ces derniers avaient porté et remporté en 2006-2007. Certes, le Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG), d’Aboubacar Soumah a essayé ces dernières années de reprendre le flambeau. Mais faisant face à l’adversité tenace des autorités et ne pouvant compter sur des enseignants trop précarisés pour supporter des ponctions dans leurs maigres salaires, il n’est pas loin de l’extinction. Bref, le syndicat guinéen est aujourd’hui dans la tourmente. Et les travailleurs avec.

Ousmane Sylla, enseignant à Kissidougou a rejoint le monde syndical en 2017 à la faveur de la grève déclenchée par le SLECG qui réclamait l’augmentation des salaires des enseignants, celle des pensions des retraités ainsi que le dégel des salaires de certains meneurs de la contestation. Et il n’en est pas peu fier. « J’ai estimé que les enseignants ne méritaient pas le traitement qui leur était réservé. Il fallait se battre dans le cadre syndical pour que les choses puissent changer », estime-t-il.

Moussa Diané, lui, est professeur de français. Il s’était également joint à cette grève du SLECG de 2017.  « A cette époque, je n’étais pas officiellement syndiqué du SLECG, mais je ne pouvais qu’accompagner le mouvement en raison de la cause pour laquelle il a été déclenché ». Et il se rappelle que la hausse du salaire des enseignants à hauteur de 40 % avait été obtenue. Mais par la suite, il n’avait pas forcément apprécié la revendication relative à un « salaire de base de 8 millions GNF ». Cette dernière, pense-t-il, en raison des grèves à répétition, a causé la « déliquescence du système éducatif guinéen ». Conséquence, une année plus tard, c’est au Syndicat national de l’éducation (SNE) que Moussa Diané choisit d’adhérer.

Mais l’enseignant admet que le syndicat guinéen, toutes tendances confondues, ne pèse pas particulièrement lourd aujourd’hui. « Les conditions de vie des travailleurs ne font que se dégrader, les prix ne font que flamber. Le pouvoir d’achat n’évolue pas. Mais le gouvernement reste indifférent parce que tout simplement le mouvement syndical est affaibli », diagnostique-t-il. Il invite dans la foulée les différents responsables à « enterrer la hache de guerre ».

Ceci étant, il considère qu’un renouvellement générationnel est nécessaire pour redonner au mouvement syndical guinéen ses lettres de noblesse. « Des hommes comme Louis M’bemba Soumah (ex secrétaire général de l’USTG) et Amadou Diallo (secrétaire général de la CNTG) sont des responsables qui sont longtemps demeurés à la tête des centrales syndicales, et qui ont d’une manière ou d’une autre une accointance avec l’Etat. Ce qui crée un déficit de confiance au niveau des structures à la base ». Partant, il n’est pas nécessairement contre la disposition de la loi L027 qui dénie un fonctionnaire à la retraite le droit de défendre des agents encore en activité.

Sauf que cette loi justement, Aboubacar Soumah, du SLECG, estime qu’elle a été taillée exprès contre lui. « Le gouvernement veut faire en sorte que ce soient les syndicats qu’ils a créés, notamment le SNE, qui dirigent le mouvement syndical au niveau de l’éducation, c’est pour cela qu’il a créé cette loi L027 avec son article 39 pour nous écarter », peste ce dernier.

Les lignes de fractures sont donc nombreuses. Pour autant, Ousmane Sylla, l’enseignant de Kissidougou ne désespère pas. « Tant qu’il y aura des travailleurs, on ne peut pas éteindre le syndicalisme », dit-il. Il pense néanmoins que la renaissance du mouvement devra passer par une authentique prise de conscience des responsables des centrales que sont la CNTG et l’USTG. Certes, ils ont failli, admet-il. Cependant, il estime qu’ils peuvent toujours se racheter : « Je pense qu’on peut faire du mal, mais si vous décidez de changer et que les gens voient que vos actes et vos propos ont changé, ils peuvent vous suivre encore. On peut redorer le blason, rien n’est perdu ».

L’espoir n’est pas perdu, c’est également ce que dit Dr. Mohamed Lamine Dioubaté, enseignant-chercheur. La Guinée peut et doit même s’inspirer, selon lui, de l’apport extraordinaire de son mouvement syndical à la lutte de libération du pays pour refuser que celui-ci ne meure. « On était l’un des premiers pays à opter pour cette forme de lutte de libéralisation ». Et en conséquence, préconise-t-il, « on doit pouvoir à l’intérieur de notre pays défendre non seulement les travailleurs, mais aussi définir des politiques purement stratégiques pour l’intérêt général de tous les travailleurs sans pour autant offenser qui que ce soit. Et l’Etat doit garantir cet objectif, afin qu’il y ait une complémentarité entre toutes les tendances du mouvement syndical et non un mariage basé sur une concurrence aveugle ».

Hawa Bah

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