Ledjely.com

Accueil » ATTIRER DES INVESTISSEMENTS DIRECTS ETRANGERS EN GUINÉE : amplifier et diversifier l’approche
Actualités Economie Guinée Tribune

ATTIRER DES INVESTISSEMENTS DIRECTS ETRANGERS EN GUINÉE : amplifier et diversifier l’approche

Dans une économie mondialisée où la concurrence entre les Etats est devenue la règle, attirer des Investissements Directs Etrangers (IDE) pour valoriser son potentiel économique est aussi devenu un enjeu majeur. Ces investissements permettent avant tout  de créer et/ou de maintenir voire développer des activités économiques pour créer de la valeur ajoutée et assurer une redistribution de revenus via notamment la création d’emplois. Cette nécessité fait qu’aujourd’hui, pays développés et en développement rivalisent d’ardeur et d’ingéniosité pour séduire, attirer voire maintenir des IDE, facteur essentiel dans la mise en œuvre de leurs stratégie de croissance à long terme et de développement. Dans ce jeu, des pays comme la Guinée, pourvue en richesses naturelles, minières, halieutiques avec des besoins réels de valorisation attisent des convoitises mais l’Etat aussi déploie une stratégie de promotion pour attirer le maximum d’investisseurs dans des pans entiers de secteurs de l’économie nationale. Les mines, l’énergie, les infrastructures, l’agriculture, la pêche, l’artisanat, le tourisme ou encore l’hôtellerie sont autant de secteurs concernés par cette stratégie de déploiement à l’international. La Guinée a besoin d’argent, de technologies et d’expertise pour valoriser ce riche potentiel au service de ses populations et de ses territoires que seuls des partenariats publics, publics et privés peuvent assurer dans le temps.

Avant la pandémie de la Covid-19, des va et viens incessants entre Conakry la capitale et des villes du monde en Europe, Amérique, Asie et Afrique en sont la parfaite illustration de cette volonté de mobiliser des capitaux et de l’expertise à l’international dans un objectif précis, valoriser le potentiel économique du pays. Et même en temps de pandémie, les autorités politiques s’accommodent avec la tenue de sommets à format réduit, mais non moins importants sans oublier l’organisation de rendez-vous virtuels. La Guinée est ainsi depuis quelques années au rendez-vous de plusieurs rencontres économiques à l’international pour promouvoir la destination Guinée et ses atouts dans une économie mondialisée et très concurrentielle.  Le pays ne manque pas d’atouts avec cette volonté affirmée de l’Etat de trouver des voies et moyens de séduire et pourquoi pas attirer de possibles investisseurs internationaux. La création d’un ministère en charge des partenariats public – privé et d’une Agence de promotion des Investissements Privés (APIP), la mise en route du Programme National de Développement Economique et Social à l’horizon 2040, la réalisation de multiples planifications sectorielles, l’engagement du pays dans différentes réformes en matière de gouvernance économique et financière ; l’adoption d’un nouveau code des investissements, d’un nouveau code minier ainsi que d’une Lettre de Politique nationale de Décentralisation et de Développement local ; l’élaboration d’une politique nationale sur la Responsabilité Sociétale des Entreprises  (RSE) ont autant d’éléments qui positionnent favorablement le pays dans sa quête des IDE.

Disons qu’un écosystème se construit à cet effet. Ces éléments sont aussi des ingrédients importants dans une stratégie de développement économique et sociale car posant clairement les bases de l’évolution souhaitée du pays pour les prochaines décennies. Toute cette information est aussi utile à tout investisseur pour avoir des références sur la stratégie poursuivie, les moyens mis en œuvre et les acteurs impliqués dans le processus de développement national. Cependant, à bien regarder les tendances de l’économie globale avec les mouvements de délocalisation mais aussi de relocalisation des entreprises, les coûts du travail et du capital ne sont plus les seuls déterminants pour l’orientation des IDE. D’autres facteurs beaucoup plus structurants conditionnent aujourd’hui cette mobilité des IDE. Disons simplement que les traditionnels avantages fiscaux se sont vraiment plus déterminants dans l’attrait des IDE. Voilà pourquoi, il faut aller vers une  stratégie globale intégrant un ensemble de paramètres capables de contribuer à la rentabilité des investissements escomptés. Cette rentabilité dans le temps dépend de facteurs comme l’effectivité d’une meilleure gouvernance politique et institutionnelle avec le respect de l’Etat de droit, une gestion macroéconomique saine, un investissement conséquent dans les infrastructures du pays, la mobilisation de l’Etat en termes d’accès aux services publics (eau, électricité, logement, éducation, santé, transport). Pour ce qui est des infrastructures par exemple, le récent accord avec la Chine via la mobilisation de son secteur financier important tant les infrastructures avec leur capacité réelle de réduction des coûts d’investissements et d’ouverture d’opportunités pour les entreprises jouent un rôle majeur dans l’attrait des IDE.

Cet accord portant sur 20 milliards de dollars US sur 20 ans a l’avantage de faire des infrastructures du pays, un axe majeur de l’investissement de l’Etat pour les prochaines décennies. Cela est extrêmement important car donnant de la visibilité dans un domaine si particulier pour le développement économique de la Guinée tant l’Etat a failli en la matière. De retours d’expériences, les entreprises viendront encore et s’installeront dans un pays parce que les réseaux (eau, électricité, téléphone, transport, routes…) marchent avec des services publics (santé, éducation, formation…) accessibles et performants. Ces éléments sont la clé du processus de relocalisation aujourd’hui observée par exemple en Europe. C’est vraiment l’accès à ces services essentiels qui permet de fournir à l’économie nationale, entre autres, une main d’œuvre éduquée et en bonne santé et qualifiée avec cette capacité aussi à contribuer largement à apaiser  le climat social dans le pays, facteur de paix et de stabilité politique. En outre, l’accès aux services publics de qualité permet d’améliorer constamment la productivité du travailleur Guinéen renforçant ainsi sa capacité à s’insérer dans la dynamique économique. Cela est extrêmement important pour un meilleur partage des fruits de la croissance économique. Plus globalement, le développement de ces industries de réseaux désenclave le pays, intègre des espaces physiques, connecte des établissements humains tout en favorisant la mobilité des personnes et des biens… C’est le carré magique.

C’est dire que le développement des industries de réseaux est la clé de voûte de toute dynamique de croissance à long terme qui se veut durable et inclusive. Ces deux éléments (infrastructures et services publics) conduisent à l’attractivité des territoires à l’échelle nationale, offrent des opportunités au secteur privé local, national et international ; créent un terreau favorable aux initiatives citoyennes et ouvrent finalement d’énormes perspectives à l’économie nationale. Il est évident que les différents codes (investissements, impôts, mines, foncier…) aussi attractifs soient-ils ne pourraient seuls garantir et de façon pérenne des IDE à un pays. Il faut aller au-delà de cette approche classique Et, l’Etat guinéen ne peut indéfiniment baisser des impôts et/ou accorder des avantages (accès au foncier, réduction de charges, facilités douanières…) aux investisseurs eu égard à ses propres charges croissantes dans un pays où les populations sont de plus en plus exigeantes pour un meilleur accès à différents services. L’état pour ses raisons a besoin constamment de renflouer ses caisses pour accroitre ses marges de manœuvre budgétaires, donc sa capacité à agir sur son propre agenda de développement. En témoignent la mise en place de la Mission d’appui à la Mobilisation des Ressources Internes (MAMRI) ou encore toutes les réformes conduites à la Direction nationale des Impôts avec la digitalisation des procédures de recouvrement des recettes fiscales. C’est la raison pour laquelle, il est important d’amplifier la dynamique enclenchée sur le marché des IDE, en la diversifiant et en jouant aussi sur cette combinaison de facteurs  pour optimiser les gains.

Aller dans ce sens permet de diversifier les secteurs, de calibrer les projets, d’élargir les canaux de transmission des IDE et de mobiliser l’Etat et les populations. Dans cet objectif, il est important de privilégier les retours d’expériences laissant la possibilité à la Guinée de se forger une stratégie propre répondant à ses aspirations, ressources et besoins. Et pour aller sans ce sens, investir massivement dans les infrastructures, développer l’accès aux services et améliorer constamment les cadres juridiques et institutionnels reste le meilleur moyen de rendre la destination Guinée compétitive. Diversifier l’approche passe aussi par la mobilisation des acteurs publics et privés nationaux en faisant du dialogue Etat-Secteur-Privé-Collectivités locales un vrai crédo et une exigence dans la gouvernance publique. Il serait par exemple intéressant qu’à chaque rendez-vous économique où la Guinée est présente que les collectivités locales soient  présentes car les investissements (IDE et autres) qui en sortiront se feront aussi sur des espaces locaux. Cela est important dans une logique de mobilisation de toutes les forces du pays pour que les enjeux, la démarche et les résultats de cette quête parfois effrénée des IDE soient le mieux appropriés. C’est aussi à ces conditions que la démarche globale envisagée par l’Etat sera davantage légitime, crédible et pourrait se révéler fructueuse. Après tout, le développement n’est-il pas aussi une question d’appropriation collective de notions/concepts et une compréhension partagée des enjeux autour d’une problématique donnée par les différents acteurs, publics et privés.

Boubacar Sidighi Diallo, économiste et consultant
 Expert en Décentralisation, Développement local et Coopération

Articles Similaires

Guinée : Voici ce que les personnes vivant avec le handicap attendent du CNRD

Ledjely.com

URGENT : la CEDEAO prononce des sanctions ciblées contre les membres du CNRD

LEDJELY.COM

GUINEE: les autorités sanitaires déclarent la fin de la fièvre Marburg

Ledjely.com

Contenu local, respect des normes environnementales, transformation des matières,… Les exigences de Mamady Doumbouya à l’égard du secteur minier

LEDJELY.COM

Des projets miniers sont-ils menacés ? Le président de la chambre des Mines répond

LEDJELY.COM

CONCERTATIONS NATIONALES : revoilà Mamady Youla

LEDJELY.COM
Chargement....