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DETENUS POLITIQUES : les Etats-Unis haussent le ton, la Guinée tempère

La Guinée serait-elle en train de revenir à un discours plus conciliant dans la gestion du contentieux lié à la crise politique (nouvelle constitution, législatives et élection présidentielle) qui aura jalonné l’année 2020. En tout cas, la réponse du porte-parole du gouvernement au communiqué plutôt osé de l’ambassade des Etats-Unis en Guinée est empreinte d’un peu plus de subtilité. Exit donc le déni ou encore une certaine forme de souverainisme de mauvais aloi. Et c’est une évolution dans le lexique usité par les autorités qui intervient, après la libération conditionnelle concédée la semaine dernière à quatre leaders de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), le principal parti de l’opposition.

Agacement

Si elle s’est justement félicitée de la libération récente de ces responsables politiques, la représentation diplomatique du pays de l’Oncle Sam en Guinée relève néanmoins que cette mesure « contraste fortement avec l’arrestation et la détention de la figure de l’opposition Kéamou Bogola Haba le 14 juillet par le gouvernement guinéen ». Mettant donc nommément en cause, le « Gouvernement guinéen », l’ambassade des Etats-Unis trouve que celui-ci continue à « arrêter et à réduire au silence les voix politiques de
l’opposition
 » . Et c’est dire que dans cette déclaration, les autorités américaines ne font nullement dans la nuance ou dans la subtilité. C’est une sortie de laquelle transparaissent un certain agacement et un certain désir de « ne plus laisser faire ».

C’est ainsi que dans la déclaration, on retrouve également l’appel des Etats-Unis à l’endroit du gouvernement guinéen en vue du renforcement du « pluralisme politique », du respect des « droits de l’homme, notamment la liberté d’expression et la tenue d’audiences
publiques et équitables sans retard excessif pour les personnes qui restent en détention provisoire »
. L’administration Biden trouve donc qu’il y a un « retard excessif » dans la gestion du contentieux lié à certains détenus politiques. Enfin, dans la même déclaration, on a même une petite mise en garde à l’endroit des autorités guinéennes. En effet, selon l’ambassade des Etats-Unis en Guinée, la confiance entre autres de la communauté internationale, à l’endroit de la démocratie guinéenne dépend de l’arrêt par les responsables de Conakry de « l’apparence de détentions pour des raisons politiques ». Bref, dans la déclaration, les Etats-Unis ne sont point tendre avec le gouvernement guinéen.

Courtoisie

Mais en face, la réponse servie notamment par le porte-parole du gouvernement, est empreinte d’une certaine courtoisie. Au point que Tibou Kamara aura partagé le constat des diplomates américains sur la durée excessive de la détention provisoire de certains opposants. Même si, note-t-il, les procédures judiciaires doivent être menées « vite et bien, sous l’autorité de la justice et dans le respect de l’indépendance des magistrats ». Sur la question des droits de l’homme, la réponse des autorités guinéennes est ainsi formulée : « Le Gouvernement guinéen promeut la liberté d’expression et la diversité des opinions, réelles dans le pays, mais qui doivent s’exercer cependant, comme dans tout Etat de Droit, dans les conditions et limites prescrites par la Constitution ».

Hypothèses

D’une part, l’indépendance de la justice, de l’autre, le respect de la constitution en vue d’une conciliation intelligente entre les droits et les devoirs, voilà la trame de la réplique des autorités guinéennes à la déclaration des Etats-Unis. Bien sûr, il y a là le nécessaire pour nuancer la vision des choses par les Etats-Unis. Mais il y a là aussi incontestablement un adoucissement du langage. Dans cette dernière réponse, les termes ne sont ni guerriers, ni orientés vers un affrontement. Il y a plutôt une quête de compromis. Cela procède-t-il du choix des termes par l’actuel porte-parole du gouvernement ? Ou bien ce serait que la Guinée, arrivée à bout de souffle du fait des pressions ou considérant qu’il n’y plus matière à guerroyer (le troisième mandat acquis), décide de faire baisser sa communication d’un ton ? Une dernière hypothèse se rapportant, elle, à l’interlocuteur. En effet, il est connu que la Guinée n’a pas toujours la même réplique selon qu’elle a en face les Etats-Unis ou la France. En raison du contexte historique lié au passif colonial entre les deux pays, les autorités guinéennes ont toujours plus difficilement encaissé les critiques venant du pays de Macron. A l’inverse, tant que cela n’est pas strictement nécessaire, on se refuse à élever le ton quand il s’agit des Etats-Unis. Il est vrai qu’avec ces derniers, le souverainisme habituel passe également plus difficilement aux yeux de l’opinion. Le prétexte historique n’existant pas cette fois, pour servir d’appui.

Boubacar Sanso BARRY

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