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EDITO : pourquoi sommes-nous obligés de subir ?

Plus tôt au cours de cette année, le président Alpha Condé et son premier ministre nous l’avaient dit. Ils nous avaient mis en garde. Les prochains mois seront difficiles, avaient-ils annoncé. Une mise en garde que le chef de l’Etat assimilait au langage de vérité que les dirigeants se doivent d’avoir vis-à-vis de leurs concitoyens. Eh bien, nous y sommes ! Car avec la hausse du prix du carburant annoncée dans la soirée du mardi 3 août, tout le monde devrait se sentir concerné par les difficultés. D’autant que, sur le terrain, les conducteurs de taxi et autres bus, alignent déjà les tarifs de transport sur les nouveaux prix de l’essence et du gas-oil. Et que, dans la foulée, sur le marché, les prix de tous les produits suivront la même tendance. Bref, les Guinéens vont devoir continuer à « serrer la ceinture ». Comme ils le font du reste depuis onze ans. Mais pour quelle finalité ? Telle est la question.

Crise économique et facteurs endogènes

Convenons-en. La crise économique invoquée par les autorités pour justifier la hausse du prix du carburant n’est pas totalement inventée. Du fait de la pandémie du Covid-19, c’est le monde entier qui est plongé dans une crise. Cela, chacun devrait l’admettre. Et bien sûr, les économies fragiles comme celle de la Guinée sont de celles qui sont les plus affectées. Ceci étant, dans le cas guinéen, il y a cependant d’autres facteurs explicatifs endogènes. La saignée financière que le pays a subie dans le sillage de la triple élection (législatives, référendum, présidentielle et les campagnes respectives) en 2020 y est aussi pour quelque chose. D’ailleurs, pour beaucoup, toutes les mesures qui sont instaurées ces derniers temps dont l’imposition d’une nouvelle redevance aux sociétés téléphoniques et la hausse plus récente du prix du carburant sont assimilables à la facture du troisième mandat. Il s’y ajoute que du fait des conditions dans lesquelles ces trois élections ont été organisées, les relations entre le pays et les partenaires extérieurs ne sont plus ce qu’elles étaient. Surtout que les autorités peinent à prendre en compte les exigences de dialogue politique posées par certains de ces partenaires. Enfin, le choix du président de la République de fermer la frontière avec quelques-uns de nos voisins dont le Sénégal n’est pas non plus sans conséquences, notamment sur les recettes de l’Etat.

Au nom du PPTE

Mais indépendamment de ces causes, il importe de se rappeler que ce n’est pas la première fois que le président Alpha Condé demande des sacrifices aux Guinéens. A ses compatriotes, il a toujours demandé de patienter, d’être résilients et de « serrer la ceinture ». On se rappelle en particulier des discours dans lesquels il invitait les Guinéens à attendre que le pays atteigne le point d’achèvement de l’initiative des Pays pauvres très endettés (PPTE). Il appelait ça « sortir la Guinée du trou dans lequel je l’ai trouvé ». Il fallait que la Guinée se débarrasse du fardeau de la dette pour pouvoir faire face avec sérénité à ses propres défis. Ce fameux point, la Guinée l’a atteint le 26 septembre 2012. Suite à quoi, sa dette a été allégée de 2,1 milliards de dollars américains. Et qu’est-ce que les Guinéens ont récolté de l’atteinte de ce point ? Pas grand-chose. Ou tout au moins les résultats n’ont pas été à la hauteur des sacrifices qu’ils avaient consentis.

Serrer la ceinture, pourquoi ?

Certes, il convient de reconnaître que la Guinée d’aujourd’hui connaît une meilleure desserte en électricité. On peut admettre également que l’initiative des fêtes tournantes de l’indépendance a laissé quelques acquis dans quelques villes de l’intérieur du pays. La logique qui sous-tend la mise en place de l’Agence nationale de financement des collectivités (ANAFIC), elle aussi, est à saluer. Enfin, la Guinée n’est pas non plus mal lotie en termes d’infrastructures hôtelières. Pour autant, la Guinée n’a pas atteint l’autosuffisance alimentaire que le président Alpha Condé promettait pourtant au bout de trois ans. En cette année 2021, le Guinéen n’est pas non plus mieux desservi en eau. Nos villes ne sont pas mieux assainies. Nos routes ne sont pas en meilleur état. Le logement est hors de portée du citoyen ordinaire et l’éducation, est au rabais. Quant au système sanitaire, Ebola et la Covid-19 en ont révélé l’incroyable fragilité. Devant un tel bilan, pourquoi les Guinéens devraient-ils continuer à subir ? Si leurs sacrifices ne sont pas censés se traduire par une amélioration de leurs conditions de vie, devraient-ils continuer à endurer ? Ces questions, il convient d’autant plus de se les poser que cette fois, la contrepartie au sacrifice que le chef de l’Etat sollicite de ses compatriotes est encore plus irréaliste. En effet, le nouvel objectif qu’il se fixe est de faire de la Guinée la seconde puissance économique de la région ouest-africaine, après le Nigéria. Rien que ça !

Boubacar Sanso BARRY

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