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CONAKRY : comment les prostituées jonglent avec les restrictions sanitaires ?

Il ressortait d’un précédent témoignage que nous publiions ici même que les restrictions imposées par la Covid-19 affectaient d’une certaine façon le monde de la prostitution en Guinée. Si elle ne conduit pas à l’arrêt systématique de la pratique du plus vieux métier du monde, la maladie du nouveau coronavirus contraint néanmoins les travailleuses de sexe à aménager leur agenda de travail. C’est en particulier le cas depuis qu’avec l’apparition de nouveaux variants de la maladie, les autorités guinéennes ont durci notamment le couvre-feu, en le ramenant de 22 heures à 4 heures du matin, au lieu de minuit à 5 heures. Mais si l’on s’en tient à celles qui se sont confiées au reporter du Djely, tout le monde n’est pas affecté de la même façon. Si bien sûr, quelques-unes en souffrent du fait de la baisse des revenus qu’elles en tirent, d’autres par contre réussissent à tirer leur épingle du jeu. Cependant, toutes restent exposées à des risques d’agressions sexuelles et à d’autres menaces qui rôdent dans les rues de Conakry, une fois que la nuit a étendu son épais drap sur la capitale guinéenne.

Mariam Sadio est de celles auxquelles les restrictions sanitaires sourient plutôt bien. La vingtaine, elle a son terrain de prédilection à Kipé, au carrefour Métal Guinée précisément. Elle avoue se frotter les mains depuis que le gouvernement a ramené le couvre-feu à 22 heures. « Actuellement, nous gagnons plus qu’avant, nous venons tôt, les clients viennent à temps et si tu arrives à avoir deux ou trois clients, ça peut être suffisant. Et à la différence de certaines de mes amies, il est très rare que je ne puisse pas trouver de client », explique-t-elle. Mais le véritable changement dont elle tire profit, c’est le fait qu’en « ce moment, nous gagnons généralement des clients qui proposent toute la nuit, ce qui est plus cher ». Depuis que la nuit est écourtée par le couvre-feu, ceux qui sollicitent le plus les faveurs de ces travailleuses de sexe, ce sont ceux qui, plus nantis sans doute, peuvent s’offrir le prix d’une nuit entière. Quoique, nuance Mariama Sadio : « Parfois aussi, on peut tomber sur des gens qui profitent du temps, comme ils savent que nous sommes en manque d’argent et de temps de travail, ils proposent des prix très bas pour jouer le malin ».

A la différence de Sadio, Khadija, 23 ans, ne saute pas de joie. Quand nous l’avons abordée, elle s’empressait de finir une assiette afin de retrouver le trottoir – elle aussi évolue dans le même secteur. Elle se plaint de la rareté des clients, imputable à ses yeux au couvre-feu. « Ces derniers temps, c’est généralement avec mes clients fidèles que je travaille. Le temps est très réduit et les gens n’ont pas d’argent. Les policiers ne nous laissent pas profiter également de ce petit temps. Il m’arrive même parfois d’appeler des gens pour leur proposer d’aller passer la nuit chez eux. Et s’ils arrivent qu’ils acceptent, c’est en échange d’un montant très dérisoire », confie-t-elle. La situation compliquée à un tel point qu’elle prie volontiers pour que « Dieu chasse cette maladie de chez nous ».

Risques d’agressions

Motels et hôtels obligés de baisser les rideaux plus tôt d’habitude, les prostituées sont donc de plus en plus contraintes d’aller retrouver leurs clients aux domiciles de ces derniers ou à tout le moins dans des endroits choisis par eux. Ce qui décuple les risques d’agressions sexuelles auxquelles les filles sont exposées. Interrogée à ce sujet, Mariama Sadio indique n’avoir jamais vécu une tentative de violences sexuelles au cours de son service. Elle reconnait par contre que certaines de ses collègues ont eu des mésaventures de ce type. « Moi avant qu’on ne bouge, nous allons d’abord bien discuter car je ne me laisse pas aller facilement. Si tu dis quelque chose qui me fait douter, je rejette l’offre », affirme-t-elle.

Par contre, elle se rappelle avoir une fois été dépouillée de tout ce qu’elle avait par un agresseur qui l’a menacée avec un couteau. « Nous nous étions accordé sur le prix pour un déplacement à Kobaya. Arrivée, j’avais eu peur de m’isoler avec lui car mon instinct ne me rassurait pas. Donc, j’ai dit au taxi motard de m’attendre, mais le client a dit que ce n’était pas la peine car, disait-il, il n’est pas exclu que nous fassions un second tour, s’il était satisfait du premier. J’ai alors dit au motard de partir, mais dès que celui-ci est parti, le gars a sorti un couteau qu’il a pointé sur moi en m’insultant et il m’a demandé de lui donner tout ce que j’avais. Même mes chaussures, il n’a pas laissé », se souvient Mariama Sadio

Pour Khadija, ça aurait pu être pire. En effet, elle se rappelle avoir échappé à un viol collectif de la part de quatre individus. En effet, au cours d’une des soirées, elle avait croisé la route de quatre Nigérians, avec lesquels elle avait d’autant sympathisé que, née en Sierra Léone, elle comprend parfaitement anglais. « L’un d’entre eux m’a proposé un prix attrayant pour toute la nuit. J’ai accepté et on a décidé de partir dans un appartement où ses trois compagnons devaient nous déposer », aborde-t-elle.

Arrivée sur les lieux, Khadija sera très surprise de constater ce qui se trame devant elle. De fait, au lieu que ce ne soit seulement le client avec lequel elle s’était entendue, c’est le quatuor qui négocie l’hôtel. Aussitôt, elle se met à douter. Et s’ils ont à cœur de tous coucher avec moi, se demande-t-elle ? Elle ne tarde pas à avoir la réponse. « Mon client me propose ensuite de me partager avec un autre. Je lui demande alors si ça devait être à tour de rôle, il répond qu’on devait le faire ensemble. Là, j’ai commencé à avoir peu car ils étaient tous sous l’effet de la drogue, j’ai donc feint d’accepter de jouer le jeu ». De fait, elle ne voulait rien laisser transparaître de sa peur et de ses soupçons. Pendant ce temps, elle se creusait la tête pour trouver une parade afin de se sortir de ce qui tendait à devenir un guet-apens. « Ensuite, je lui ai demandé si je pouvais m’isoler pour prendre quelques stupéfiants afin de me mettre à l’aise. Le mobile mis en avant achevant de les convaincre du fait que j’avais accepté leur proposition, ils m’ont donc montré un couloir qui menait vers la mer. Je suis sortie en laissant mon sac là-bas car j’avais déjà emporté mon téléphone et mon argent avec moi. J’ai escaladé un mur pour me sauver ». Puis, elle a couru de toutes ses forces. Ce, dit-elle, parce que « je savais qu’ils allaient me forcer à coucher avec eux tous si j’avais tout de suite refusé leur proposition ».

Aliou Nasterlin 

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