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COUP D’ETAT EN GUINEE : la voix inaudible de la communauté internationale

Le contraste est patent. D’une part, depuis l’arrestation du président Alpha Condé et la prise du pouvoir dans la foulée par le colonel Mamady Doumbouya et ses hommes, les communiqués qui viennent de la communauté internationale se suivent et se ressemblent. Les condamnations du putsch sont unanimes. Des Nations unies à la CEDEAO, en passant par l’Union africaine, les Etats-Unis et la France, c’est le même son cloche. On condamne et on demande la libération du président Alpha Condé. D’autre part, à l’intérieur du pays, les entités sociales et politiques, les unes après les autres, admettent et saluent l’acte posé par le Comité national pour le rassemblement et le développement (CNRD). Là aussi, du Front national pour la défense de la constitution (FNDC), la plateforme qui s’est opposée au troisième mandat, au Conseil national des organisations de la société civile (CNOSC), en passant par l’UFDG-ANAD de Cellou Dalein Diallo, le ton est sensiblement le même, à savoir qu’on salue le coup d’Etat perçu comme un acte libérateur. Même si la contradiction peut être amoindrie par le fait que les condamnations émanant de certaines instances relèvent davantage des convenances, ce décalage entre les instances internes et externes devrait préoccuper.

Si bien de dirigeants africains sont connus pour ne pas savoir tirer les enseignements des mésaventures de leurs homologues, on peut tout aussi reprocher à la communauté internationale de ne pas se remettre en cause. Elle non plus ne tire pas les leçons de certaines crises. Ou en tout cas, elle n’aborde pas toutes les crises de la même façon. En cela, il y a des illustrations dans la sous-région même. Ainsi, autant on avait apprécié la fermeté avec laquelle les crises politiques avaient été gérées en Gambie, en 2016, et en Guinée Bissau, en 2019, autant, il convient de reconnaître que la CEDEAO, par son apathie, a contribué au pourrissement des crises au Mali et aujourd’hui en Guinée.

Dans le cas guinéen, l’institution sous-régionale avait fatalement échoué à empêcher le président Alpha Condé de briguer un nouveau mandat qui lui était pourtant interdit. Convaincue des risques que l’obsession du président guinéen faisait peser sur l’ensemble de la sous-région, la CEDEAO avait même dépêché à Conakry, en décembre 2019, Nicéphore Soglo et Goodluck Jonathan, anciens présidents du Bénin et du Nigéria, pour dissuader Alpha Condé. Pour leur signifier le mécontentement que leur démarche avait suscité en lui, le chef de l’Etat s’était même refusé de les recevoir. Par la suite, en février 2020, une mission initiée par l’ancien président nigérien, Mahamadou Issoufou, pour venir échanger avec le président guinéen pour tenter de le raisonner, avait été annulée à la dernière minute, à la demande, avait-on appris, d’Alpha Condé. Et même, à la suite des anomalies relevées dans le fichier électoral par l’OIF, la CEDEAO et l’Union africaine s’étaient abstenues d’envoyer des observateurs pour le double scrutin du 22 mars 2020. C’est dire donc que la CEDEAO, et à travers elle, la communauté internationale, était amplement informée de la folle détermination qui était celle d’Alpha Condé quant à l’obtention de son troisième mandat et de sa prédisposition à user de tous les moyens pour y arriver.

Mais qu’est-ce qu’on lui a opposé ? Rien, si ce ne sont des condamnations de principe distillées via des communiqués qui publiés de manière sporadique. Pour le reste, Alpha Condé a pu réprimer ses adversaires selon son bon vouloir. Instrumentalisant la justice, il avait embastillé bon nombre d’entre eux. Pendant que d’autres, à l’image de Cellou Dalein Diallo et de quelques responsables de son parti, étaient tout simplement interdits de sortir du pays. De loin, la communauté internationale dans son ensemble observait tout cela en spectateur.

Comment s’étonner alors que ceux qui, de l’intérieur, subissaient le martyr ne puissent pas avoir du coup d’Etat un point de vue opposé à celui de ceux qui, de l’extérieur, n’ont jamais tenu compte de la gravité de la situation ? Bref, si l’on veut en finir avec les coups d’Etat sur le continent africain, les instances sous-régionales et panafricaines devraient sortir de la logique de la solidarité mécanique entre les présidents. Aussi longtemps que les peuples ne sauront pas qu’ils peuvent compter sur les institutions notamment africaines et internationales, quand ils sont dans le besoin, ils trouveront toujours le moyen de briser leurs chaines. Quitte à ce que cela écorne au passage l’image de l’Afrique. Et c’est pourquoi les condamnations qui pleuvent depuis dimanche ne semblent susciter l’attention de personne.

Boubacar Sanso BARRY

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