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GUINEE : le grand recul

Que le coup d’Etat que revendique le colonel Mamady Doumbouya ait réussi ou pas, ce n’est pas le plus important. Que les uns applaudissent l’acte posé ce dimanche 5 septembre par le Groupement des forces spéciales et que d’autres le maudissent, ce n’est pas non plus ce qui devrait retenir l’attention. De quelque bord que l’on soit, cette journée du 5 septembre devrait symboliser un grand recul. D’abord pour la Guinée, mais ensuite pour l’Afrique. Cette manie de la soldatesque à faire irruption dans le champ politique et ces images de nos dirigeants que l’on montre à la face du monde sous leurs mauvais jours, voilà qui fige le continent africain. Ces images sombres incarnées hier par Ibrahim Boubacar Keïta et aujourd’hui par Alpha Condé, ne font pas honneur à l’Afrique. D’autant qu’elles symbolisent la marche-en-arrière de nos pays. Mais à qui doit-on cette humiliation planétaire ? En premier lieu, à ces mêmes dirigeants.

Charbons ardents

En tout cas dans le cas de la Guinée, les événements de ce dimanche 5 septembre sont en quelque sorte l’aboutissement d’une crise que le pays vit depuis pratiquement deux ans et à laquelle le président déchu n’était pas étranger. Bien sûr, il est possible que des brouilles au sein de l’armée aient pu précipiter l’intervention des mutins. De même, personne ne peut non plus nier que la crise économique liée à la pandémie de Covid-19 ait pu aggraver le malaise social. Mais il est admis que le débat né de la volonté du président Alpha Condé de s’octroyer un troisième mandat a installé la Guinée sur des charbons ardents depuis le début de l’année 2019. Et personnellement, il s’est accroché à cette idée avec une telle détermination qu’il en était devenu l’otage. Inaccessible à tous les appels à la raison, il s’était, pour le succès de son projet, évertué à anéantir tous ceux qui se dressaient sur son chemin. Ce faisant, il aura balisé, sans le vouloir, la voie pour ceux qui viennent de le renverser. Car aujourd’hui, c’est de la mésentente qu’il aura instaurée dont se prévalent les nouveaux maîtres du pays. Et comme souvent en pareille circonstance, personne n’a vu la fin arrivée.

Il aurait fallu partir quand il le fallait

L’histoire se répète donc. La succession au sommet de l’Etat se règle au moyen d’un coup d’Etat. Même si cependant c’est la première fois qu’un président en vie en est la cible. Une nouvelle fois, le pays va devoir passer par l’étape d’une transition dont on ignore encore les contours. En soi, c’est un énorme recul pour une Guinée qui, le 2 octobre prochain, soufflera sa 63ème bougie. En 63 ans, on aurait pu faire mieux. On aurait dû faire mieux. Le président Alpha Condé en particulier, cet opposant qui a longtemps incarné l’alternative à la dictature et l’autoritarisme en Guinée, aurait dû s’éviter les images de lui qui inondé les réseaux sociaux ce dimanche. Par la même occasion, il aurait évité à la Guinée d’être la risée du monde, comme c’est le cas depuis hier. Pour cela, il aurait fallu partir quand il le fallait. Résister au mandat de trop ! Ne pas céder, comme lui avait courageusement recommandé feu Kéléfa Sall, le défunt président de la Cour constitutionnelle, aux « sirènes révisionnistes ». Malheureusement, la tentation était décidément plus forte. Il doit pourtant réaliser, après les événements d’hier, que son pouvoir ne reposait pas sur du solide. En témoigne la facilité déconcertante avec laquelle le château s’est écroulé. Toute une leçon !

Boubacar Sanso BARRY    

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