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Et si Alpha Condé n’était pas encore hors-jeu ?

Le 5 septembre dernier, le régime de Conakry a été renversé par le groupement de forces spéciales (unité d’élite créée par Alpha Condé en personne). Seulement, deux semaines après ce putsch, les nouveaux maitres du pays ont du mal à obtenir la démission formelle du patron du navire jaune (RPG). Stratégie politique ou Arrogance d’un déchu ? En tout état de cause, la junte est dans une position délicate, bien que bénéficiant d’une certaine adhésion populaire. Le sort du président Condé demeurant au centre du débat.

Faut-il le laisser partir ou le garder en Guinée ?

D’abord, l’option de l’exil, à court terme, permettrait à Alpha de respirer un peu. Mais ce n’est pas une issue viable à long terme. Pourquoi ?  Au regard de l’histoire postindépendance de l’Afrique, la majorité des ex chefs d’Etat exilés sont morts sans honneurs dans leur pays. Voyons quelques exemples :

  • Hissène Habré, ancien président tchadien exilé depuis 1990 à Dakar, il a été jugé et condamné en 2016 par les Chambres africaines extraordinaires. Il est mort en août dernier sans aucun hommage dans son pays, le Tchad.
  • Amadou Ahidjo, l’ex président camerounais qui avait volontairement quitté le pouvoir pour s’installer au Sénégal, a été, lui, jugé par contumace dans son pays, et finalement il est mort à Dakar en 1989 sans reconnaissance dans son pays.
  • Mobutu Sese Seko avait dirigé le Congo Zaïre durant 30 ans. Il est mort et a été enterré à Rabat, sans hommage dans son pays. Ces 3 exemples et d’autres que nous n’avons pas mentionnés illustrent le fait que les présidents qui s’exilent loin de leur territoire, meurent dans leur indifférence des régimes qui leur succèdent.  A 83 ans sonnés, Alpha Condé va-t-il refuse-t-il de se résigner à ce sort ? Probablement !

D’ailleurs, même s’il devait s’exiler, il sait que le Congo de son ami Denis Sassou Nguesso n’est pas un abri sûr, puisque la situation peut changer à tout instant ; et il est hors de question pour lui de s’installer à Dakar au risque de finir comme HABRE.  S’agissant de la France dont il détient la nationalité, c’est encore difficile puisqu’il ne sera pas à l’abri d’éventuels soucis judiciaires dans ce pays des droits de l’homme.  Concrètement, il serait difficile pour le président déchu de trouver un pays d’accueil en ayant l’esprit tranquille. D’autant qu’il a pleinement conscience qu’en face des intérêts des Etats, toutes les amitiés peuvent s’effacer.

S’agissant de la seconde option qui consisterait pour la junte à le garder en Guinée, c’est le choix le plus bénéfique pour Alpha Condé et sûrement celui qui lui rendrait service.  Et ce, pour plusieurs raisons. D’abord, sa présence mettrait une pression énorme sur la transition. Non seulement ce sera là une première dans l’histoire du pays mais surtout le professeur serait sous étroite surveillance, quand on sait que l’homme a toujours ses soutiens dans les sphères d’influence du pays (armée, hommes d’affaires ; politiques ; chancelleries …) sans oublier que la junte ne prendrait pas le risque de le juger, au risque de mettre la transition en péril.

A noter également qu’il resterait un acteur majeur des prochaines échéances électorales, non seulement il pèserait dans le choix du futur candidat de son RPG mais surtout il pourrait nouer des alliances avec d’autres leaders, y compris un Cellou Dalein Diallo.  Il faut le dire clairement, aucun politique guinéen actuel ne saurait refuser un mariage politique avec Alpha. D’ailleurs, aujourd’hui, cela est clairement illustré par la difficulté que les uns et les autres ont de se prononcer quant au sort à réserver au président depuis son renvoi de Sekhoutoureya.  Si Cellou a été capable de s’allier avec Dadis en 2015, pourquoi pas avec un Alpha Condé disposant d’un réseau puissant et d’une forte assise politique ? Surtout que cela donnerait à Cellou l’image d’un leader rassembleur et un homme d’Etat capable de mettre l’Etat au-dessus de tout. Cette possibilité est aussi valable pour tous les leaders actuels, puisqu’aucun d’eux ne saurait véritablement conquérir l’électorat d’Alpha Condé sans la bénédiction de celui-ci.

Comme on le voit, c’est peut-être plus le CNRD qui est aujourd’hui l’otage de l’ancien président, et non l’inverse. D’une part, si la junte refuse de le laisser partir (ce qui serait d’ailleurs le souhait de celui-ci), elle se mettrait à dos toute la communauté internationale. Mais d’autre part, si elle décide de le libérer et que ce dernier refuse de s’exiler pour les raisons précitées, ce serait une pression interne intense sur les autorités de la transition et sur l’ensemble du processus.

Ne soyons donc pas étonnés si d’avance on venait à accorder à Alpha Condé, une amnistie générale, soit sous cette transition, soit sous le régime qui sortira de cette phase transitoire. Bien sûr, quelques hommes en uniforme seront sacrifiés pour contenter les victimes. Mais Tout compte fait, Alpha à toujours une carte en main. Reste à savoir comment il va s’en servir !!

Ahmed Moussa Koné

Etudiant en Droit et études juridiques à l’université islamique de Médine

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