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GUINEE : l’impossibilité de lutter contre la corruption au sein de l’armée

Dans son discours d’hier, le colonel Mamadi Doumbouya a pris des engagements quant à la gouvernance des ressources mises à la disposition de l’armée. Le président de la Transition s’est quelque peu appesanti sur la nécessité, selon lui, que le commandement ne puisse pas concentrer les ressources entre ses mains. La troupe doit toucher ce à quoi elle a droit, instruit le colonel Doumbouya. Cet engagement est plutôt symbolique, quand on sait que la gouvernance dans la grande muette a souvent été entourée d’un grand mystère. Pour preuve, nous publions ci-dessous ce témoignage publié dans ‘’Mémoire collective, une histoire plurielle des violences politiques en Guinée’’, publié en 2018. Témoignage livré à Olivier Rogez par le commandant Sagno Sekou, militaire à la retraite

À cette époque, au début des années 2000, j’ai travaillé à élaborer un rapport sur les dépenses militaires. J’ai inspecté les dépenses de tous les états-majors : air, mer, terre. J’ai relevé toutes les dépenses. Je suis allé au ministère des Finances et au Trésor pour me procurer les documents de contrôle. Dans l’ensemble, mon rapport était extrêmement négatif. J’avais découvert qu’il existait énormément de détournements et j’avais les preuves en main. Chaque mois, le budget de l’armée augmentait de 13% en moyenne ! Vous imaginez ce que cela représente. Mon enquête m’a valu des ennuis. Le secrétaire général à la présidence à l’époque s’appelait Fodé Bangoura. Il a demandé à quinze reprises qu’on m’enlève ce dossier. On a même essayé de m’acheter. Le général Kerfala Camara était à l’époque mon supérieur et dirigeait l’Inspection générale. Un jour, il m’a convoqué dans son bureau. Il m’a montré un carton et m’a dit : « Emporte-le. Ce qu’il y a dedans est pour toi et ton équipe ». Dans ce carton, il y avait environ 14 millions de francs guinéens. Kerfala m’a dit : « Prend ça, c’est pour toi et ton équipe. Et arrête ta mission. »

J’ai pris le carton, je ne pouvais pas faire autrement. Mais, je savais que j’avais le soutien du président Lansana Conté. Du moins, je le pensais. Lorsque je lui ai remis mon rapport, il m’a remercié. Il m’a expliqué qu’il partait à Gaoual voir son marabout et qu’à son retour, il me donnerait un bureau pour que je puisse continuer à inspecter les finances de l’armée. Il m’a aussi laissé entendre qu’il réfléchissait à remplacer l’Intendant général. Mais il ne m’a jamais rappelé.

C’était en 2002. Il avait fait semblant devant moi de vouloir épurer le système mais en fait, il n’a rien fait. Beaucoup de charognards rôdaient autour des budgets militaires et engloutissaient les finances du pays.

Propos recueillis par Olivier Rogez, in  »Mémoire collective, une histoire plurielle des violences politiques en Guinée ». 

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