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GUINÉE : analyse et décryptage du discours d’adresse à la nation du Colonel Mamadi Doumbouya

Ce dimanche 31 octobre à 20h30, après le passage de l’hymne national qui introduit traditionnellement l’allocution présidentielle, le Colonel Mamadi Doumbouya, discours à la main, se dirige vers le pupitre pour se prêter à son premier exercice de cet ordre, avec toute la solennité requise.

Cette allocution du Président de la transition s’inscrit dans le cadre de la fête anniversaire de l’armée guinéenne, qui se tient chaque 1er novembre. Cette année, l’armée guinéenne fête les 63 ans de sa création. L’événement pré-enregistré est diffusé par la RTG, média d’Etat.

Au-delà de toute forme de subjectivité qui serait mal venue, cette analyse relève des points d’amélioration sur lesquels il est opportun de s’attarder. En tenant compte du contexte, cet article aborde inévitablement des contresens de communication qui se sont glissés pendant l’allocution de Mamadi Doumbouya.

A rappeler que cet exercice de décryptage se veut complétement désintéressé. Il ne s’agit pas de commentaire politique mais d’une simple tentative d’analyse sémiotique de [du] discours avec un élargissement géopolitique. Cela dit, passons au cœur du sujet.

Pour comprendre cette analyse, un bref détour conceptuel et une convocation de l’approche saussurienne seraient impérieux. Par discours, il faut ici entendre un ensemble profilmique, c’est-à-dire, tout ce qui se trouve dans l’objectif de la caméra. Même un mur est un discours, car ayant normalement une portée symbolique et à cet effet objet de sémiologie. Par ailleurs, l’expérience suggère qu’un discours, pour qu’il réussisse, doit s’engager dans une démarche de précision représentationnelle. En la matière, l’équipe de communication autour du Président Doumbouya devrait faire des efforts.

‘Au nom du Peuple’

Après avoir cité des noms de militaires populaires, faisant encore l’unanimité, le Colonel Mamadi Doumlbouya leur rend hommage pour avoir « aussitôt renoncé dignement à tous les privilèges de l’armée coloniale, pour se mettre au service de leur Patrie », et rappelle ô combien la Guinée a été au cœur de l’accession à l’indépendance de bien de pays africains dont le Congo et la Guinée Bissao.

Le Général Noumandian KEITA, le Général Lansana CONTE, le Colonel Louis Lamine DIALLO et le Colonel Kaman DIABY. Des noms, des images et une histoire. Il s’agit d’une démarche de reconnaissance mémorielle, une injonction aux souvenirs et une rupture dans le discours. Rupture car le régime de l’ex Président déchu, Alpha Condé, ne s’est jamais inscrit dans un tel registre. L’opinion publique découvre aussi que c’est toute la Guinée qui s’est mobilisée pour la reconquête de sa dignité. En cela, le nom du Colonel Louis Lamine DIALLO sonne comme un coup de tonnerre dans un pays où l’histoire est devenue un outil de discordes. Il ne s’agit donc pas seulement de Sékou Touré qui a joué un grand rôle dans l’accession à l’indépendance mais de tous ces militaires restés jusqu’alors presque anonymes. Les familles de militaires et une partie de l’opinion publique verront là une patrie reconnaissante. Tout cela renforce l’image positive dont jouit le Colonel depuis le 5 septembre. De libérateur, il est maintenant le réconciliateur en chef.

Le « au nom du peuple » peut être doublement entendu. D’abord comme une affirmation de légalité. Habituellement, ce sont des personnes élues qui parlent au nom et pour le compte du peuple. Or Mamdadi Doumbouya est une autorité de transition. Ensuite comme une manière de légitimer la reconnaissance et l’honneur faites à l’ensemble des militaires morts pour la Guinée.

‘Nous devons avoir constamment à l’esprit’

Dans ce discours de 11 minutes et 13 secondes, une autre rupture avec l’ancien régime apparaît. Le « Nous devons avoir constamment à l’esprit » rappelle quelque part la mise en garde faite à Alpha Condé, par Keléfa Sall en 2015, à l’occasion de la prestation de serment pour un second mandat présidentiel de celui qui s’est inscrit du mauvais côté de l’histoire.

Mamadi Doumbouya entend rompre avec le passé et veut inscrire l’armée non pas dans un schéma décidé par les partenaires mais par lui et son équipe. Cela rappelle son discours à l’Ecole de Guerre de Paris, où il s’opposait clairement à toute forme d’ingérence, y compris par le renseignement militaire.

‘Loi de Programmation Militaire adaptée aux besoins de nos armées’

C’est pourquoi, il n’est pas innocent de souhaiter une loi de programmation militaire adaptée « aux besoins de nos armées ». Il faut donc comprendre que jusque-là les lois de programmation militaires n’étaient pas totalement décidées par les autorités guinéennes mais qu’elles subissaient l’influence des partenaires. Mamadi Doumbouya remercie habilement ces partenaires pour éviter toute interprétation d’hostilité ou de défiance. Cela se ressent dans le ton quand il arrive à ce moment du discours.

Et puis, arrive l’annonce de la mise à la retraite de certains militaires. Comme s’il redoutait quelque chose, il rassure tout en se montrant ouvert à d’éventuelles sollicitations.

‘Bénéficier d‘une retraite digne’

En Guinée, l’indemnité de retraite ne vaut pas grand-chose et est souvent perçue comme une punition. Il existe même un terme péjoratif pour la nommer : « Pension », qui renvoie à une somme d’argent ne permettant qu’à subvenir à ses besoins de premières nécessités. Ainsi, en assurant que « Bâtir une armée moderne passe aussi nécessairement par le respect des droits des personnels des Forces de défense et de sécurité, y compris celui de bénéficier d‘une retraite digne, qui ne doit en aucun cas être considérée comme une punition », Mamadi Doumbouya anticipe toute forme de contestation et annonce sans le dire, une revalorisation de l’indemnité de retraite ainsi que des avantages accordés aux militaires retraités.

Au demeurant, en essayant d’interpeller nommément les militaires pour faire passer un message de respect et de complicité, il bute sur le nom de ‘l’Adjudant-chef Fara KAGBADOUNO’. Quelques secondes après, il esquisse un sourire et passe rapidement sur le nom des autres soldats de deuxième classe. Une preuve que lui-même reconnaît l’erreur qu’il a commise, laquelle est imputable à ses conseillers et à son équipe de communication. L’interpellation directe et nominative est une forme de proximité créée dans le discours et c’est pertinent.

Hésitant parfois, butant souvent sur les mots, amalgamant la gestuelle, regard perdu quelque peu, sont là des illustrations non exhaustives d’un exercice de média training peu rodé. Au moins par trois fois, il a regardé à sa gauche, hors champ de la caméra. C’est comme si quelqu’un l’interpellait.

En temps normal, puisque c’est une allocution pré-enregistrée et de surcroit ayant fait l’objet de nombreuses coupures, l’équipe de communication aurait dû reprendre l’enregistrement.

Mamadi n’incarne pas totalement [dans la posture] son discours. Si le ton est resté le même du début à la fin, il en va de même pour ses gestes. D’ailleurs, ces derniers n’illustrent guère, ils martèlent. Cela laisse un goût d’inachevé.

Globalement, ce discours nous enseigne trois choses : une corruption élevée au sein de l’armée guinéenne et des défiances constatées vis-à-vis de la hiérarchie, une volonté de faire durer la transition au-delà de 12 mois et un désir manifeste de rester toujours populaire.

Il faut enfin saluer la maîtrise du prompteur par le Colonel. Il pourrait facilement faire un orateur avec un peu d’exercices.

Toutefois, on peut constater aisément que les deux drapeaux situés à droite de l’écran sont coincés par deux objets. Une façon de bien dissimuler le décor qui a l’air de n’avoir pas été véritablement pensé ? Aussi, le pupitre en soit n’incarne rien, ni par sa forme ni par la police typographique qui doit être changée. Le sceau national de la Guinée apparaît flou à l’écran comme s’il s’agit d’un papier à lettre imprimé et collé.

Le Colonel devrait dans ses apparitions et ses prises de paroles y mettre un peu plus de solennité digne à son rang de Président de la transition.

Kossa CAMARA

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