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Analyse des premières mesures économiques annoncées par le gouvernement

La session ordinaire du Conseil des Ministres s’est tenue ce jeudi 25 novembre 2021 de 10h à 12h sous la haute autorité de son excellence Monsieur le Président de la Transition, Président du CNRD, Chef de l’État, Chef suprême des armées, le Colonel Mamadi DOUMBOUYA. Trois annonces ont particulièrement retenu notre attention au cours de ce conseil, il s’agit de :

1- Au titre de la communication du Ministre des Infrastructures et des transports, la question de la mobilité à Conakry a été évoquée. Le conseil a recommandé d’explorer la question de l’achat de bus devant servir à alléger la souffrance des usagers des transports publics.

2- Au titre des questions diverses, en raison de l’augmentation du prix du blé sur le marché mondial, le Conseil recommande au Ministre du Commerce, de l’Industrie et des Petites et Moyennes Entreprises d’étudier la possibilité de subventions pour diminuer le prix du pain aux consommateurs.

3- Le Conseil recommande au Ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, l’ouverture rapide de l’hôpital Donka et d’entamer les études de réhabilitation de l’hôpital Ignace Deen.

Sur ces points, votre cabinet conseil apporte des éclaircissements pour une meilleure compréhension !

1- De l’achat de bus de transport :

La mesure n’est pas nouvelle, elle a été déjà mise en œuvre par les anciens gouvernements pour un résultat mitigé.

Pour la petite histoire, on va citer la SOTRAGUI, lancée dès le début du premier mandat du président Alpha Condé en 2012 pour résorber le problème de mobilité, est aujourd’hui à l’agonie. Au fil des ans, elle a vu son parc désespérément se dégrader. En l’absence de maintenance, plus de 90% des bus sont hors d’usage. La mauvaise gestion et plusieurs faits de corruption ont touché cette structure publique.

En 2012, une tentative d’accord de cogestion avec la Régie autonome des transports parisiens (RATP) s’est soldée par un échec, l’entreprise française s’étant prématurément retirée du projet. 4 ans plus tard, en aout 2016, l’Etat guinéen a signé une convention de concession autorisant le marocain City Bus Transport à opérer dans les transports urbains de Conakry. Les démarches n’ont finalement pas prospéré.

Les enjeux de la mobilité urbaine à Conakry

Selon une étude de l’UE, D’ici 2040, la capitale guinéenne va faire face à une pression démographique croissante. Estimée à plus de 2,7 millions d’habitants en 2020, la population conakryka pourrait atteindre les 5,5 millions d’habitants à l’horizon 2040. Cette augmentation de la population va s’effectuer sur une étroite péninsule dont la croissance spatiale est déjà arrivée à ses limites, ce qui implique une densification potentielle de la population pouvant dépasser les 30.000 habitants/km2 dans certains secteurs d’ici 20 ans, soit le double par rapport à aujourd’hui.

Conakry est une des métropoles africaines dont les défis en matière d’aménagement du territoire et de transport sont les plus complexes, de par sa situation géographique et sa forme linéaire contrainte. Conakry forme une agglomération péninsulaire de 40 km de longueur et à peine 5 km de largeur, dont la croissance spatiale est empêchée par le Mont Kakoulima et par les mangroves qui forment son patrimoine écologique le plus précieux.

Le Plan de Déplacements Urbains a mis en lumière les enjeux de la mobilité et du transport à Conakry :

  • Le caractère monocentré de l’agglomération et la position du centre-ville et du Port en bout de péninsule est une source majeure de congestion ;
  • En l’absence de réseau secondaire, les axes et carrefours principaux doivent absorber tous les types de trafics ;
  • Conakry possède une infrastructure ferroviaire qui représente un atout majeur tant pour le développement du transport public urbain que pour le transport de marchandises ;
  • Le transport en commun à Conakry est essentiellement informel et ne peut répondre à la demande de mobilité dans les conditions actuelles ;
  • Les voies ferroviaires existantes desservent potentiellement les secteurs urbains les plus densément peuplés et leurs emprises sont encore préservées ;
  • Les niveaux de trafic sont les plus élevés dans Kaloum et sur l’Autoroute Fidel Castro, avec près de 50.000 véh./jour en moyenne sur cet axe ;
  • Les déplacements internes aux communes sont les plus importants (particulièrement sur Ratoma et Matoto), expliquant l’impact de l’absence de réseaux secondaires sur la saturation des axes principaux de la ville ;
  • La proportion des motos (30 à 50%) sur les grands axes devient préoccupante ;
  • Les minibus magbanas et les taxis forment la seule offre structurante de transport en commun, quoiqu’informelle, avec des taux d’occupation respectifs des véhicules de 16 et 5 personnes ;
  • Les marchés sont de très grands générateurs de trafic et sont localisés le long des axes principaux, sur lesquels leurs activités s’étendent ;
  • La part modale du transport en commun atteint les 40 % si on inclut les motos-taxis dont l’importance est grandissante ;
  • La circulation et le stationnement anarchique des poids-lourds en relation avec le Port est un problème majeur de sécurité routière et de congestion sur tous les types de voiries ;
  • Les voies ferroviaires existantes desservent potentiellement les secteurs urbains les plus densément peuplés et leurs emprises sont encore préservées ;
  • Les niveaux de trafic sont les plus élevés dans Kaloum et sur l’Autoroute Fidel Castro, avec près de 50.000 véh./jour en moyenne sur cet axe ;

Nos recommandations :

  • Réaliser le Plan de Circulation de Kaloum
  • Optimiser la desserte Conakry Express avec le matériel roulant existant et mettre en place le train DUBREKA EXPRESS
  • Réaliser un réseau multimodal de transport public de grande capacité
  • Réaliser un réseau Bus Rapid Transit (BRT) sur les axes principaux de la ville (comme annoncé dans ce conseil de Ministres).

2-Le blé a franchi la barre des 300 €/t.  D’où l’inquiétude du gouvernement

Le cours du blé tendre a connu un nouveau plus haut sur l’échéance de décembre 2021 sur Euronext lors de la séance du 18 novembre, en se négociant en cours de journée à 301 €/t, avant de clôturer à 297 €/t.

Ce mouvement de tension sur les prix a trouvé un élément soutien à travers les chiffres publiés le 18 novembre par le conseil international des céréales (IGC), explique le cabinet Agritel. L’IGC a en effet révisé à la baisse la production de blé tendre pour la campagne en cours à 777 millions de tonnes (Mt) contre 781 Mt le mois dernier. Bien qu’en hausse par rapport à la campagne précédente, la situation se tend sur le plan des stocks. En effet, la demande internationale est en hausse, amenant ainsi à confirmer une perspective de baisse des stocks de blé chez les principaux pays exportateurs sur la campagne à 53 Mt (contre 54 Mt le mois dernier et surtout 60 Mt la campagne précédente).

 La subvention de la farine et d’autres denrées de première nécessité (le sucre, l’huile alimentaire, le riz…) sont une réalité en Guinée depuis les grèves de janvier et février 2007. Ces mesures ont été reconduites dans toutes les lois de finances d’année en année. Ainsi, on rappelle les dispositions de la loi de finances initiale 2021

Article 21 : Exonération de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) à l’importation. Dorénavant, la farine de blé, les emballages et les additifs entrant dans sa production sont exonérés de la TVA à l’importation.

A noter : L’article 14 de loi de finances pour 2018 a exonéré la farine et ses additifs entrant dans sa production de la TVA à l’intérieur.  Une exonération de plus précisément de la TVA à l’importation. Pas de TVA lors de l’importation et pas de TVA lors de la vente sur le territoire guinéen. C’est une mesure de faveur fiscale qui impacterait le prix du pain et autres produits à base de farine à la baisse ou au maintien.

Maintenant si le Gouvernement juge ces mesures insuffisantes pour juguler les effets de la hausse des prix et veuille donner de l’argent au minotier privé pour qu’on ait un pain moins Cher c’est sa politique.

3- les études pour la réhabilitation de l’hôpital Ignace Deen

À titre de comparaison, le CHU DONKA a coûté la bagatelle de 50 millions USD sur financement du Royaume d’Arabie Saoudite et de la Banque Islamique de Développement BID. Les études et contrôle font environ 10% du montant du projet.

C’est tout à fait possible pour le gouvernement de trouver de quoi financer les études de faisabilité et les études d’impact du projet de réhabilitation de l’hôpital National. Quant à la mobilisation des partenaires autours de ce projet, c’est une autre question.

Mohamed CAMARA Associé Gérant Cabinet Conseil MOCAM CONSULTING

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