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« Je suis séropositive, mais mon mari ne le sait pas »

Quarante ans après la découverte du premier cas de sida – le 5 juin 1982 – cette maladie donne toujours lieu au rejet et à la méfiance de ceux qui en souffrent. Encore assimilée à une maladie de la débauche, le sida, au-delà des dangers auxquels il expose ceux auxquels il s’attaque, se trouve être, dans de nombreuses sociétés, sous-tendue par la stigmatisation et la marginalisation. Des fléaux consécutifs à certaines perceptions auxquelles la maladie est associée. D’où le choix de nombreuses personnes vivant avec le VIH de cacher leur statut, y compris aux personnes qui leur sont les plus proches. Justement, en se rendant au centre Dream, la rédaction de Ledjely.com a entendu des patients qui avouent leur peur de la stigmatisation.  

 M’Mahawa Camara, la trentaine, et son époux sont séropositifs depuis près de 8 ans. « C’est mon époux qui m’a transmis le sida », dit la femme sans le moindre reproche dans sa voix. Mais aussitôt après, elle précise : « Nous avons décidé de garder le secret ». De fait, le couple vit dans la grande maison familiale, avec notamment les beaux-parents de M’Mahawa. Et c’est précisément à ces derniers que le secret de la séropositivité des deux conjoints est caché. « La vérité, c’est qu’on a peur d’être stigmatisées ou rejetés par nos familles respectives », avoue M’Mahawa.  En effet, dit-elle : « Il y a des gens qui continuent à penser que seul le vagabondage sexuel transmet le sida. C’est dommage.  Quand on vit avec des personnes comme ça, il vaut mieux se taire ». Pourtant, les deux étant sous traitement, ils ont trois enfants dont aucun n’est porteur du VIH.

Rouguiatou Diallo est, elle aussi, porteuse du VIH. Elle aussi a peur de la stigmatisation. Conséquence, c’est à son époux et à ses enfants qu’elle cache son statut. « J’ai découvert mon statut il y a 3 ans, mais jusque-là, mon époux et mes enfants l’ignorent ». Et c’est curieusement à sa belle-sœur qu’elle a choisi de dévoiler sa maladie. Se montrant plutôt compréhensive, cette dernière a incité et accompagné Rougui à aller se faire suivre.

Sur les raisons mêmes qui la poussent à cacher son statut à son mari, Rougui explique qu’elle vit dans un foyer polygame et qu’en dévoilant sa maladie, elle pourrait être renvoyée du foyer. « Mon époux vit en France et à deux autres femmes.  Il vient chaque année. Je suis obligée de cacher mon statut parce que si je le lui dis, je suis certaine qu’il demandera le divorce à la minute près.  Or, nous avons 2 filles et je ne veux pas perdre mon foyer », explique la femme.

La peur de la stigmatisation avec laquelle les personnes vivant avec le VIH sont obligées de vivre ne relève d’une paranoïa. C’est une dure réalité que Soumah Mariam a déjà affrontée. Aujourd’hui assistante infirmière au centre Dream, elle a appris son statut depuis 2009. Si aujourd’hui, dans sa blouse blanche, elle est épanouie, cela n’a pas toujours ainsi. Elle dit même avoir vécu l’enfer les premières années de maladie. « Quand mes parents ont appris que j’avais le sida, ils ont complètement changé envers moi », se souvient-elle. « Quand je mangeais dans une assiette ou que j’utilisais une cuillère, personne ne les touchait. Il en était de même des tasses ou des verres à eau. Je me rappelle même que personne ne s’asseyait dans le même fauteuil que moi pour regarder la télé ». Ces moments difficiles, Mariam les raconte aujourd’hui avec beaucoup de détachement. Aujourd’hui, elle mène une vie des plus épanouies avec un petit ami qui, dit-elle : « m’aime malgré mon statut ».

Au sujet de la méfiance que suscite le VIH, Fatoumata Sylla, la coordinatrice du centre Dream, a un cas particulièrement illustratif. Cela concerne un couple venu il y a quelques jours faire son test de dépistage au niveau du centre. « Après le test de dépistage, les résultats ont révélé que la femme était séropositive. Dès que l’information a été communiquée, j’ai vu le monsieur bouger sa chaise pour mettre de la distance entre lui et son épouse ». Et bien sûr, face à une telle réaction, les travailleurs du centre sont intervenus pour essayer de sensibiliser le mari. Peine perdue. Trois semaines après en effet, l’époux décidait de mettre fin au mariage avec la femme avec qui il avait pourtant vécu 5 ans.

Asmaou Diallo

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