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3 DECEMBRE : témoignage poignant d’une mère d’un enfant handicapé physique et mental

Dans nos pays, de la notion du handicap, on connait surtout les mendiants de la rue. On connait aussi ceux qui rampent à quatre pattes dans la boue ou la poussière, ceux qui boitillent ou qui s’appuient sur une canne ou une béquille ou encore l’aveugle qui se fait conduire par son guide. Mais le handicap, ce sont aussi les sentiments refoulés de la mère, la lassitude et le désarroi d’un fils, le courage d’un conjoint ou encore le fatalisme d’une sœur. Bref, le handicap, c’est aussi le regard des autres, la perception de la société et le témoignage des proches des personnes handicapées. Justement, en ce 3 décembre, journée internationale à elles consacrée par les Nations unies, la rédaction de Ledjely.com est allée à la rencontre des proches des personnes handicapées. Que pensent-ils des handicapés qui vivent avec eux et dont ils ont parfois la lourde la charge ? Comment accueillent-ils le regard souvent moqueur ou les propos dévalorisants venant de la société ? Ce sont là quelques questions que nous leur posons. Ici, on commence avec Aïssatou Sow, mère d’Ibrahima Diallo, un enfant âgé de 12 et cumulant un handicap physique et mental. Témoignage tout simplement poignant.  

Aïssatou Sow est dans la quarantaine et est mère de 3 enfants dont Ibrahima Diallo, son unique garçon, né en 2009 avec un handicap physique et mental. « Ibrahima est né prématuré, à 7 mois et demi de grossesse, à l’hôpital Donka de Conakry. Il a passé 2 semaines dans la couveuse pour une prise en charge », explique d’entrée la maman, que nous avons rencontrée à son domicile, sise à Lambanyi.

Au terme des deux mois de séjour à la maternité de Donka, la jeune maman rentrait très enthousiaste à la maison, avec dans ses bras un beau garçon. Mais quelques mois après, le doute puis le chagrin devaient supplanter la joie chez Aïssatou. Elle venait alors de constater qu’après 8 mois, son bébé ne pouvait toujours pas s’asseoir. En outre, sa tête ne tenait pas droit et lui ne pouvait pas téter. « J’ai remarqué qu’il ne tenait pas sur les fesses et que sa tête tournait comme un ballon », explique-t-elle. Accompagné de son époux, elle retourne alors à Donka où l’enfant est soumis à une batterie d’examens. En fin de compte, les médecins lui suggèrent de prendre attache avec Pr. Amara Cissé, le neurologue. « Dès qu’on a commencé avec Pr. Cissé, l’état de santé d’Ibrahima s’est amélioré. Il a pu s’asseoir et a même commencé à marcher », admet la maman. Seulement, le père d’Ibrahima n’exerçant à l’époque qu’un emploi précaire et Aïssatou n’étant elle-même qu’une ménagère, le couple n’est pas en mesure de payer les ordonnances médicales. Les produits coûtent en effet très chers. Décision est donc prise de faire arrêter le traitement d’Ibrahima.

Ibrahima Diallo, 12 ans, handicapé physique et mental

Douze ans après, l’équipe de Ledjely.com a trouvé le petit garçon couché à même le sol. « Ibrahima ne peut rien faire sans l’aide de quelqu’un, ni manger, ni boire. Même pour ses besoins les plus intimes, si je ne lui mets pas la couche, il se salit », lâche la maman, la gorge nouée. Avant de poursuivre : « mon bébé n’entend pas et ne parle pas ». Et plus Ibrahima grandit, plus il devient difficile pour sa mère, rattrapée par l’âge et la fatigue, de s’en occuper. « Il est de plus en plus lourd. D’ailleurs, je n’arrive plus à le porter déjà à son âge », confie-t-elle. Puis, sur le point de verser des larmes, les mains nouées sur son ventre et le regard fixé sur son enfant, elle s’interroge : « Comment ferais-je dans quelques années » ? Envisageant les choses avec un brin de fatalisme, Aïssatou en veut au destin. Même si elle n’ose pas se l’avouer. « De tous les garçons qu’il il y a sur terre, c’est Ibrahima que Dieu m’a donné. Je ne le jetterai pas, je ne le tuerai pas. Je suis sa mère et cet enfant est ma plus grande douleur », lâche-t-elle. Mais cette fois, elle n’en peut plus. Les larmes jaillissent de ses yeux. De son foulard, elle les essuie et poursuit, la voix entrecoupée par les sanglots : « Vous ne pouvez pas imaginer combien de fois c’est difficile pour moi de parler de lui sans pleurer. Se résigner à accepter que son enfant est aussi différent des autres, c’est quelque chose de très dur. Regardez dans cette rue, il n’y a aucun enfant ici, tous sont à l’école, mais lui est couché ici traînant dans cette poussière ».

Si la singularité d’Ibrahima attriste et afflige Aïssatou, c’est surtout à la pauvreté qu’elle en veut le plus. « Ibrahima est mon fils, la chair de ma chair, son état me touche au plus profond de mon être. Parce qu’avoir un enfant vivant avec un tel handicap mental et physique et ne pas avoir les moyens financiers pour l’aider, me rend très malheureuse », avoue-t-elle. En effet, se dit-elle souvent, « si mon mari et moi n’avions pas été aussi pauvres, peut-être qu’Ibrahima ne serait pas paralysé. Cette pensée me hante tous les jours de ma vie ». Et le désarroi de cette mère de famille est d’autant plus compréhensible que la vie de son enfant a littéralement pris en otage la sienne. Elle ne vit plus que pour Ibrahima. « Je ne vais nulle part, même pas dans les cérémonies familiales. Parce que je redoute de revenir et trouver qu’il lui est arrivé quelque chose, juste parce que je n’étais pas là ».

Asmaou Diallo

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