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GUINEE : ces décisions à polémique qui ont marqué les cent jours de Mamadi Doumbouya

Depuis sa prise du pouvoir, le 5 septembre 2021, le CNRD n’a pas pris que des décisions qui ont fait l’unanimité. A l’occasion des 100 jours qui se sont écoulées depuis que la junte est aux manettes, Ledjely.com vous propose de revenir sur les plus controversées de ces décisions prises par le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD). Ce sont entre autres : le gel prolongé des comptes de certains services publics, la descente musclée d’hommes en uniformes dans les locaux du groupe de Djoma Médias, l’augmentation du prix du pain…

Le gel des comptes de services publics

A peine arrivée au pouvoir, la junte guinéenne a pris des mesures immédiates. C’est dès le jeudi 10 septembre que le colonel Mamadi Doumbouya a décidé de procéder au gel des comptes bancaires des entités étatiques. Un gel qui concernait notamment les établissements publics à caractère administratif et commercial existant dans tous les départements ministériels et à la Présidence de la République, et les programmes et projets d’initiative présidentielle, mais aussi les comptes personnels des membres du gouvernement sortant ainsi que les représentants et administrateurs des institutions financières. Selon le communiqué lu à cet effet sur les ondes de la télévision nationale, cette décision visait à la sécurisation des fonds de l’Etat. Mais le caractère prolongé de la mesure – plus de trois mois – amène certains à l’assimiler à une violation des droits notamment des tierces personnes. Par ailleurs, à l’ANSS et à la SOGUIPAH, on a imputé à ce gel prolongé des comptes les arriérés de salaires et de primes non payés aux travailleurs et agents de terrain.

Une charte de la transition sans chronogramme

C’est sans doute l’acte qui continue aura le plus suscité des commentaires : dans la soirée du 27 septembre 2021, alors que les Guinéens continuaient de s’interroger sur la suite de ce coup de force qui a renversé Alpha Condé, le CNRD  a présenté aux citoyens la “Charte de la transition”, un document qui assigne aux autorités transitoires plusieurs missions dont l’élaboration d’une nouvelle constitution et l’organisation  des élections devant permettre le retour à l’ordre constitutionnel par la mise en place d’un gouvernement démocratiquement élu.

Mais un problème – et non le moindre – subsiste : cette charte ne fait aucune allusion à la durée que devra prendra la transition. Elle ne dévoile non plus aucun détail sur le calendrier électoral. « La durée de [la] transition sera fixée de commun accord entre les forces vives de la nation et le CNRD », c’est tout ce que dit cette charte, présentée par le colonel Doumbouya comme étant issue des consultations qui s’étaient tenues au palais du peuple, au lendemain du coup d’Etat. Une lecture des faits que ne partagent pas certains acteurs politiques et de la société civile.

L’impossible mise en place du CNT

D’après la charte dévoilée par la junte, la transition sera conduite par quatre organes : le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), le président de la transition qui est le chef du CNRD, chef de l’Etat et des forces armées, un gouvernement dirigé par un Premier ministre civil, et un organe législatif, le Conseil national de la transition (CNT). Si la mise en place des trois s’est faite sans grande difficulté, ce n’est pas le cas du Conseil national de la transition (CNT). Celui-ci doit être composé de 81 membres, qui seront désignés par les forces vives de la nation, notamment les partis politiques (tous bords confondus), la société civile, les syndicats, la diaspora, les organisations paysannes, les personnes handicapées ou encore les médias. Toutes ces différentes composantes de la vie sociale sont censées avoir des représentants dans le futur CNT.

Dans un communiqué lu, le 5 octobre, sur les antennes de la RTG, le ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, Mory Condé, a annoncé que les dossiers de candidature aux fonctions de membre du CNT sont reçus jusqu’au jeudi 25 novembre 2021, au secrétariat de son département. Mais la répartition des sièges entre les différentes composantes devant intégrer cet organe ne manque pas de créer de malentendu. Impossible de trouver un consensus entre les partis politiques, les organisations des jeunes ou même les journalistes ! Résultat : plusieurs candidatures ont été déposées parfois pour les mêmes sièges. Au CNRD de départager les différents candidats ! Et c’est de ces problèmes dont il s’est prévalu le lundi dernier pour dire qu’il lui était impossible de mettre en place l’organe d’ici la fin de l’année. Seulement, au sein de l’opinion, des observateurs pensent que le cafouillage a été volontairement créé par les autorités en ne définissant pas dès au début des critères de choix des membres du CNT.

La descente musclée dans les locaux de Djoma Médias

A un moment le CNRD a-t-il perdu le contrôle de certains de ses hommes ? C’’est la question qui s’est posée après la descente musclée de deux agents en uniforme le samedi 11 octobre 2021 dans les locaux de nos confrères de Djoma Médias, un groupe médiatique lancé il y a un an par Kabinet Sylla « Bill Gate », l’ancien intendant à la Présidence sous Alpha Condé. Le groupe de ce cacique du régime basé à Nongo, dans la banlieue huppée de Conakry, est perçu comme ayant été une voix vive de la promotion du troisième mandat que l’ancien opposant historique s’est offert l’année dernière au prix du sang de centaines de Guinéens, pour la plupart de jeunes fauchés par les balles des forces de défense et de sécurité sous les ordres du « Mandela Guinéen ».

Bien que le groupe de média ait cette réputation d’avoir promu le mandat de trop, la descente d’agents en uniforme dans ses locaux et l’échange de tirs entre les assaillants présentés comme des militaires membres des forces spéciales et les agents de sécurité postés sur place, ont provoqué une vive indignation, notamment dans les rangs de la presse. Une indignation qui avait conduit les autorités de la transition à condamner cette « attaque ». Le colonel Balla Samoura, actuel haut commandant de la gendarmerie nationale et directeur de la justice militaire, s’est rendu sur les lieux, porteur d’un message du président de la transition, Mamadi Doumbouya. Si l’incident avait à l’époque été présenté par les autorités comme fruit d’un malentendu, le gel du compte du média qui se poursuit incite quelques observateurs à dénoncer un acharnement contre le groupe médiatique.

La hausse surprise du prix du pain 

Quelques semaines après avoir procédé à la diminution du prix du carburant à la pompe – de 11 000 à 10 000 GNF -, le ministre du Commerce, Bernard Goumou, a annoncé le 4 décembre dernier l’augmentation du prix du pain en Guinée. « La baguette double passe ainsi de 4 000 GNF à 4 500 GNF » et « la baguette simple de 2 000 GNF à 2 250 GNF, soit une augmentation de 12,5% », a-t-il indiqué dans le communiqué publié à cet effet.

Le gouvernement de la transition justifie ce réajustement par la « flambée » des cours du blé sur les marchés internationaux. Cette augmentation qui, même si elle paraît modeste, n’était pas attendue dans ce contexte marqué par une indéniable volonté de prendre en compte la préoccupation de la population, longtemps abandonnée par les pouvoirs publics. Surtout, elle a été décidée après que le gouvernement, à l’issue d’un conseil des ministres, a promis d’examiner la possibilité d’une subvention permettant de baisser le prix du pain.

La « répression » de la manifestation du RPG/Arc-en-ciel

Dans la matinée du samedi 11 décembre 2021, quelques militants du RPG/Arc-en-ciel se sont réunis devant le siège de l’ancien parti au pouvoir. Ils entendaient par cette manifestation réclamer la « libération » d’Alpha Condé, récemment transféré au domicile de son épouse (depuis son renversement le 05 septembre dernier, l’ancien chef de l’État n’a pas été aperçu en public). Mais très vite, les services de sécurité déployés en grand nombre sur les lieux ont usé de gaz lacrymogènes pour disperser les militants réunis au sein du Forum national pour la libération du président Alpha Condé (FONAL-PRAC). Une « répression » condamnée par certains citoyens et organisation.

Dans un communiqué rendu public dans la soirée, la Coordination nationale du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), le mouvement qui s’est farouchement battu contre le troisième mandat d’Alpha Condé, a désapprouvé cet « acte répressif » qui, selon lui, viole la Charte de la Transition. En outre, le FNDC demande « la libération sans conditions de toutes les personnes interpellées en lien avec cette manifestation ».

Asmaou Diallo

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