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Pourquoi le capitaine Moussa Dadis CAMARA est-il libre ?

Le capitaine Moussa Dadis Camara est rentré le 22 décembre 2021 en Guinée. Un retour théâtralisé à l’aéroport, devant les caméras, d’un capitaine vêtu d’un costume civil bien taillé et faisant profil bas, une bible et un coran à la main. Un retour après plus de 12 ans d’absence. C’est en décembre 2009 que le chef de la junte alors au pouvoir – le Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD) – quittait le pays dans un avion médicalisé en direction du Maroc. Il venait de recevoir une balle dans la tête tirée par son aide de camp et adjoint, le lieutenant Aboubacar Sidiki Diakité, dit « Toumba ».

Lui succédait alors un régime de transition conduit par le général Sékouba Konaté, qui allait organiser en 2010 les premières élections réellement libres du pays depuis son indépendance, élections qui ouvriront l’ère Alpha Condé.

Une ère qui s’est achevée le 5 septembre 2021, lorsque le colonel Mamadi Doumbouya a renversé le régime d’un président, devenu la cible de virulentes critiques après sa réélection contestée à un troisième mandat.

 « Dadis », comme l’appellent les Guinéens, dit avoir changé. Il déclare vouloir œuvrer pour la paix et la réconciliation et être prêt à répondre de ses actes devant la justice de son pays. A peine arrivé à Conakry, il a été reçu, en compagnie du général Sékouba Konaté, par le colonel Doumbouya à la présidence. Un geste sûrement apprécié par l’intéressé, après 12 ans d’absence et d’exil au Maroc puis au Burkina Faso mais beaucoup moins par les victimes du massacre du stade du 28 septembre.

Rappelons que, le 28 septembre 2009, un meeting de l’opposition a tourné au massacre dans la capitale guinéenne. Alors qu’une foule d’opposants s’était réunie dans le stade pour manifester contre la candidature à l’élection présidentielle de Dadis, les forces de sécurité qu’il dirigeait avaient réprimé brutalement le rassemblement.

Au cours de ces évènements, au moins 156 personnes ont été tuées, 109 femmes ont été victimes de viols et d’autres violences sexuelles, y compris de mutilations sexuelles, tandis que des centaines de personnes ont subi des actes de torture ou des traitements cruels, inhumains ou dégradants. Pendant plusieurs jours, des arrestations et des détentions arbitraires ainsi que des actes de pillage ont également été pratiqués.

Qui sont les auteurs de ces violations ? Une enquête pénale a été ouverte et conduite par trois juges d’instruction guinéens entre 2012 et 2017. Au total, 13 personnes ont été mises en examen et renvoyées devant la justice pénale guinéenne pour y être jugées au tribunal criminel de Dixinn. Selon l’ordonnance des juges, elles sont renvoyées pour des faits d’assassinats, meurtres, coups et blessures volontaires, viols et autres violences sexuelles, pillages, séquestrations et actes de torture. La procédure a été validée par la Cour suprême en 2019. Depuis, le procès est toujours attendu … sans doute faute d’instructions claires de la part des autorités politiques, dans un pays peu connu pour l’indépendance de sa magistrature.

On trouve dans la liste des 13 prévenus Dadis, plusieurs de ses ministres, ainsi que des membres de son entourage et de la garde présidentielle. Certains (les colonels Claude Pivi ou Moussa Tiegboro Camara) ont évité la prison du fait du soutien qu’Alpha Condé leur apportait. Mais nombre d’entre eux sont en détention pour ces faits et ce, depuis de nombreuses années. Tel est le cas du lieutenant Toumba et du sous-lieutenant Marcel Guilavogui, chef adjoint de la garde présidentielle. Sont également en détention, l’adjudant Cécé Raphaël Haba, garde du corps du capitaine Moussa Dadis Camara, le sergent Paul Mansa Guilavogui (dit Sergent Paul) et les gendarmes Mamadou Aliou Keita, Alpha Amadou Baldé et Ibrahima Camara.

Pourquoi leur chef est-il, lui, libre et peut-il passer les frontières ? L’intéressé envisage déjà, après une tournée en Guinée forestière (cette perspective est désormais annulée, ndlr), de retourner vivre à Ouagadougou. Selon l’actuelle ministre de la justice, Fatoumata Yarie Soumah, le procès des auteurs du massacre du 28 septembre 2009 est attendu pour 2022. Un mandat d’arrêt avait été émis contre Dadis par les juges d’instruction : est-il toujours en vigueur ? Si oui, pourquoi n’est-il pas exécuté ? N’est-il pas urgent que Dadis soit présenté à un juge pour qu’il soit décidé s’il doit rester libre ou pas avant son procès ? L’intéressé va-t-il vraiment se présenter au procès lorsque celui-ci va commencer, alors qu’il encourt la réclusion criminelle à perpétuité et que sa responsabilité pénale ne fait guère de doute ? On peut sérieusement en douter.

A Conakry, parmi les victimes et les associations de défense des droits de l’homme, personne ne comprend pourquoi les subordonnés de Dadis, exécutants de ses basses œuvres, sont emprisonnés à la maison centrale, alors que le premier responsable demeure libre et voyage à sa guise. Peut-on encore espérer une réaction de la justice guinéenne ?

Par Ghislain Poissonnier, magistrat et Kabinet Fofana, analyste politique

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