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AFRIQUE DE L’OUEST : à qui le tour ?

Qui aurait cru qu’à la pandémie du coronavirus qui torture la planète depuis deux ans, se grefferait, pour l’espace ouest-africain, une épidémie surprise de coups d’Etat militaires ? Qui aurait imaginé que cette région, jadis un ilot de stabilité et la référence de l’idéal démocratique sur le continent africain, se retrouverait si subitement dans l’incertitude qui est aujourd’hui la sienne ? A vrai dire, il y a à peine une dizaine d’années, personne ne se serait risqué à prédire ce que notamment la Guinée et le Burkina Faso vivent aujourd’hui. En particulier, tous les spécialistes et autres experts se plaisaient à célébrer la fin de l’ère sombre où la soldatesque faisait irruption dans le champ politique. La Sierra Léone et le Libéria apaisés, on croyait que l’espace sous le contrôle de la CEDEAO avait définitivement tourné le dos au péril des soldats au sommet des Etats. Malheureusement, nous y sommes à nouveau. Les colonels Assimi Goïta et Mamadi Doumbouya, respectivement au Mali et en Guinée, et depuis hier, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, au Burkina Faso, sont là pour nous en convaincre. Et aussi paradoxalement que cela puisse l’être, les dirigeants qui se sont retrouvés au sommet des Etats les 20 dernières années, y sont pour beaucoup. Eux qui auraient dû être la solution, ne l’ont été en rien.

A l’origine, Alpha Condé et Alassane Ouattara

L’Afrique de l’ouest fait les frais de la décadence éthique dans la gestion des dirigeants des différents pays. Deux personnes en particulier illustrent bien ce recul préjudiciable : Alpha Condé et Alassane Ouattara. Bien sûr, on n’irait pas jusqu’à prétendre que quand les deux arrivaient, il y a 11 ans, respectivement au sommet de la Guinée et de la Côte d’Ivoire, l’Afrique de l’ouest était un eldorado. Mais le fait que ces deux anciens opposants martyrisés aient fait le choix, avec une arrogance assumée, de s’offrir des troisièmes mandats n’aura pas amélioré les choses. Mettant à mal le vivre-ensemble dans leurs pays respectifs, ils ont en outre aidé à faire germer une défiance de l’Etat sans précédent. Sans oublier les risques d’instabilité qu’ils ont fait peser à la Guinée et à la Côte d’Ivoire. Mais au-delà, c’est essentiellement aux voies empruntées par Alpha Condé et Alassane Ouattara que l’on doit le discrédit actuel de la CEDEAO. C’est à l’incapacité de l’organisation sous-régionale de leur tenir tête que l’on doit que personne ne veut plus écouter ce qui émane d’elle. Et c’est en particulier aux connivences incestueuses entre Emmanuel Macron et Alassane Ouattara dans la commission du troisième mandat que l’on doit que la jeunesse ouest-africaine ne veut rien entendre de la France.

Des dirigeants coupés des peuples

Ceci étant, à certains égards, les tares d’Alpha Condé et d’Alassane Ouattara, tous les dirigeants des pays ouest-africains les ont en partage. Douillettement installés tout en haut de leur trône, ils sont tous coupés de leurs compatriotes. Avec le sentiment d’être hyper protégés par leurs gardes prétoriennes, entrainées et équipées, de leurs demeures cossues aux allures de forteresses, ils n’entendent guère les cris de douleurs et les complaintes de leurs compatriotes, ployant sous le poids d’une pauvreté imméritée. Et même quand les millions de diplômés sans emploi, poussés autant par l’audace insouciante de la jeunesse que par l’absence de perspective, en viennent à troubler le repos tranquille de nos dirigeants, repus de nos ressources communes, ils n’y répondent qu’avec une répression sourde et aveugle. Portés sur le pouvoir et tout le pouvoir, l’extinction de toute forme d’opposition n’est pas qu’une option chez eux. C’est le programme de gouvernance. A défaut de vous corrompre, ils ne rechignent pas à vous réduire au silence, par quelque moyen que ce soit. Enfin, ils sont d’une suffisance telle qu’ils ne prêtent aucune attention aux alertes émanant notamment des médias. C’est cela le dirigeant-type de l’Afrique de l’ouest d’aujourd’hui. Aucune empathie, mais un mépris érigé en comportement. D’où la désinvolture avec laquelle certains d’entre eux ont abordé la dégradation de la situation sécuritaire dans l’espace sahélien. Rien d’étonnant donc, si partout on célèbre leur chute, les uns après les autres.

L’effet contagion, une réalité

Rien d’étonnant également que partout, l’armée veuille exploiter ce fossé entre les dirigeants et les populations. C’est ce qui s’est passé au Mali, en Guinée et hier au Burkina Faso. Et c’est ce qui risque de se passer prochainement à Niamey, à Abidjan, à Cotonou ou même à Dakar. Car l’effet contagion qui n’était qu’une hypothèse d’école il y a quelques mois, est aujourd’hui une réalité. Surtout que dans un contexte où la France est perçue comme le complice du diable, les concurrents ne peuvent se priver de profiter de l’aubaine.

Boubacar Sanso BARRY

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