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Destruction du littoral à Conakry : un spécialiste alerte sur les conséquences

En Guinée, le littoral est loin d’être protégé ! A Conakry, la menace est particulièrement perceptible, où citoyens et autorités exploitent cet écosystème pour y construire, minimisant ainsi les risques climatiques que cela implique. Pour Cécé Jérôme Kpogomou, spécialiste en environnement, la lutte contre ce fléau doit passer par la sensibilisation et l’application de la loi contre ceux qui l’enfreignent.

Construire le long du littoral et des mangroves est une pratique courante à Conakry, mais aussi à l’intérieur du pays. Dans la capitale guinéenne, la situation est encore plus alarmante. Le long des corniches, des bâtiments continuent de pousser au vu et au su de tous. Dans la banlieue et les périphéries, c’est le même constat, malgré les conséquences que cela implique. « Nous pouvons assister à ce qu’on appelle l’érosion, la côte va diminuer d’année en année. Au niveau de nos littoraux, les gens qui construisent font des remblais détruisent le tissu au niveau de la côte. Donc il y a une érosion côtière qu’on trouve à cet endroit et lorsqu’il y a l’érosion côtière, il va sans dire que la mangrove qui était là a été déjà détruite. Lorsque nous perdons la mangrove aussi, directement nous assistons à la perte des ressources halieutiques parce que c’est dans ces endroits là que les poissons viennent pondre. Lorsque nous utilisons ces mangroves, automatiquement, nous agissons sur la production des animaux marins. Ce qui va aussi impacter socialement la pêche artisanale ou petite pêche », décrit le spécialiste.

Si pour d’aucuns l’agression du littoral ne touche que l’environnement proche, pour Cécé Jérôme Kpogomou, l’intérieur du pays peut également être touché par une construction sur la corniche de Kaloum. « C’est ce qu’on appelle le phénomène d’avalanche parce que la mer qui cherche à se frayer un chemin, vous vous allez la bloquer en faisant des remblais. Lorsqu’elle revient, elle doit retourner et lorsqu’elle retourne, vous allez remarquer qu’elle va causer des dégâts ailleurs. Par exemple le cas guinéen, il y’a le cas de Kaback. Il y a quelques années, on a montré l’île de Kaback qui était presque submergée par l’eau de mer et même la riziculture n’y a pas été possible cette année là parce que c’est du aux constructions qui se font le long du littoral au niveau de Kaloum et de la corniche sud qui a impacté directement sur ces petites îles », précise Cécé Jérôme dans un entretien téléphonique. Selon lui, si ce phénomène perdure, il existe un risque que les petits îlots qui se trouvent en face de Kaloum disparaissent, conséquence néfaste sur ces endroits là.

Pourtant, la loi à l’écrit punit cette occupation du littoral. « Il y’a des dispositions dans les départements à l’habitat et au ministère de l’environnement qui interdisent la construction dans le domaine public maritime sauf qu’en Guinée, les lois ne sont pas mises en œuvre ou ceux qui doivent les mettre en œuvre sont les 1er à les violer », déclare-t-il.

Sensibiliser les grandes personnalités qui ont les grands moyens et connaissent la loi mais la violent expressément, éduquer les citoyens et revoir les lois tout en étant rigoureux dans leur application, c’est ce que propose le spécialiste. « En habitant le long du littoral, en construisant des immeubles, on nuit aussi à d’autres qui sont vers le centre parce que tout le monde a besoin de la brise de mer mais lorsque l’on va construire des immeubles le long du littoral, on a nous seul le bon air mais les autres à l’intérieur n’en ont pas, c’est pourquoi il fait excessivement chaud à Conakry parce que le long de nos littoraux de la côte, il n’y a que des immeubles alors que c’est pas comme ça il fallait construire. Il fallait plutôt construire les immeubles au centre de la ville et faire des villas, des maisons à petite hauteur le long du littoral mais avec une distance que la loi indique par ce qu’il ne faut pas aller construire au delà des corniches, la route doit séparer le banc de sable et les habitations », recommande-t-il également.

Selon Cécé Jérôme Kpogomou, en cas d’agression du littoral par le gouvernement ou une entité, c’est à la société civile guinéenne, notamment celle spécialisées dans le domaine de l’environnement d’être un moyen de recours des populations, afin d’interpeller les autorités administratives sur ce qui se passe. « Malheureusement, la société civile guinéenne plutôt politique, ne s’occupe pas du développement ni de la défense de l’environnement. Chacun parle de politique. Si un citoyen se sent lésé ou offusqué par l’irrespect d’une haute personnalité qui a construit et qui évite à le faire bénéficier de l’environnement, il peut aller porter plainte mais comment la plainte peut aller loin ? c’est en allant vers les ONG comme dans le cas des viols. On devait avoir des ONG spécialisées dans ce domaine, vers lesquels les gens pourraient aller porter plainte ou interpeller pour qu’ils portent leurs vœux auprès du gouvernement, pour interpeller le citoyen qui détruit l’environnement. Même dans nos textes, l’organe judiciaire ne se spécialise pas dans le domaine environnement, c’est le pénal ou le civil », a-t-il regretté.

Elisabeth Zézé Guilavogui

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