Décidément, pour le continent africain, la Coupe du monde qui démarre ce jeudi au Mexique, aux États-Unis et au Canada ne sera guère synonyme de fête. A moins qu’une des dix équipes africaines ne se hisse à la première marche à l’issue de la finale du 19 juillet prochain. Car, dans l’ensemble, pour l’Afrique, la compétition a jusqu’ici rimé avec des tracasseries en tous genres. Des nombreuses restrictions imposées notamment aux supporters ne pouvant pas fouler le sol américain pour soutenir leurs équipes, au coût prohibitif des billets d’entrée dans les stades, en passant par l’impossibilité pour des millions de jeunes férus du cuir rond de suivre cette grand-messe du football mondial en raison de droits TV que les télévisions publiques du continent ne peuvent pas toujours acquérir, l’Afrique ne sait pas trop où donner de la tête. Si certains de ces ennuis sont imputables à l’organisation même de la compétition ou à un manque de fermeté de la FIFA vis-à-vis du président américain, d’autres interpellent également les dirigeants et les élites africaines dans leur ensemble.
Omar Abdulkadir Artan est le dernier symbole en date des obstacles qui se dressent sur le chemin des Africains désireux de participer à la Coupe du monde. Et c’est un symbole particulièrement frustrant. L’arbitre somalien, élu meilleur arbitre africain de l’année 2025 par la CAF, avait réussi à intégrer le cercle des 52 arbitres qualifiés pour officier dans ce Mondial nord-américain. Mais par-dessus tout, il disposait d’un visa en règle et voyageait même avec un passeport diplomatique, quand il a été refoulé sans ménagement à son arrivée à Miami, sans qu’aucune explication officielle ne soit communiquée. Manifestement, il fait les frais de la discrimination singulière dont la Somalie fait l’objet de la part de Donald Trump — ce président américain qui, le 2 décembre dernier, lors d’une réunion de son cabinet, qualifiait ce pays de la Corne de l’Afrique de « pays pourri ».
Et face à ce diktat que Donald Trump impose au tournoi, la FIFA ne semble pouvoir rien faire. Comme cela se passe dans bien d’autres domaines, les humeurs du président américain passent pour une loi qui s’impose de fait à tous les acteurs impliqués dans l’organisation du tournoi. Pire, l’instance internationale avec son président Gianni Infantino, à l’image justement du locataire de la Maison-Blanche, semble plus sensible à l’argent qu’à l’émotion toute particulière que peut produire la relation fusionnelle entre une équipe et ses supporters. Ainsi, les prix des billets sont établis à des niveaux si élevés qu’ils sont inaccessibles à nombre d’Africains qui auraient souhaité fouler les stades pour chanter, danser et applaudir leurs héros. Cette ambiance festive et colorée que les supporters africains savent tout particulièrement imprimer aux compétitions sportives, on ne la vivra donc pas cette année. D’autant qu’en plus du coût prohibitif des billets, Donald Trump dresse aussi la barrière des visas face à des milliers de supporters du continent.
Privés de la possibilité d’accompagner leurs équipes, bon nombre d’Africains ne pourront pas non plus regarder la compétition. En cause, les droits de retransmission télévisée. Tout aussi gouvernés par une logique commerciale qui prend décidément le pas sur tout le reste, ces droits que nombre de télévisions du continent — notamment celles de l’espace francophone — ne peuvent pas acquérir constituent un autre frein entre l’Afrique et la Coupe du monde de cette année. Sur un total de 104 matchs, dans de nombreux pays, les chaînes publiques ne devraient même pas en diffuser la moitié. Habituellement, en pareille circonstance, des bouquets comme Canal+ avaient tendance à prendre le relais. Or, cette fois, la FIFA a confié l’exclusivité des droits de télévision payante en Afrique francophone subsaharienne au groupe togolais New World TV, écartant ainsi Canal+ de cette zone. C’est dire que les supporters vont beaucoup souffrir.
Boubacar Sanso Barry




