La capitale guinéenne abrite du 9 au 12 juin 2026 la 39e conférence annuelle du Cercle de réflexion et d’échange des dirigeants des administrations fiscales (CREDAF), organisée en collaboration avec la Direction générale des Impôts (DGI). Cette rencontre internationale est placée sous le thème : « La gestion des risques axée sur la mobilisation des recettes intérieures en contexte de crise ». La cérémonie d’ouverture a réuni plusieurs membres du gouvernement, des partenaires techniques et financiers, des représentants du secteur privé ainsi que des responsables d’administrations fiscales venus de plusieurs pays membres du CREDAF.
Face aux crises économiques, climatiques et géopolitiques qui fragilisent les finances publiques, les administrations fiscales francophones se retrouvent à Conakry pour réfléchir aux moyens de renforcer la mobilisation des recettes intérieures. Pendant quatre jours, experts, responsables fiscaux et décideurs politiques échangent sur les stratégies à adopter pour préserver les ressources des États et soutenir le développement.
Dans son discours d’ouverture, la Directrice générale des Impôts et vice-présidente du CREDAF, Fatoumata Foula Diallo, a souligné l’importance des échanges qui se dérouleront durant ces quatre jours.


« Cette conférence nous permettra d’explorer ensemble les meilleures pratiques pour anticiper et maîtriser les risques qui pèsent sur nos différentes administrations. Je suis convaincue que vos expériences diverses, venant des pays membres du CREDAF, de nos partenaires techniques et financiers, ainsi que du monde académique, nourriront des débats fructueux et des recommandations opérationnelles », a-t-elle déclaré.
De son côté, le Directeur exécutif du CREDAF, Barnabé Muakadi Muamba, a rappelé que le choix du thème s’inscrit dans la continuité des réflexions engagées par l’organisation sur les nouveaux défis fiscaux auxquels sont confrontés les États. Il a également salué l’engagement des autorités guinéennes pour l’accueil de cette importante rencontre.

« Après la 38e conférence annuelle organisée à Kinshasa, sur les thèmes des nouveaux défis fiscaux, de la fiscalité environnementale, des ressources naturelles, de la fiscalité du genre et de la fiscalité internationale, nous voici aujourd’hui à Conakry pour la 39e conférence annuelle, dont le thème est la gestion des risques axée sur la mobilisation des recettes intérieures en contexte de crise. Le choix de ce thème s’inscrit dans la droite ligne du cadre général de la nouvelle stratégie du CREDAF décidée lors de la 40e Assemblée générale qui s’est tenue le 17 juin 2025 à Kinshasa. Je voudrais, avant toute chose, exprimer toute ma reconnaissance aux autorités de la République de Guinée pour avoir accepté d’accueillir les présentes assises », a-t-il souligné.
Pour la Secrétaire générale du CREDAF, Catherine Lemesle, les multiples crises qui secouent le monde réduisent considérablement les marges budgétaires des États. Selon elle, les administrations fiscales doivent désormais intégrer pleinement la gestion des risques dans leurs stratégies afin de mieux sécuriser les ressources publiques.

«Face à ces contraintes, nous savons qu’il existe des leviers pour redonner aux finances publiques des bases solides et durables. Dans un monde marqué par l’instabilité, les administrations fiscales ne peuvent plus se contenter de fonctionner en silo. Elles doivent anticiper, s’adapter, intégrer les risques pour mieux mobiliser les ressources indispensables au développement. Car derrière chaque recette bien recouvrée, il y a un hôpital qui fonctionne, une école qui ouvre ses portes, une route qui relie les communautés. Derrière chaque effort de mobilisation, il y a une promesse de progrès», a-t-elle expliqué.
Prenant la parole à son tour, la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, a insisté sur la nécessité pour la Guinée et pour les pays africains de compter davantage sur leurs propres ressources pour financer leur développement.

« Le destin de la Guinée doit être porté avant tout par les Guinéens et les Guinéennes. Et je dirais, le destin de l’Afrique doit être porté avant tout par les Africains. Aucune nation ne peut durablement assurer sa prospérité en dépendant principalement des ressources des autres. La véritable souveraineté commence lorsque nous sommes capables de financer nos écoles, nos hôpitaux, nos routes, notre agriculture, notre industrialisation grâce à nos propres efforts. C’est pour cela que la mobilisation des recettes intérieures est aujourd’hui au cœur de notre projet national. Chaque franc mobilisé représente une salle de classe construite, un centre de santé équipé, une route aménagée, un jeune formé ou une opportunité créée pour nos populations», a-t-il fait savoir.
Pour la ministre, la mobilisation des recettes intérieures constitue aujourd’hui un véritable enjeu de souveraineté économique dans un contexte mondial marqué par les tensions géopolitiques, le ralentissement économique et les effets du changement climatique.
Elle a par ailleurs mis en avant les réformes engagées par la Guinée, notamment la digitalisation progressive des procédures fiscales, le renforcement des capacités des administrations financières, l’élargissement de l’assiette fiscale ainsi que la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales.
Présidant l’ouverture des travaux, le Premier ministre, Chef du Gouvernement, a replacé la question fiscale au cœur du contrat social entre l’État et les citoyens. Selon lui, la capacité d’un pays à répondre aux besoins de sa population dépend directement de ses ressources internes.

« La stabilité d’un pays dépend de sa capacité à satisfaire les besoins de sa population. Et par quel biais un État peut-il satisfaire les besoins de sa population ? En levant des impôts. Ça n’a pas commencé maintenant. Nos systèmes étatiques d’il y a plusieurs siècles étaient habitués à ça. D’où le fait de dire que les impôts ne sont pas un aspect en dehors du mindset africain. D’où la réflexion qui doit nous amener à nous dire : pourquoi se fait-il que dans le système d’État moderne, il y a une certaine incivilité fiscale ? Mais cette incivilité est relative puisque les populations lèvent des impôts, contribuent à travers les associations de ressortissants à la construction des écoles, à la réfection des routes, à beaucoup d’activités communautaires », a-t-il martelé.
Le Chef du Gouvernement a également insisté sur la nécessité de rapprocher davantage l’État des citoyens afin que ceux-ci se reconnaissent dans l’action publique. Il a enfin invité les participants à formuler des recommandations concrètes permettant d’accroître la mobilisation des recettes tout en favorisant l’intégration progressive du secteur informel dans l’économie formelle.

Pendant ces quatre jours de travaux, les participants analyseront les expériences de plusieurs pays, dont la France, le Maroc, le Canada, l’Uruguay et la Guinée. Les échanges porteront notamment sur l’analyse des risques fiscaux, la sécurisation des données, la résilience des administrations fiscales, la lutte contre la fraude ainsi que les mécanismes de soutien aux contribuables en période de crise.
À travers cette conférence, le CREDAF entend accompagner ses États membres dans la modernisation de leurs systèmes fiscaux et dans la recherche de solutions innovantes pour renforcer durablement les finances publiques face aux défis du monde contemporain.
N’Famoussa Siby




