L’ancien président sénégalais a fini par se rendre à l’évidence : il n’avait aucune chance d’être élu au poste de secrétaire général des Nations unies. Il en a tiré les conséquences en annonçant, samedi, son retrait de la course. Mais ce retrait n’a rien d’un choix libre. Il intervient au lendemain d’un nouveau vote indicatif au Conseil de sécurité, au cours duquel il n’a recueilli que 5 voix pour et 10 contre, alors qu’il en faut au moins neuf, sans veto, pour être recommandé à l’Assemblée générale. Autrement dit, il n’avait plus le choix. Il évite ainsi de s’enfoncer dans un échec plus cuisant encore, en se retirant avant que la défaite ne devienne définitive. Il a néanmoins l’habileté de présenter ce retrait comme un geste de générosité, en affirmant vouloir favoriser l’émergence d’une candidature consensuelle. Du reste, ses chances étaient minces dès le départ. Certes, son expérience lui conférait quelques atouts. Mais son bilan, surtout politique, à la tête du Sénégal, et la perception que beaucoup en gardent, le disqualifiaient de fait. Mais il n’a pas à rougir, car la fonction de secrétaire général est de plus en plus associée à un fardeau plutôt qu’à un honneur, vu la fragilité actuelle de l’institution.
A coup sûr, Macky Sall est déçu, bien au-delà de ce qu’il laisse paraître. Il voyait dans la direction de l’ONU à la fois un point de chute et une planche de salut, un tremplin pour rebondir. Elu, il aurait pu brandir cette nouvelle responsabilité à la face de tous ceux qui se plaisent à lui rappeler la controverse et la tension dans lesquelles il a dû quitter le pouvoir. C’est pourquoi il s’est obstiné, contre l’évidence. Mais sa persévérance n’a pas suffi, car il entrait dans cette bataille avec de lourds handicaps. D’abord, sa candidature ne faisait pas consensus dans son propre pays. Ensuite, même à l’échelle du continent dont il se voulait le porte-étendard, il divisait plutôt, comme l’a montré, au grand jour, la candidature de l’ancien ministre ougandais des Affaires étrangères, Olara Otunnu.
Et si sa candidature a eu du mal à fédérer, c’est en grande partie à cause de l’image que certains gardent de sa gestion du pouvoir. Il serait excessif d’expliquer son échec par son seul bilan. Mais beaucoup ne lui pardonnent pas d’avoir failli faire basculer le Sénégal : sa tentation d’un troisième mandat, ses manœuvres pour rester au pouvoir au-delà de la limite constitutionnelle, tout cela, certains ne l’ont pas oublié. Sans parler de la dette cachée, découverte par les Sénégalais après son départ et dont ils supportent encore le poids. Avec de telles casseroles, certains n’ont pas jugé qu’il était à l’honneur de l’Afrique de le placer à la tête de l’ONU. Et ils n’ont pas forcément tort.
Au fond, Macky Sall pourrait lui-même relativiser son échec. Car, dans le monde actuel, y a-t-il vraiment un honneur à diriger l’ONU ? Pas franchement. Jadis symbole du multilatéralisme et de la volonté commune de préserver la paix, l’organisation n’est plus qu’une coquille. Privée du soutien, de l’autorité, de la confiance et des ressources des grandes puissances, elle sonne creux et crie dans le vide. Alors que les foyers de conflit se multiplient, elle reste aphone, ou personne ne prend la peine de l’écouter : ni dans la crise au Moyen-Orient, ni dans le conflit entre la Russie et l’Ukraine, ni même dans la guerre qui se prépare en République démocratique du Congo. Partout, c’est le silence. On se demande alors pourquoi certains se battent pour en prendre la tête.
Boubacar Sanso Barry


