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RDC : Joseph Kabila prêt à la guerre

Ce n’est pas une surprise, mais une confirmation. L’annonce, ce lundi 12 octobre, de la création du Front pour la refondation de la nation (FRN), un mouvement politico-militaire fédérant la rébellion du M23 et sa branche politique, l’Alliance Fleuve Congo (AFC), avec l’ancien président Joseph Kabila à sa tête, vient corroborer ce que tout le monde savait déjà et que seul l’intéressé s’échinait à nier. Les experts de l’ONU avaient d’ailleurs documenté, dans leur dernier rapport, le rapprochement croissant entre l’AFC/M23 et l’ancien chef de l’Etat. Mais, cette fois, celui-ci a décidé de sortir du bois et d’avancer à visage découvert. On devine qu’il est en connexion avec le président rwandais, que Donald Trump, attiré par les minerais congolais, a placé sous forte pression. Et il voudra sans doute exploiter le climat délétère qui prévaut dans le pays en raison des velléités du président Tshisekedi de briguer un troisième mandat. Aussi ne faut-il pas prendre à la légère la menace que représentent Joseph Kabila, Paul Kagamé et leurs lieutenants, jadis membres du M23 et de l’AFC. Jouant le tout pour le tout, ils peuvent surfer sur les tensions et les frustrations que Kinshasa s’évertue à créer inutilement. Il est donc à craindre que le pays ne replonge dans ses vieux travers, qui lui valent une trentaine d’années d’instabilité politique, avec, à la clé, des larmes et du sang.

Kabila, tel un fauve blessé

Condamné à mort par contumace et sous sanctions américaines, Joseph Kabila ne veut décidément pas passer pour une victime résignée. Il entend se battre jusqu’au bout, quitte à s’exposer davantage encore aux foudres de Washington. De fait, l’ancien président, tel un fauve blessé, se dit qu’il n’a plus rien à perdre. Ses accointances avec les rebelles du M23 lui ont déjà valu une condamnation à mort par contumace, une mise au ban de la communauté internationale, l’extinction politique de son parti et la disgrâce de ses anciens camarades du PPRD. Il juge donc préférable d’agir désormais au vu et au su de tous : assumer son choix et en tirer les conséquences. A ce stade, rien ne dit qu’il en sortira vainqueur. Mais sa défaite n’est pas écrite d’avance non plus.

Kagamé, en embuscade

Car, pour s’engager dans une bataille aussi risquée, l’ancien président et ses compagnons doivent s’y être préparés. Outre l’arsenal et les forces du M23 et de l’AFC, le groupe doit pouvoir compter sur le soutien continu de Paul Kagamé. La convergence des intérêts invite à penser que le dirigeant rwandais n’est pas loin de cette bataille qui commence. Depuis que Donald Trump, sensible aux ressources minières de la RDC, a consenti au deal proposé par Tshisekedi, il n’a cessé de faire pression sur Kigali, qu’il accuse de soutenir la rébellion. Cette pression s’est traduite par des sanctions ciblées contre, entre autres, James Kabarebe, ministre d’Etat rwandais chargé de l’Intégration régionale, et Lawrence Kanyuka Kingston, porte-parole du M23 et de l’AFC. Les forces de défense rwandaises (RDF), la raffinerie d’or Gasabo Gold Refinery, basée à Kigali, et ses dirigeants, accusés de blanchir de l’or extrait des zones occupées par le M23, n’ont pas non plus été épargnés. Autant d’éléments qui laissent penser que Paul Kagamé ne serait pas mécontent de voir le pouvoir changer de mains à Kinshasa.

Troisième mandat, la faute de trop

Paradoxalement, au Congo même, le président Tshisekedi et certains de ses collaborateurs semblent s’employer à créer les conditions qui faciliteraient la tâche de la coalition hétéroclite que Kabila entend rassembler. Alors que le pays ploie déjà sous le poids de la 17ᵉ épidémie d’Ebola, le chef de l’Etat congolais alimente une tension injustifiée en laissant planer son ambition pour un troisième mandat. Cette question divise profondément le pays et nourrit malaise, frustrations et dépit. Les différents camps, prêts à en découdre, se regardent en chiens de faïence. Dans ces conditions, difficile de susciter l’électrochoc et la cohésion qui permettraient de faire face ensemble à la menace en gestation. Au contraire, Joseph Kabila pourrait très aisément exploiter le ressentiment et la colère de millions de Congolais qui s’estiment trahis.

Il suffirait d’une allumette

Bien sûr, on ne s’attend pas à ce que le pouvoir Tshisekedi tombe comme une mangue mûre. Il se battra âprement, d’autant qu’outre les Etats-Unis, il s’emploie à rallier Israël à sa cause. Mais, à voir ce qui se prépare de toutes parts, c’est pour le Congo et les Congolais ordinaires qu’il faut s’inquiéter. Symbole de l’instabilité du continent, la RD Congo se trouve au cœur d’une région où les questions ethniques sont très marquées. Alors que les braises fument encore sous la cendre, il suffirait d’une allumette pour raviver le brasier. D’où l’intérêt, pour toutes les parties, internes comme celles qui seraient tentées de tirer les ficelles de l’extérieur, de réfléchir avant d’agir.

Boubacar Sanso Barry

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