Comme si l’épidémie d’Ebola, qui a déjà fait plus de 4 000 morts, la nouvelle rébellion pilotée par Joseph Kabila et la controverse sur le projet de troisième mandat ne suffisaient pas, voilà que le président congolais, Félix Tshisekedi, va devoir composer avec le risque de poursuites contre plusieurs de ses proches pour corruption et blanchiment d’argent. Le parquet fédéral belge a mené, ce mercredi 14 octobre, des perquisitions à plusieurs adresses, à la suite d’une plainte mettant en cause la première dame, la belle-sœur, les fils, les frères et les neveux du chef de l’Etat. Déposée en juillet 2025 par la société civile congolaise, la plainte repose sur des soupçons d’implications douteuses de la famille présidentielle dans la gestion des mines du Katanga. Et, ironie du sort, c’est la nationalité belge des mis en cause qui rend les poursuites possibles. En RD Congo, elles seraient tout simplement inenvisageables.
Des milliards de dollars
Si le parquet fédéral belge s’abstient pour l’heure de donner des détails sur les personnes visées et sur ce qui leur est concrètement reproché, on sait néanmoins que la procédure a été initiée contre neuf membres de la famille de Félix Tshisekedi à la suite de plaintes déposées par des ONG du Katanga et par quatre anciens dirigeants de la Gécamines, l’entreprise publique en charge des actifs miniers de la RDC. On les soupçonne de s’être rendus coupables de pillage des mines des provinces du Lualaba et du Haut-Katanga, et on les dit impliqués dans de « lucratifs contrats portant sur des résidus miniers ». Pour l’Etat congolais, le préjudice serait considérable. A en croire Jean-Pierre Muteba, représentant de la société civile congolaise cité par la presse belge, des milliards de dollars qui auraient dû alimenter les caisses de l’Etat finiraient dans les poches de quelques familles influentes.
Des pratiques qui n’ont pas pris une ride
Bien sûr, l’affaire est encore loin d’être jugée et l’on ne peut, à ce stade, présumer de son issue. Mais les faits allégués font ressortir quelques tares caractéristiques de bon nombre de dirigeants africains. La première est cette tendance de la famille présidentielle à s’accaparer les principales ressources du pays pour en faire une chasse gardée. Les époques changent, mais les pratiques n’ont pas pris une ride. Surtout quand les nouveaux maîtres ont longtemps végété dans l’opposition : ils arrivent avec un appétit si vorace qu’on les croirait pressés de combler tous les manques et privations qu’ils ont traînés jadis. Très souvent, tout se passe comme s’il existait un plan de constitution d’un patrimoine familial. Comment expliquer autrement que l’épouse du président, sa belle-sœur, ses fils, ses frères et ses neveux se retrouvent tous visés par ces soupçons ?
Curieux souverainisme
L’autre observation à mettre en exergue est que les mis en cause ont tous la nationalité belge. A l’ère d’un souverainisme en vogue, ce fait soulève un paradoxe qui mérite qu’on s’y attarde. Certes, chez les Tshisekedi, le lien avec l’ancienne puissance coloniale ne date pas d’aujourd’hui. A l’époque où Étienne Tshisekedi, le père de l’actuel président, alors opposant, était la cible de persécutions, on devine que la nationalité belge avait été envisagée comme une source de sécurité. Mais cette même nationalité pourrait ironiquement se retourner contre la famille présidentielle, car c’est en comptant sur elle que la société civile a saisi la justice belge. Curieux, n’est-ce pas ? On se proclame souverainiste, mais on risque la prison en Europe pour avoir, selon les accusations, pillé les ressources du pays africain que l’on prétend défendre.
Boubacar Sanso Barry


