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Guinée : une dette à 51,5 % du PIB, une opportunité à saisir selon Makanera Kaké

Alors que la dette publique guinéenne est passée de 43,5 % à 51,5 % du PIB entre 2024 et 2025, selon la Banque mondiale, l’économiste et juriste Dr Alhassane Makanera Kaké relativise cette progression. Pour lui, le véritable enjeu réside moins dans le niveau d’endettement que dans la capacité de remboursement de l’État et l’utilisation des ressources mobilisées.

La progression de la dette publique guinéenne suscite des interrogations, mais elle ne constitue pas nécessairement un motif d’inquiétude. C’est, en substance, l’analyse défendue par l’économiste et juriste Dr Alhassane Makanera Kaké, à la suite de la publication, le vendredi 9 octobre, du rapport de suivi de la situation économique de la Guinée par la Banque mondiale.

Selon ce rapport, la dette publique du pays a atteint 51,5 % du produit intérieur brut (PIB) en 2025, contre 43,5 % en 2024. Face à cette hausse, l’économiste invite à dépasser la seule lecture des chiffres pour s’interroger sur la destination des fonds empruntés et sur la capacité de l’État à honorer ses engagements financiers.

Dr Alhassane Makanera Kaké soulève d’abord la question de la fiabilité et de la concordance des statistiques économiques publiées par les différentes institutions. Selon les données dont il dispose, le niveau d’endettement de la Guinée serait inférieur à celui annoncé par la Banque mondiale.

« L’Afrique a un problème réel de statistiques. Souvent, les statistiques varient en fonction de l’institution qui les publie. À notre connaissance, les données dont nous disposons de l’UEMOA situent la dette de la Guinée autour de 48,1 %. Même si nous retenons uniquement les chiffres de la Banque mondiale, avec un taux de 51 %, la Guinée reste parmi les pays les moins endettés de la sous-région », affirme-t-il.

Pour étayer son analyse, l’économiste se réfère au seuil communautaire de 70 % du PIB, qu’il présente comme un point de comparaison pour apprécier le niveau d’endettement des États de la sous-région. Il cite notamment le Sénégal, le Cap-Vert et la Guinée-Bissau, dont les ratios d’endettement seraient, selon lui, nettement supérieurs à celui de la Guinée.

« Les pays de l’UEMOA ont plafonné la dette publique communautaire à 70 % du PIB. Cela veut dire qu’un pays peut s’endetter jusqu’à ce niveau dans notre sous-région. À 51 %, nous sommes encore loin des 70 %. Vous avez des pays comme le Sénégal qui dépassent les 120 %, le Cap-Vert qui avoisine les 100 % et la Guinée-Bissau qui se situe au-delà de 80 %. Donc, même si on retient le taux de 51 %, la Guinée reste dans une position relativement basse », explique-t-il.

Selon Dr Alhassane Makanera Kaké, la hausse de la dette guinéenne doit également être analysée à la lumière des investissements engagés, notamment dans le cadre du projet minier intégré de Simandou. Il considère que l’endettement peut constituer un levier de développement lorsque les ressources mobilisées permettent de financer des investissements susceptibles de générer des revenus à moyen et long terme.

Pour illustrer cette logique, il établit un parallèle avec un investissement immobilier financé par un emprunt bancaire.

« Quand je veux construire un immeuble et que je sais qu’il existe une demande de logements, je peux m’endetter auprès d’une banque pour financer les travaux. Pendant la construction, mon niveau d’endettement augmente. Mais une fois l’immeuble achevé, je commence à percevoir des loyers, ce qui me permet de rentabiliser mon investissement et de rembourser ma dette », illustre-t-il.

A travers cet exemple, l’économiste défend l’idée qu’une augmentation de la dette n’est pas nécessairement synonyme de fragilité économique. Encore faut-il que les investissements financés produisent les résultats attendus et permettent, à terme, de couvrir les engagements contractés.

Au-delà du volume de la dette, l’économiste insiste sur un critère qu’il juge déterminant : la soutenabilité de l’endettement. Autrement dit, la capacité de l’État à rembourser ses emprunts sans compromettre durablement ses équilibres financiers.

« Ce qui est effrayant, ce n’est pas le montant de la dette, mais la capacité de remboursement, la soutenabilité de cette dette. Il ne faut pas regarder seulement son montant ou son volume. Il faut surtout se demander si le débiteur est capable de rembourser. C’est cela qui est important », souligne-t-il.

Dans cette perspective, la question centrale est celle de la rentabilité économique et sociale des investissements réalisés grâce aux emprunts. Pour lui, l’État doit pouvoir transformer les financements obtenus en activités productives, en richesses et en ressources susceptibles de soutenir le remboursement de la dette.

Dr Alhassane Makanera Kaké met également en avant la confiance que les créanciers et les institutions financières accordent à la Guinée. À ses yeux, cette confiance représente une opportunité que le pays doit exploiter pour répondre à ses défis économiques et sociaux.

« Si vous voyez des États ou des institutions financières accorder des prêts à un autre État, c’est parce qu’ils ont la garantie et la certitude que cet emprunt sera remboursé. Aujourd’hui, la Guinée doit profiter de cette opportunité pour mettre derrière elle les difficultés économiques et sociales qui ont toujours persisté », affirme-t-il.

Cette confiance ne saurait toutefois suffire à garantir la réussite de la stratégie d’endettement. Elle doit, selon la logique défendue par l’économiste, s’accompagner d’une gestion rigoureuse des ressources empruntées et d’investissements capables de générer des retombées concrètes.

En outre, Dr Alhassane Makanera Kaké estime que le recours à l’emprunt n’est pas problématique en soi. Tout dépend de l’usage qui en est fait et des bénéfices que le pays peut en tirer.

« L’endettement en lui-même ne pose pas de problème. C’est l’utilisation de la dette qui pose problème. Je peux emprunter de l’argent pour mener une activité commerciale, réaliser un bénéfice et rembourser mon emprunt. Mais si j’utilise la même somme pour une dépense qui ne me rapporte rien, je n’aurai aucun retour sur investissement », conclut-il.

Thierno Amadou Diallo

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