Alors que Donald Trump estime mériter le prix Nobel de la paix et ne manque aucune occasion de revendiquer cette distinction, le comité Nobel norvégien a choisi, ce vendredi 9 octobre 2026, la juriste sud-africaine Navi Pillay. Un choix qui sonne comme une gifle symbolique pour le président américain, coutumier des critiques contre l’Afrique du Sud et convaincu que le prestigieux prix lui revient de droit. Ironie supplémentaire : au moment où Trump fait campagne pour sa propre consécration, c’est une ressortissante du pays qu’il prend régulièrement pour cible qui monte sur le podium.
Donald Trump devra encore se contenter de ses déclarations. Malgré ses revendications répétées et sa conviction d’avoir largement mérité le prix Nobel de la paix, le président américain a vu la distinction échapper une nouvelle fois à ses ambitions. Le comité Nobel a préféré récompenser Navi Pillay, juriste sud-africaine de 85 ans, pour son engagement en faveur de la paix, des droits humains et du droit international.
A Oslo, le président du comité Nobel norvégien, Jørgen Watne Frydnes, a salué le « courage » et l’« intégrité » de la lauréate, soulignant son rôle déterminant dans les efforts visant à faire poursuivre les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide.
Mais cette annonce dépasse le simple cadre d’une distinction internationale. Elle prend une dimension particulièrement ironique pour Donald Trump, qui revendique régulièrement le Nobel tout en multipliant les critiques contre l’Afrique du Sud. Voir une juriste de ce pays récompensée pour son engagement en faveur de la justice internationale constitue, pour le locataire de la Maison-Blanche, un revers symbolique difficile à ignorer.
Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump ne cache pas son ambition de décrocher le Nobel de la paix. Le président américain estime même avoir été injustement privé de cette récompense à plusieurs reprises.
« J’aurais déjà dû l’avoir trois ou quatre fois, mais ils ne le donnent qu’à des gens de gauche », a-t-il affirmé, mettant en cause les choix du comité.
Quelques heures avant l’annonce, il avait également prévenu que, même s’il n’obtenait pas le prix, il le méritait largement et que son attribution à quelqu’un d’autre constituerait un « grand déshonneur » pour les membres du jury.
Le verdict est désormais connu. Et il ne lui est pas favorable. Le comité a choisi Navi Pillay, dont le parcours est étroitement lié à la défense des droits humains et à la lutte contre l’impunité.
Le contraste est saisissant : tandis que Trump défend publiquement ses propres mérites, le Nobel récompense une juriste sud-africaine dont le travail porte sur les responsabilités pénales internationales. De quoi alimenter les commentaires sur cette course à la consécration que le président américain mène presque à découvert.
L’ironie est d’autant plus forte que Donald Trump s’en prend régulièrement à l’Afrique du Sud, qu’il accuse sur plusieurs dossiers. Dans ce contexte, la consécration d’une personnalité sud-africaine par le comité Nobel ressemble à un camouflet symbolique pour le président américain.
Pour Trump, qui compare volontiers ses mérites à ceux de Barack Obama, récompensé en 2009, la déception est donc double : non seulement le prix lui échappe, mais il revient à une Sud-Africaine, issue d’un pays avec lequel il entretient des relations tendues.
Navi Pillay n’a d’ailleurs pas manqué l’occasion de glisser une pointe d’humour dans ce moment historique. Sous les applaudissements du public, elle a lancé : « Si vous applaudissez un peu plus fort, je partagerai peut-être le prix avec Trump »
Une plaisanterie qui tombe à point nommé, au regard des revendications insistantes du président américain. La lauréate a toutefois ajouté, avec le sérieux de l’avocate et de la juge qu’elle est, qu’elle souhaitait vérifier que l’annonce était bien réelle.
Son parcours donne à cette récompense une portée particulière. Ancienne présidente de la commission d’enquête indépendante des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, elle a notamment contribué à un rapport qualifiant de génocide les actes commis dans la bande de Gaza. L’ONU a salué cette distinction comme un témoignage de la « nécessité et de la valeur » des droits humains.
Pour un président américain qui réclame cette distinction à cor et à cri tout en multipliant les critiques contre l’Afrique du Sud, voir une juriste sud-africaine récompensée relève d’une ironie dont le comité Nobel n’avait même pas besoin de souligner la portée. Trump voulait le Nobel ; c’est l’Afrique du Sud qui repart avec.
N’Famoussa Siby


