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Nigéria : le banditisme, un mal que la seule réponse militaire ne peut vaincre

C’est une tache qui écorne particulièrement la réputation du Nigéria, l’un des géants économiques du continent africain. La violence armée, notamment celle perpétrée par des groupes assimilés à des « bandits » dans le nord-ouest du pays, interroge la capacité des services de l’État à garantir la sécurité de l’ensemble des citoyens. L’illustration du défi est donnée par l’affrontement qui, dans la matinée d’hier mardi, a opposé, dans la zone de Rafin Makuku, à la frontière entre les Etats de Zamfara et de Kebbi, des dizaines de bandits armés à des policiers. Les affrontements se sont soldés par la mort d’une dizaine de policiers et de deux civils. Même si les informations disponibles font également état de près d’une vingtaine de bandits tués, le fait même qu’un tel affrontement ait pu se produire est particulièrement préoccupant.  Car il traduit une audace et une capacité d’action suffisamment importantes de la part de ces groupes armés pour qu’ils n’hésitent plus à affronter directement les forces de police, pourtant dépositaires de la violence légitime de l’Etat. Quand on en arrive à un tel niveau de confrontation, il devient indispensable de chercher à mieux comprendre le phénomène pour espérer mieux le combattre.

Cette nouvelle attaque illustre en effet la complexité de la violence et de la criminalité auxquelles le Nigéria est confronté. Une complexité qui contraste avec le simplisme dans lequel le président américain, comme à son habitude, a parfois tenté d’enfermer la question. Mais les autorités nigérianes elles-mêmes gagneraient à mieux cerner le mal qu’elles prétendent combattre. Car il apparaît désormais évident que la seule réponse militaire ne saurait suffire à enrayer le phénomène. Elle pourrait même, dans certaines circonstances, contribuer à l’alimenter.

Selon un rapport publié en 2024 par l’organisation ACLED sur les groupes armés et le banditisme au Nigéria, l’une des causes récentes de l’essor de ce phénomène dans le Nord-Ouest réside notamment dans la mauvaise gestion, par les services de l’Etat, des conflits communautaires et de ceux opposant agriculteurs et éleveurs. Les auteurs du rapport évoquent notamment les répressions brutales et extrajudiciaires auxquelles les forces de sécurité et certaines milices d’autodéfense ont parfois recours. Des pratiques qui ont alimenté au sein des communautés concernées, des ressentiments et des logiques de vengeance qui, nourris par les rivalités ethniques et la pauvreté liée au chômage, ont progressivement contribué à la généralisation du banditisme dans cette partie du pays, notamment dans les Etats de Katsina, Kaduna, Kano, Sokoto, Jigawa et Zamfara.

Du vol de bétail à petite échelle à l’économie de la violence

A ses débuts, ce banditisme se manifestait notamment par le vol de bétail à petite échelle et diverses formes de rapine visant des biens de valeur. Mais, à mesure que ces activités devenaient moins lucratives, les groupes armés ont progressivement changé d’échelle et de mode opératoire.

Le phénomène s’est ainsi transformé en une véritable économie de la violence, reposant notamment sur le vol massif de bétail, les enlèvements contre rançon et les attaques meurtrières. Dans certains Etats, profitant du vide étatique, les groupes armés sont même parvenus à mettre en place des mécanismes parallèles de captation des ressources, notamment à travers la perception de taxes ou l’exploitation de certains sites miniers.

Cette économie criminelle nourrit à son tour le phénomène. Les revenus tirés des rançons, des prélèvements imposés aux populations ou des activités minières permettant en effet aux groupes armés d’acquérir des armes plus sophistiquées, mais aussi des moyens de déplacement — notamment des motos — qui renforcent considérablement leur mobilité et leur capacité d’action.

Le problème n’est donc plus celui de simples bandes de criminels opérant de manière sporadique. Il s’agit désormais, dans certaines zones, de groupes disposant de ressources, de réseaux, d’une capacité de nuisance et parfois même d’une forme d’emprise sur les populations.

Une réponse multidimensionnelle

Les attaques dont le Nigéria est régulièrement le théâtre ne relèvent donc pas d’un phénomène marginal ou conjoncturel. Elles sont le symptôme d’un problème beaucoup plus structurel, nourri par l’insécurité, la pauvreté, le chômage, les conflits communautaires, la faiblesse de la présence étatique dans certaines zones et la disponibilité des armes.

C’est pourquoi la réponse ne saurait être exclusivement militaire. Elle doit nécessairement combiner les dimensions sécuritaire, politique, économique et sociale. Il faut certes traquer et neutraliser les groupes armés, mais il faut également s’attaquer aux conditions qui permettent leur émergence, leur financement et leur implantation.

Cela suppose aussi de restaurer la confiance entre les populations et les institutions publiques, d’améliorer la gestion des conflits communautaires, de renforcer la présence effective de l’Etat et de créer des perspectives économiques pour des populations particulièrement vulnérables.

Le Nigéria ne viendra donc pas à bout du banditisme à coups d’opérations militaires ponctuelles. Le phénomène est trop profondément enraciné pour disparaître sous le seul effet de la force. Il faudra du temps, de la constance et surtout une stratégie qui s’attaque autant aux symptômes qu’aux causes.

Boubacar Sanso Barry

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