Comme elle s’y était engagée, l’Union des associations européennes de football (UEFA), pour adoucir l’injustice dont il a été victime en étant privé de la Coupe du monde, a offert à l’arbitre somalien, Omar Abdelkader Artan, de diriger le match de la Supercoupe qui opposait hier soir à Salzbourg (Autriche), le Paris-Saint-Germain (PSG) au club anglais d’Aston Villa, respectivement vainqueurs de la Ligue des champions et de l’Europa League. Un geste aussi fort que symbolique, pour désapprouver une attitude aussi abjecte qu’inique. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le Somalien, sacré meilleur arbitre africain en 2025, a livré une prestation qui honore son rang et rend fiers l’UEFA et les millions de personnes qui, à travers le monde, lui témoignent soutien et compassion. Au-delà d’un soutien pourtant mérité et logique, le geste des responsables européens du football est un message adressé en premier lieu à la FIFA, dont le silence face à l’humiliation infligée à Omar Artan avait indigné plus d’un. Mais ce message s’adresse également à la Confédération africaine de football (CAF qui, agissant elle aussi en obligée de Gianni Infantino, n’avait pas pipé le moindre mot, alors même que les motifs de protestation ne manquaient pas de sa part.
Sans doute, la victoire du PSG contre Aston Villa, la deuxième consécutive pour le club français, réjouit ses nombreux supporters disséminés à travers tout le continent africain. Cependant, dans le match d’hier, le plus important pour l’Afrique n’était ni les vingt-deux protagonistes sur la pelouse, ni même l’issue de la rencontre. L’enjeu africain de ce match avait pour nom Omar Artan, l’arbitre somalien refoulé des Etats-Unis alors qu’il y était convié pour officier lors de la Coupe du monde.
A son sujet, on était partagé entre fierté et appréhension. Car autant on était heureux de le voir prendre, en quelque sorte, sa revanche sur ceux qui avaient voulu le traîner dans la boue, en officiant un match de ce niveau, autant on priait intérieurement pour qu’il rende une copie parfaite, afin de ne pas offrir de prétexte à ceux qui se refusent à admettre son talent et son mérite. Eh bien, à l’arrivée, il a amplement honoré son rang et la confiance placée en lui. Bravo donc ! Et merci à l’UEFA !
C’est en effet de l’UEFA, instance européenne du football, qui a visiblement mal vécu l’injustice infligée à l’arbitre somalien, qu’est venue l’idée de lui offrir cette tribune de réhabilitation. Il importe de le souligner, car c’est de la FIFA, organisatrice du Mondial, qu’on aurait dû attendre cette réaction de protestation. Mais il n’en a rien été. Gianni Infantino avait à cœur de ne pas froisser son ami Trump : il l’a laissé imposer ses règles à la compétition. Tant que l’argent rentrait, le président de la FIFA, lui, était tout content, peu importait que la réputation de la compétition en prenne un coup.
La CAF et les différentes fédérations africaines, elles non plus, n’ont rien dit. Ni sur l’exclusion d’Omar Artan, ni sur les restrictions imposées aux supporters des pays africains, dont ceux du Sénégal, de la Côte d’Ivoire et de la RD Congo. Personne n’a osé lever le petit doigt. Tout le monde s’est aplati et a laissé Donald Trump et Gianni Infantino faire.
D’ailleurs, on le note aujourd’hui encore, l’Afrique est la seule à refuser de se dresser contre le dévoiement du football mondial par le président de la FIFA. Alors que l’UEFA, la CONCACAF et leur homologue asiatique s’efforcent de barrer la route à la gestion cavalière de l’instance internationale par le Suisse, les instances africaines, elles, s’alignent mécaniquement derrière lui, comme si leur vie en dépendait, au risque d’exposer l’ensemble du continent à la risée du monde. Dommage !
Boubacar Sanso Barry


