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Inondations au Sénégal : entre urbanisation anarchique et manque d’anticipation

Même s’il est en vogue, le dérèglement climatique ne saurait expliquer toutes les catastrophes naturelles. En tout cas, il ne peut rendre compte, seul, des inondations dont le Sénégal est aujourd’hui victime, à la suite des pluies torrentielles qui s’y sont abattues le week-end dernier. Les pertes en vies humaines, les demeures envahies, les murs effondrés et les autres dégâts matériels de toutes sortes résultent certes directement des quelque 140 mm d’eau tombés le samedi et le dimanche ; mais ils sont aussi le reflet d’une urbanisation anarchique dénoncée depuis trop longtemps, et d’un manque d’anticipation plus préoccupant encore. C’est dire que ce sinistre, qui tend à devenir un marqueur sombre tant il survient chaque année, est aussi le révélateur d’une insuffisance dans la gouvernance du pays.

Une nouvelle fois, le Sénégal est sous les eaux. A la suite des fortes pluies tombées durant le week-end, plusieurs localités du pays de la Téranga restaient encore submergées ce lundi 5 octobre. Dakar, Matam, Touba et Kaolack sont particulièrement touchées. Les images de la capitale, notamment ces vastes étendues d’eau recouvrant des pans entiers de certains quartiers, ces routes rendues impraticables, ces familles attristées, préoccupées et désemparées, ces biens emportés par milliards, ces proches qu’on ne reverra plus, étaient à l’image de la désolation qui étreint le pays de Diomaye Faye. Pourtant, ces scènes n’ont rien d’inédit. Depuis près de deux décennies, elles se répètent à chaque saison des pluies. Et c’est bien ce qui est déroutant. Comment expliquer qu’en vingt ans, on ne soit parvenu ni à juguler, ni même à limiter les effets de ces inondations meurtrières ?

C’est là qu’intervient la responsabilité de l’Etat sénégalais, au-delà de la pluie en tant que phénomène naturel. Il est en effet admis, depuis longtemps, que ces inondations résultent en grande partie d’une urbanisation chaotique, notamment à Dakar. Sous l’effet conjugué du laxisme de l’Etat et de la légèreté, voire de l’irresponsabilité de certains citoyens, on assiste à une véritable pagaille dans l’occupation et l’aménagement de l’espace urbain. Aucune norme n’y est véritablement respectée, aucun risque n’est pris en compte dans des constructions qui poussent d’autant plus vite qu’elles sont alimentées par un exode rural que les politiques publiques ont pris la fâcheuse habitude de traiter comme une fatalité. Conséquence, un espace urbain largement recouvert de béton, devenu incapable d’absorber la quantité d’eau tombée. A cela s’ajoute que les canaux d’évacuation, déjà insuffisants, se retrouvent très souvent obstrués par toutes sortes de déchets que les populations, les assimilant à de simples dépotoirs, ont pris l’habitude d’y jeter.

Quant aux effets induits par ce sinistre, ils mettent en évidence un manque d’anticipation particulièrement révoltant. Comment expliquer qu’en prévision d’une inondation que l’on sait inévitable, on ne procède pas à l’évacuation anticipée des occupants vulnérables ni au déguerpissement des zones à risque ? Pourquoi est-on davantage enclin à gérer l’après-crise qu’à en prévenir la survenue ? Ces questions sont d’autant plus légitimes que, dans le cas précis de ces dernières inondations, le gouvernement sénégalais s’était pourtant réuni, le 3 juillet dernier, en conseil interministériel consacré justement à la prévention et à la gestion des inondations. Mais, de toute évidence, les résolutions de cette rencontre sont restées dans les tiroirs. Comment expliquer une telle attitude ? S’agit-il de négligence ? D’un manque de moyens ? C’est aux autorités sénégalaises qu’il revient de répondre à ces questions. Même si, quelle qu’elle soit, leur réponse ne saurait suffire à justifier les conséquences désastreuses qu’aura fini par entraîner cette léthargie.

En tout état de cause, de ces nouvelles inondations, on peut tirer une conclusion : les alternances politiques ne garantissent pas toujours une gouvernance plus efficiente. Car de Macky à Diomaye, certains défis demeurent intacts au Sénégal.

Boubacar Sanso Barry

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