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Protocole de Maputo : Conakry peut-elle devenir le point de bascule d’une mise en œuvre effective des droits des femmes en Afrique ?

L’ouverture à Conakry de la Table ronde ministérielle de haut niveau sur le Protocole de Maputo dépasse le cadre d’un simple événement diplomatique. Elle constitue un signal politique fort adressé à l’Afrique francophone : celui de l’urgence de passer des engagements aux résultats, des textes aux transformations concrètes dans la vie des femmes et des filles.

Vingt-trois ans après l’adoption du Protocole de Maputo par l’Union africaine, le constat demeure contrasté. Si de nombreux États ont ratifié cet instrument juridique historique consacré aux droits des femmes, sa domestication et sa mise en œuvre effective restent inégales. C’est précisément ce défi que les participants venus de plusieurs pays africains ont choisi d’affronter à Conakry.

Les interventions des autorités guinéennes, des représentants de l’Union africaine et des acteurs de la société civile ont convergé autour d’une même idée : la ratification ne représente qu’une première étape. La véritable mesure du succès réside dans la capacité des États à traduire les engagements internationaux en réformes législatives, en politiques publiques, en mécanismes de protection et en ressources budgétaires suffisantes.

Pour les organisations féminines de promotion de la paix en Guinée et en Afrique, ce message revêt une importance particulière.

Le Protocole de Maputo est souvent analysé exclusivement sous l’angle des droits des femmes. Pourtant, sa portée va bien au-delà. Il constitue également un instrument de prévention des conflits, de renforcement de la cohésion sociale et de consolidation de la paix.

Une société qui garantit aux femmes l’accès à la justice, à l’éducation, aux opportunités économiques et aux espaces de décision crée les conditions d’une stabilité plus durable. À l’inverse, l’exclusion, les discriminations et les violences fondées sur le genre fragilisent les communautés et alimentent les facteurs de vulnérabilité sociale et politique.

C’est pourquoi la mise en œuvre du Protocole de Maputo doit être considérée comme une composante essentielle de l’Agenda Femmes, Paix et Sécurité porté par la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies et les différents mécanismes régionaux africains.

Pour les organisations féminines engagées dans la paix, la rencontre de Conakry ouvre de nouvelles perspectives stratégiques.

Elle leur offre d’abord l’opportunité de renforcer leur rôle de veille citoyenne. Les associations de femmes ne sont plus seulement appelées à sensibiliser. Elles doivent également suivre l’exécution des engagements pris par les États, documenter les avancées, identifier les blocages et promouvoir des mécanismes de redevabilité.

Elle leur permet ensuite de consolider leur plaidoyer en faveur d’une participation accrue des femmes aux processus de gouvernance, de médiation et de prévention des conflits. Les femmes ne doivent plus être perçues comme de simples bénéficiaires des politiques publiques, mais comme des actrices à part entière de la paix et du développement.

Enfin, la dimension régionale de cette rencontre crée les conditions d’une coopération renforcée entre les réseaux féminins africains. Les défis rencontrés au Bénin, au Burkina Faso, en Guinée, au Niger, au Sénégal ou encore en République démocratique du Congo présentent de nombreuses similitudes. Cette convergence peut favoriser l’émergence d’un plaidoyer continental plus cohérent et plus influent.

Cependant, la réussite de cette dynamique dépendra largement du contenu et du suivi de la future Déclaration de Conakry annoncée à l’issue des travaux.

Cette déclaration ne devra pas devenir un document supplémentaire s’ajoutant à une longue liste d’engagements souvent peu appliqués. Elle devra fixer des objectifs clairs, mesurables et assortis de mécanismes de suivi permettant d’évaluer les progrès accomplis dans chaque pays.

L’histoire des droits des femmes en Afrique montre que les avancées les plus significatives ont toujours résulté de l’alliance entre volonté politique, mobilisation citoyenne et engagement des organisations féminines.

La rencontre de Conakry offre aujourd’hui une occasion rare de renforcer cette alliance.

La question n’est donc plus de savoir si les États africains adhèrent aux principes du Protocole de Maputo. Elle est de savoir s’ils sont prêts à transformer ces principes en réalités tangibles pour les millions de femmes et de filles qui continuent d’attendre que les promesses de l’égalité deviennent enfin une expérience vécue.

Si la Déclaration de Conakry parvient à impulser cette transformation, alors la Guinée pourrait entrer dans l’histoire non seulement comme pays hôte d’une rencontre ministérielle, mais comme le point de départ d’une nouvelle étape pour les droits des femmes, la justice sociale et la paix durable en Afrique.

Mabinty Soumah

Présidente de WILPF Guinée 

Représentante Régionale Afrique, WILPF Actrice de paix et de défense des droits des femmes

NB : WILPF (Women’s international league for peace and freedom)

En français : Ligue Internationale des femmes pour la paix et la liberté

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