Ça y est, notre confrère Moussa Kaka, dont on était sans nouvelles depuis le 31 août 2026, est en vie. Il faut avouer que c’était là la principale inquiétude au sujet du journaliste nigérien depuis sa disparition, dans un contexte de forte restriction de la liberté de la presse qui n’épargne plus personne dans cette région ouest-africaine. Et c’est à une mobilisation tous azimuts que l’on doit ce signe de vie, que les autorités de Niamey, soumises à d’intenses pressions, ont fini par donner. C’est la preuve que tout n’est pas encore perdu. Au contraire, cette dynamique devra être maintenue, aussi bien pour obtenir la libération totale de Moussa Kaka que pour en savoir davantage sur les autres confrères dont on est sans nouvelles, notamment Habib Marouane Camara ou encore Atiana Serge Oulon.
Un signe de vie ne vaut pas libération, mais c’est tout comme, dans le cas du journaliste Moussa Kaka. De fait, on avait d’autant plus redouté le pire qu’en apprenant qu’il est en vie, c’est un véritable soupir de soulagement que l’on a poussé. Il faudra désormais chercher à savoir où il est détenu et dans quelles conditions, essayer de comprendre ce qui lui est reproché, et pouvoir, à terme, le rencontrer et échanger avec lui. En somme, il faudra se battre pour obtenir, tout simplement, sa libération, car en prison, il n’est certainement pas à sa place. Mais réjouissons-nous déjà de le savoir en vie, comme nous devons nous féliciter de savoir désormais qui le détient. Nous disposons en effet, à présent, d’un interlocuteur officiel avec qui évoquer son cas, en la personne du ministre nigérien de la Justice et des Droits de l’homme, Alio Daouda, qui a formellement confirmé sa détention auprès de l’ONG Reporters sans frontières (RSF).
Les autorités nigériennes n’ayant pas encore révélé les infractions imputées à notre confrère, il est difficile d’imaginer ce qui lui est reproché. On sait seulement qu’il a été enlevé dans le sillage de la tentative de coup d’Etat perpétrée fin août par une partie de l’armée. Très souvent, en effet, sous nos tropiques, les pouvoirs ont tendance à profiter de ce type d’événement pour régler leurs comptes avec des empêcheurs de tourner en rond. Or le patron de la Radio Télévision Saraounia (RTS) n’est pas connu pour sa tendance à la connivence. Ce qui explique d’ailleurs qu’il n’en soit pas à ses premiers démêlés avec les autorités politiques de son pays. Car, dans nombre de nos pays, plus un journaliste est confronté à des tracasseries policières et à des ennuis judiciaires, plus son travail est perçu comme étant de qualité.
Pour en revenir au signe de vie que nous avons désormais de Moussa Kaka, nous le devons au formidable élan de solidarité et à l’impressionnante mobilisation notée depuis l’annonce de sa disparition. On peut à ce titre souligner l’engagement sans faille de RSF, mais aussi les pressions conjuguées notamment de l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’homme, de la FIDH, d’Amnesty International ou encore de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (Raddho). Au rang des démarches menées, il importe de rappeler que RSF avait saisi la rapporteure spéciale de l’Union africaine sur la liberté d’expression et l’accès à l’information, ainsi que le Groupe de contact de l’ONU sur les disparitions forcées et involontaires. A l’intérieur même du Niger, la société civile, à travers le collectif G25-Niger, s’est elle aussi mobilisée, notamment pour identifier le lieu de détention du journaliste. Ce sont donc tous ces efforts qui, en se muant en pressions intenses, ont fini par contraindre le pouvoir de Niamey à lâcher du lest en reconnaissant détenir notre confrère. Il faut y voir le signe que ces différentes actions produisent encore leurs effets, en dépit de la morosité ambiante. D’où la nécessité de continuer à en user pour les autres confrères dont on est encore sans nouvelles, notamment en Guinée et au Burkina Faso.
Boubacar Sanso Barry


