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Sénégal : Pape Thiaw, une cible trop facile

Le Mondial 2026 touche à sa fin. Alors que les quatre demi-finalistes s’apprêtent à se retrouver mardi et mercredi prochains, la petite musique du complot pro-Argentine ne faiblit pas, et la perspective d’un troisième sacre des Bleus fait resurgir le débat sur la composition de l’équipe de France, sur fond d’accusations de racisme visant l’ancien Premier ministre espagnol. Pendant ce temps, pour plusieurs des équipes déjà éliminées, c’est l’heure des comptes. Tel est le cas du Sénégal, dont le parcours plus que décevant vient de coûter sa place à l’entraîneur Pape Thiaw, remercié par la Fédération sénégalaise de football (FSF) avec l’ensemble de son staff technique. Une décision qui n’est pas forcément imméritée au regard de la gestion du groupe durant la compétition. Mais faire de Pape Thiaw le seul responsable du désastre qui a caractérisé le parcours des Lions de la Téranga dans ce Mondial relève d’une lecture pour le moins réductrice. De la part de la Fédération, on perçoit surtout une volonté de se défausser sur le seul entraîneur, en profitant de l’occasion pour masquer des manquements tout aussi préjudiciables dont Abdoulaye Fall et son équipe se sont eux aussi rendus coupables.

Un limogeage insuffisant

La décision ne surprend personne. Depuis l’élimination amère du Sénégal en seizièmes de finale, Pape Thiaw était en sursis. On lui impute personnellement la débâcle face à la Belgique, alors même que son équipe menait 2-0 à dix minutes du terme. Il est vrai que les changements opérés en seconde période ont été peu inspirés. En réalité, au regard de l’espoir que les Lions de la Téranga — champions d’Afrique en titre — suscitaient à la veille du tournoi nord-américain, le parcours a été d’une telle déconvenue que l’entraîneur aurait même pu prendre les devants en démissionnant. D’autant que certains membres de l’effectif l’ont publiquement mis en cause, au point que son autorité et la relation de confiance avec plusieurs joueurs s’en sont trouvées si profondément érodées qu’une poursuite de la collaboration était devenue pratiquement inenvisageable. De ce point de vue, le limogeage s’imposait comme une issue inévitable.

Un mal plus profond 

Cependant, aussi fautif soit-il, le staff technique ne peut à lui seul endosser un désastre d’une telle ampleur. Le mal est plus profond et la responsabilité, bien plus étendue. Dans le sillage de cette Coupe du monde, des dysfonctionnements que l’on croyait révolus dans le cas d’une fédération aussi structurée que la FSF ont été étalés sur la place publique.

A commencer par la question du contrat de l’entraîneur, dont le renouvellement tardif a empoisonné les préparatifs des Lions de la Téranga. En soi, cet épisode constitue une circonstance atténuante pour Pape Thiaw : comment exiger des résultats d’un homme dont on tarde à signer le contrat, le laissant travailler dans une incertitude permanente sur son propre avenir ? Que dire ensuite des primes de participation et de victoire à la dernière Coupe d’Afrique des Nations que les joueurs n’avaient toujours pas perçues à l’entame du Mondial ? Tout cela mériterait même une enquête en bonne et due forme, tant il s’apparente à un sabotage organisé, qu’il soit conscient ou non. A cela s’ajoutent des controverses et des rumeurs portant sur la qualité de l’hébergement, la nourriture servie en camp de base, et une sérénité au sein de la tanière régulièrement perturbée par des supporters mécontents de ne pas avoir reçu suffisamment de tickets pour soutenir leur équipe.

Fédération et ministère…

Autant de problèmes extra-sportifs qui ont nécessairement pesé sur la préparation puis sur le parcours de l’équipe. Ce n’est pas tant l’élimination en elle-même qui a blessé les supporters. De fait, il ressort du parcours de Sadio Mané et de ses coéquipiers qu’ils avaient le niveau technique pour aller bien plus loin dans la compétition. C’est une gestion catastrophique du groupe et de l’environnement immédiat de l’équipe qui les en a privés. La Fédération sénégalaise de football, et avec elle le ministère des Sports, ont donc des comptes à rendre aux Sénégalais. Limoger Pape Thiaw était peut-être nécessaire. Mais si cette décision n’est pas suivie d’une remise en question profonde des pratiques qui ont conduit à ce fiasco, le prochain entraîneur risque fort de connaître le même sort, pour les mêmes raisons.

Boubacar Sanso Barry

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