Ce dimanche 12 juillet 2026 Une immense foule s’est massée dans une salle archicomble du Palais du Peuple de Conakry. Autorités, parents, anonymes et diplomates se sont réunis pour célébrer la mémoire de Hadja Andrée Touré, première Première dame de la Guinée indépendante, lors d’un symposium national marqué par une intense solennité.
Présent au nom du chef de l’État, le Premier ministre et chef du gouvernement, Amadou Oury Bah, a longuement insisté sur la double portée de cette disparition pour la nation guinéenne, qualifiant la défunte de figure incontournable de l’identité nationale. « La République est en deuil pour deux raisons fondamentales », a déclaré le Premier ministre. « La première dame, Hadja Andrée Touré est le témoin privilégié de l’histoire de la République de Guinée, de la période coloniale aux indépendances jusqu’à présent. La deuxième chose, la nation est en deuil du fait qu’elle était l’épouse du premier président de la République de Guinée. De par sa position, elle est aussi l’incarnation de l’image de l’ensemble du peuple guinéen », a-t-il souligné.
Poursuivant son allocution, Bah Oury a rappelé l’engagement du président de la République, le général Mamadi Doumbouya, à unifier le pays en s’appuyant sur l’intégralité de son histoire, qu’elle soit faite de bonheur ou de tourmentes.
Évoquant le travail initié dès décembre 2021 à travers les Assises nationales et ses 45 recommandations stratégiques, il a souligné que ce départ coïncide avec un climat d’apaisement et de pardon mutuel.

« Lorsqu’on va enterrer Hadja Andrée Touré, nous enterrons un point extrêmement important de notre histoire, mais nous ouvrons une autre page, celle de la réconciliation véritable, celle de l’unité. Elle part dans un environnement où son pays est réconcilié, où son pays s’est stabilisé, où ses douleurs ont été, dans une large mesure, cicatrisées », a-t-il affirmé.
Au-delà de la figure d’État, c’est la femme de cœur, protectrice et résiliente, que sa famille a souhaité mettre en lumière. Kadigbè, la petite-fille de l’ancien couple présidentiel, a partagé un témoignage poignant sur celle qui fut leur repère à travers les crises politiques et personnelles. « Pour nous, elle était avant tout notre grand-mère. Nous avons eu le privilège de connaître une femme dont l’amour n’avait ni condition, ni limite, ni préférence. Malgré les épreuves qu’elle a traversées — les années de pouvoir, la perte de son époux, la prison, l’exil, les nombreuses blessures de l’existence —, elle n’a jamais laissé les souffrances altérer la tendresse qu’elle portait à sa famille. Au contraire, elles ont fait d’elle une femme encore plus forte, plus bienveillante », a-t-elle expliqué.
Rappelant les valeurs léguées par son aïeule, notamment le respect, la fidélité à la parole donnée, la foi et la dignité, Kadigbè a conclu avec émotion en affirmant qu’elle leur a appris que la véritable grandeur ne réside pas dans les titres, mais dans l’amour que l’on sème autour de soi.
L’un des moments forts de ce symposium a été la lecture du décret présidentiel matérialisant la reconnaissance officielle de la patrie. Porté par Me Amara Camara, l’acte officiel a élevé l’ancienne Première dame à l’une des plus hautes distinctions honorifiques du pays.
Par le décret numéro D-2026-0218-PRG, signé par le président de la République et rendu public pour l’occasion, le grade de Commandeur dans l’Ordre National du Colatier de la République de Guinée a été décerné à titre posthume à feu Hadja Andrée Touré, en reconnaissance des éminents services rendus à la Nation, pour son engagement en faveur de la paix, de la cohésion sociale et des valeurs de résilience.

Après cet ultime rendez-vous républicain au Palais du Peuple, le cortège funèbre s’est dirigé vers la Grande Mosquée Fayçal pour la prière mortuaire, prélude à son inhumation définitive prévue dans l’intimité historique de la cour des Cases de Belle-Vue.
Thierno Amadou Diallo


