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CEDEAO-AES : Diomaye Faye en déblayeur de terrain

Le déplacement du président sénégalais, ce mardi 28 juillet, à Bamako n’était certes pas son premier au Mali. Mais c’était bien la première fois qu’il s’y rendait avec sa casquette supplémentaire de président en exercice de la CEDEAO. Un nouveau statut qui avait naturellement nourri de grands espoirs quant à l’amorce d’une détente entre l’organisation ouest-africaine et l’Alliance des Etats du Sahel (AES). A l’arrivée, cependant, force est de reconnaître que ces attentes étaient sans doute quelque peu surfaites. Car Bassirou Diomaye Faye, probablement soucieux de ne pas précipiter les choses ni de braquer d’emblée ses homologues de l’AES, a choisi de placer son déplacement sous le signe du bilatéral. Mais en exprimant sa solidarité au peuple malien après les récentes attaques dont le pays a été la cible et en faisant preuve de compréhension à l’égard des préoccupations de Bamako, le président sénégalais a peut-être surtout cherché à préparer le terrain pour de futures initiatives diplomatiques. Même si, avec les pays de l’AES, rien n’est jamais simple.

Nombreux étaient ceux qui s’attendaient à voir Bassirou Diomaye Faye profiter de son déplacement à Bamako pour plaider ouvertement en faveur d’une réconciliation entre la CEDEAO et l’AES. Mais le président en exercice de l’organisation régionale semble avoir estimé qu’il était encore trop tôt pour aborder frontalement une question aussi sensible. Surtout, en sa qualité de président en exercice de la CEDEAO, toute déclaration trop appuyée aurait pu être perçue par les autorités maliennes comme une critique, voire comme une tentative de donner des leçons aux dirigeants de l’AES. Le président sénégalais a donc choisi la prudence, préférant déblayer le terrain en vue d’éventuelles démarches ultérieures, lorsque les conditions seront plus favorables.

Manifestement conscient du ressentiment des autorités maliennes, qui déplorent depuis plusieurs mois le manque de solidarité et de compassion de leurs voisins face aux attaques dont leur pays est régulièrement la cible, Bassirou Diomaye Faye a pris soin d’intégrer cette dimension à son approche. A l’issue de son tête-à-tête avec le président Assimi Goïta, il a ainsi commencé par présenter ses condoléances au chef de l’Etat, au gouvernement et au peuple malien, à la suite des dernières attaques ayant fait des victimes aussi bien dans les rangs des forces armées que parmi les populations civiles. Poursuivant dans cette logique, il a qualifié ces attaques d’actes « odieux, lâches et barbares ». Des mots qui, à n’en point douter, ont dû trouver un écho favorable à Bamako.

On ne saurait évidemment affirmer que le président sénégalais ne pense pas ce qu’il dit. Mais il est tout aussi évident que derrière ces propos se trouve une dimension stratégique. Pour Bassirou Diomaye Faye, il s’agit aussi de gagner la confiance d’Assimi Goïta et, au-delà, celle de l’opinion malienne. Autrement dit, de commencer à fissurer le mur de méfiance qui s’est progressivement dressé entre les pays de l’AES et l’organisation régionale qu’il préside désormais. L’enjeu de taille est de faire en sorte que ses interlocuteurs soient disposés à l’écouter lorsque viendra le moment d’aborder des sujets plus délicats, notamment l’avenir des relations entre les deux organisations.

Et si le président sénégalais avance avec autant de précautions, c’est sans doute aussi parce qu’il sait que d’autres dirigeants se sont déjà heurtés à la difficulté de rapprocher les deux blocs. Le président togolais, Faure Gnasingbé, premier à s’être véritablement aventuré sur ce terrain, avait fini, après plusieurs tentatives, par constater la difficulté de la mission. Il a ensuite semblé privilégier ses relations bilatérales avec les trois pays de l’AES, fort de l’entente qu’il avait progressivement établie avec leurs dirigeants. Après lui, le président ghanéen; John Dramani Mahama, fraîchement investi dans ses fonctions, avait également affiché l’ambition de contribuer à dissiper les malentendus entre les deux ensembles. Mais cette initiative semble, depuis, avoir perdu de son élan. Plus récemment encore, le déplacement du nouveau président béninois, Romuald Wadagni, dans les trois pays de l’AES avait lui aussi suscité quelques espoirs. Mais plusieurs semaines après, force est de constater que l’enthousiasme initial semble être retombé.

C’est donc à son tour que Bassirou Diomaye Faye tente l’exercice. Mais, à la différence de certains de ses prédécesseurs, il semble vouloir tirer les leçons de leurs expériences. Plutôt que de s’imposer comme un médiateur venu dicter une solution, il choisit de commencer par renouer le fil du dialogue, de comprendre les frustrations de ses interlocuteurs et de restaurer progressivement la confiance. Cette méthode peut-elle réussir là où d’autres ont échoué ? Rien n’est moins sûr.

Boubacar Sanso Barry

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