ledjely
Accueil » Ras Bath et Rose la Vie Chère : une condamnation révélatrice d’un pouvoir aux abois
ActualitésAfriqueEDITO

Ras Bath et Rose la Vie Chère : une condamnation révélatrice d’un pouvoir aux abois

Ainsi donc, l’ouverture n’est pas à l’ordre du jour du régime malien. La grâce présidentielle accordée à l’agent français Yann Vézilier, la réconciliation avec Alger, ou encore les négociations ayant permis la libération, par les groupes armés, de plusieurs otages militaires et civils, rien de tout cela n’annonçait, finalement, une quelconque détente de la part d’Assimi Goïta et de ses camarades à la tête du Mali. Ceux qui en doutaient encore en ont eu la démonstration ce lundi 17 août, avec les lourdes peines infligées à l’activiste Ras Bath et à l’influenceuse Rokia Doumbia, dite « Rose la Vie Chère ». Deux voix critiques du régime de la Transition, condamnées par la Cour d’appel de Bamako à dix ans d’emprisonnement, dont trois assortis de sursis, pour avoir dénoncé la cherté de la vie. Si le verdict apparaît sévère, il est aussi, paradoxalement, révélateur de la fébrilité du pouvoir de Bamako. Car il faut être en proie à une réelle panique pour infliger une sanction aussi lourde à propos d’un débat aussi ordinaire que celui sur le prix des denrées de consommation.

Quatre années de prison supplémentaires

Détenus depuis déjà trois ans, le célèbre chroniqueur Ras Bath et l’influenceuse très suivie Rose la Vie Chère vont donc demeurer en prison pour quatre années supplémentaires, à moins qu’une hypothétique grâce présidentielle ne vienne les en libérer d’ici là. Une perspective sur laquelle il ne faut certainement pas compter les concernant, tant les autorités maliennes ne manifestent guère de clémence envers leurs compatriotes, a fortiori lorsque ceux-ci portent des opinions différentes des leurs.

Des motifs risibles

Dans le cas de cette double condamnation, il importe de s’attarder sur les motifs pour le moins risibles de la poursuite ayant conduit à ce verdict inique. Si Ras Bath, militant proche du petit peuple et contestataire dans l’âme, n’a jamais eu sa langue dans sa poche, force est de constater que, cette fois plus encore que les autres, les reproches qui lui sont adressés ne résistent pas à l’examen.

Comment expliquer, en effet, qu’une émission somme toute ordinaire puisse conduire à une sanction aussi sévère ? Faudrait-il comprendre qu’il est désormais interdit de débattre de la vie chère dans le Mali d’Assimi Goïta ? Mais surtout, comment voudrait-on nous faire croire qu’en invitant Rokia Doumbia sur son plateau, Mohamed Youssouf Bathily se serait rendu coupable d’association de malfaiteurs ? Décidément, par les temps qui courent, les magistrats maliens ne manquent pas d’imagination, car, en dehors de cela, tout cela semble tiré par les cheveux.

Un pouvoir gagné par la panique

Cette condamnation renvoie néanmoins du régime malien l’image d’un pouvoir apeuré, gagné par une forme de paranoïa. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas la sérénité qui dicte des attitudes comme celle ayant conduit à ce procès, mais bien la panique. C’est lorsqu’on se sait vulnérable qu’on en vient à traquer la moindre contestation, y compris les débats les plus anodins.

Or, dès lors qu’un pouvoir se convainc que sa survie ne tient plus qu’à sa capacité à inspirer la peur et la crainte, c’est le signe qu’il se trouve déjà au bord du précipice. Car il a alors perdu, à la fois, son autorité naturelle et sa légitimité, deux ingrédients sans lesquels la chute devient une fatalité.

Boubacar Sanso Barry

Articles Similaires

AGEROUTE Guinée : voici le Procès-verbal d’ouverture des plis relatifs au dossier d’appel d’offres ouvert pour différents travaux repartis en 27 lots

LEDJELY.COM

Ligue des champions CAF : le Horoya tombe en Algérie

LEDJELY.COM

DOKO : deux personnes grièvement blessées dans une attaque à main armée à Kédala

LEDJELY.COM

Abdoulaye Top Sylla n’est plus : hommage à un libre esprit

LEDJELY.COM

Mairie de Dixinn : près de 10 milliards GNF pour transformer la commune

LEDJELY.COM

Drame de Dar-es-Salam : 36 cercueils, une douleur partagée entre Conakry et Freetown

LEDJELY.COM
Chargement....