ledjely
Accueil » Cette fois, votons pour le football
ActualitésAfriqueInternationalMonde

Cette fois, votons pour le football

Formellement, il s’agira d’une élection présidentielle. Au bout du compte, les associations membres de la FIFA choisiront un nom : celui d’un homme ou d’une femme à qui elles confieront la direction de l’organisation.

Mais peut-être que la première question ne devrait pas être celle-là.

Peut-être faudrait-il commencer par demander quel football nous voulons — et de quelle FIFA ce football a besoin.

L’Afrique compte 54 associations de football membres de la FIFA. Chacune a son histoire, ses ressources et donc ses propres réalités footballistiques. Certaines gèrent des championnats professionnels solides. D’autres travaillent dans des contextes où les infrastructures, les financements ou même les déplacements restent des défis quotidiens. Certaines disposent d’académies reconnues et exportent des joueurs vers les plus grands championnats. D’autres doivent encore construire les structures de base permettant aux jeunes de jouer régulièrement.

Il n’y aura donc pas un vote africain. Il y aura 54 votes.

Ces votes pourront converger. Ils pourront aussi diverger. Ce n’est pas le sujet. L’essentiel est que chaque association puisse poser les questions dans le bon ordre : d’abord, quel football voulons-nous ? Ensuite, de quelle FIFA ce football a-t-il besoin ? Et seulement alors : quelle personne est la mieux placée pour la diriger ?

Le football international est aujourd’hui façonné par la politique, les intérêts financiers et les rapports de force. Ce n’est pas nouveau. Mais lorsqu’une élection approche, la tentation est grande de réduire le débat à des alliances, des fidélités, des blocs régionaux ou à la personnalité du président sortant.

On peut reconnaître la contribution d’un président et vouloir malgré tout que l’institution qu’il dirige évolue. Les deux ne sont pas contradictoires. Et poser la question de l’avenir de la FIFA ne signifie pas nécessairement être pour ou contre Gianni Infantino.

Cela signifie simplement demander ce que l’organisation devrait être dans les années qui viennent.

J’ai vécu deux ans à Bangui et, pendant plus d’une décennie, mon travail m’a conduit régulièrement dans de nombreux pays africains. Une chose m’a toujours frappé : la facilité avec laquelle, de l’extérieur, nous parlons de « l’Afrique » comme s’il s’agissait d’un ensemble homogène. « L’Afrique pense », « l’Afrique veut », « l’Afrique soutient ».

Mais l’Afrique ne pense pas d’une seule voix. Le continent est divers. Ses sociétés le sont. Son football aussi.

Les besoins d’une fédération ne sont pas nécessairement ceux de sa voisine. Les priorités du Maroc, avec notamment l’Académie Mohammed VI et des infrastructures considérables, ne sont pas celles de tous les pays du continent. Le Ghana a vu naître Right to Dream, un modèle combinant football et éducation qui a acquis une dimension internationale. Ailleurs, le défi peut être beaucoup plus élémentaire : terrains, compétitions de jeunes, formation des entraîneurs, football féminin ou simplement moyens permettant à une équipe nationale de voyager dans de bonnes conditions.

C’est précisément pour cela que les 54 associations africaines devraient être considérées non comme un bloc électoral, mais comme 54 institutions responsables chacune d’un football particulier.

L’Afrique n’est d’ailleurs pas simplement un continent auquel le football mondial apporte des programmes et des financements. L’Afrique elle-même contribue énormément au football mondial. Elle est l’une des grandes sources de talents du football international. Ses joueurs font vivre des clubs et des championnats sur tous les continents et sont des modèles pour des millions de jeunes.

Leur football, lui aussi, fait partie de ce dont il est question.

C’est d’abord pour eux que ce choix devrait être fait.

Pas d’abord : qui voulons-nous à la tête de la FIFA ?

Mais : quel football voulons-nous, et de quelle FIFA ce football a-t-il besoin ?

Et seulement ensuite : qui est le mieux placé pour la diriger ?

Les 54 associations africaines ne sont pas simplement 54 voix dans une élection présidentielle. Elles représentent 54 footballs — avec leurs réalités, leurs besoins, leurs ambitions, leurs avenirs.

Et peut-être est-ce pour ces footballs, avant toute autre chose, que le vote devrait être exprimé.

Hervé Verhoosel

Belgium · Mobile / WhatsApp: +32 487 96 79 27

LinkedIn: https://www.linkedin.com/in/herve-verhoosel-a2781a2/

Hervé Verhoosel est un ancien haut fonctionnaire des Nations Unies, spécialisé dans la communication, les médias et les affaires publiques internationales. Au cours d’une carrière de plus de vingt ans, il a travaillé notamment à Genève, New York et en Afrique. Il a vécu deux ans à Bangui et ses fonctions l’ont conduit, pendant plus d’une décennie, à travailler et voyager régulièrement à travers le continent africain. Depuis son départ des Nations Unies en avril 2026, il intervient régulièrement dans le débat public sur la gouvernance du football international.

Articles Similaires

Niger : Abdourahamane Tiani rattrapé par le karma

LEDJELY.COM

FGF : le camp d’Ibrahima Khalil Kaba accélère, 36 membres statutaires réunis à Conakry

LEDJELY.COM

Forécariah : après la découverte de six corps dans une fosse, la CNDS appelle au calme

LEDJELY.COM

Mandiana : après une journée de recherches, le corps de Toumany Konaté retrouvé dans un fleuve

LEDJELY.COM

Distinction : Lansana Kouyaté, lauréat 2026 du Prix Boutros Ghali pour la paix et le savoir

LEDJELY.COM

Drame de Dar-Es-Salam : Mamadi Doumbouya sur les lieux

LEDJELY.COM
Chargement....