Finalement, les autorités nigériennes, aidées des soldats russes de l’Africa Corps, ont réussi à reprendre le dessus sur les militaires qui, manifestement, entendaient renverser le régime d’Abdourahamane Tiani. Initiée par une frange de l’armée, la tentative de coup d’Etat, débutée par des tirs nourris au beau milieu de la nuit du vendredi à samedi, s’est poursuivie jusqu’au soir du samedi, avec la reprise de la stratégique base 101, attenante à l’aéroport Diori-Hamani de Niamey. Au cours de ces quelque 18 heures de face-à-face, les mutins étaient parvenus, un temps, à se rendre maîtres de plusieurs sites sensibles, dont la télévision nationale, dont le signal a d’ailleurs été brièvement interrompu. Mais la garde présidentielle, demeurée fidèle au chef de l’Etat, les aura privés de leur objectif ultime, qui semblait être la prise du palais présidentiel. Il n’en demeure pas moins que ce putsch manqué constitue un indicateur supplémentaire de la dégradation de la situation, notamment sécuritaire, depuis le coup d’Etat de juillet 2023.
Une victoire qui ne doit pas faire illusion
Même si l’on peut imaginer qu’il a été, un temps, ébranlé par la perspective de sa propre chute, le président Abdourahamane Tiani aurait pourtant beau jeu de se montrer triomphaliste après l’écrasement de cette tentative de renversement. En effet, même si aucun bilan officiel n’est encore disponible, plusieurs sources font état d’un nombre important de militaires tués parmi les mutins, en particulier à la suite de l’assaut ayant permis de reprendre la base 101. Renforcées par les moyens aériens mis à disposition par le partenaire russe d’Africa Corps, les forces fidèles au régime n’y sont pas allées de main morte.
Cette victoire sur les auteurs de la tentative de coup d’Etat ne doit cependant pas faire illusion, ni nous détourner du message de fond que porte ce putsch manqué. Ce soulèvement, qui a bien failli mettre fin au règne d’Abdourahamane Tiani, achève en effet, de démontrer à quel point la situation s’est détériorée au Niger depuis le renversement, en juillet 2023, de Mohamed Bazoum.
Il y a trois ans encore, des trois pays constituant désormais l’Alliance des Etats du Sahel (AES), le Niger était celui qui affichait le climat sécuritaire le moins préoccupant. Or, en cette seule année 2026, les groupes armés ne se contentant plus de frapper des zones périphériques désertées par l’armée, s’en sont pris, à deux reprises, à l’aéroport de Niamey lui-même, en janvier, par le groupe Etat islamique, puis en juin dernier, par le JNIM. Deux attaques qui illustraient déjà, à elles seules, la dégradation continue de la situation sécuritaire du pays.
Lourdes pertes
A cet égard, la tentative de coup d’État du week-end dernier sonne comme un marqueur supplémentaire de ce délitement. Le soulèvement des mutins ne semble d’ailleurs pas avoir été motivé par la volonté, ordinaire dans ce genre d’épisode, de remplacer des hauts gradés confortablement installés dans les bureaux climatisés de Niamey. Au contraire, tout indique que ce mécontentement a été nourri par les lourdes pertes subies lors des attaques perpétrées par les groupes armés. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas un hasard si l’essentiel des mutins provenait des régions de Tillabéri et de Dosso, deux zones parmi les plus exposées aux attaques djihadistes.
Un scénario qui n’est pas sans rappeler le précédent burkinabè d’Inata. A la suite d’une attaque terroriste ayant coûté la vie à 57 personnes, dont 54 gendarmes, ce drame avait fini par pousser Paul-Henri Sandaogo Damiba à renverser Rock Marc Christian Kaboré.
Un parfum de karma
Ironie du sort, c’est précisément cette même dégradation du climat sécuritaire que l’actuel dirigeant nigérien, Abdourahamane Tiani, avait invoquée pour justifier son propre coup d’Etat contre Mohamed Bazoum. D’où ce parfum de karma qui entoure la tentative de putsch manquée de samedi dernier à Niamey. Comme si l’histoire venait rappeler que les mêmes causes finissent toujours par produire les mêmes effets.
Boubacar Sanso Barry


