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Dar-es-Salam : des familles déguerpies dénoncent une opération « unilatérale »

Au lendemain de l’éboulement meurtrier survenu à la décharge de Dar-es-Salam, qui a fait plus de 30 morts, les autorités ont lancé une vaste opération de déguerpissement des habitations environnantes. Si la mesure vise à éloigner les populations d’une zone devenue particulièrement dangereuse, elle suscite colère, incompréhension et détresse chez plusieurs riverains, qui dénoncent une initiative prise sans concertation ni notification préalable.

Lancée le lundi 24 août, au lendemain du drame qui a endeuillé Dar-es-Salam, l’opération mobilise des engins pour libérer les abords de la décharge. Plusieurs familles installées dans la zone se retrouvent ainsi contraintes de quitter leurs habitations, parfois dans l’urgence, sans savoir précisément où aller.

Sur place, les populations concernées dénoncent notamment le caractère, selon elles, unilatéral de l’initiative. Plusieurs habitants affirment n’avoir reçu aucune notification préalable et disent avoir appris au dernier moment que leurs maisons étaient également visées par les opérations.

Parmi eux, Alpha Yakhouba Sow, concessionnaire, explique que les premières informations données par les autorités concernaient principalement les hangars et les installations implantées autour de la décharge.

« Nous, quand ils sont venus ici au début, ils nous ont dit que nos habitations ne sont pas concernées, que c’était pour démolir les pakas (Habitations de fortune) installés aux alentours de la décharge. Normalement, nous, on est dans un secteur de Hamdallaye 1 et non Dar-Es-Salam. Ils ont même dit que c’est l’installation de ces cabarets qui est à la base de cet éboulement », a-t-il fait savoir.

Selon lui, les habitants ont été surpris de voir l’opération s’étendre finalement aux concessions.

« À notre grande surprise, ils sont venus nous dire de quitter aussi, qu’ils vont casser toutes les habitations environnantes, alors qu’on ne nous a pas alertés à temps ni rien. Sinon, quand le ministre de l’Habitat était venu ici, il avait juste souligné le cas des hangars à cause des jeunes qui se droguent », a-t-il indiqué.

Le concessionnaire affirme que certains riverains avaient pourtant tenté, auparavant, d’interpeller les propriétaires des hangars sur la nécessité de libérer les lieux.

« Nous-mêmes, on voulait demander aux propriétaires des hangars de quitter les lieux, mais ils allaient toujours dire que c’est pour l’État. Ils vont même t’insulter, c’est pourquoi on ne s’est pas mêlé », a-t-il souligné.

Mais aujourd’hui, ce sont les familles elles-mêmes qui se retrouvent confrontées à la démolition de leurs habitations. Une situation qui soulève la question du relogement et d’un éventuel dédommagement.

« On nous a demandé de quitter les lieux sans aucune promesse de dédommagement. Mais bon, je laisse pour moi à Dieu, car je ne peux rien contre sa volonté. On attend la décision finale des autorités », a conclu Alpha Yakhouba Sow.

La détresse est également perceptible chez les femmes contraintes de sortir précipitamment de leurs maisons. Houleymatou Bah déplore les conséquences de cette opération sur des familles installées dans la zone depuis plusieurs années.

« Nous sommes là depuis des années et un bon matin, ils viennent nous demander de quitter. Cela est vraiment révoltant. Nous n’avons nulle part où aller, donc que les autorités nous viennent en aide. Vous voyez, nos objets sont éparpillés ça et là. Nous voulons l’aide de tous pour avoir un logement », a-t-elle souligné.

Adama Sira Diallo, tout en reconnaissant la dangerosité du site après le drame, conteste elle aussi la manière dont l’opération est menée.

« Nous n’avons pas été notifiés qu’ils doivent venir nous déguerpir. Sinon, nous sommes tous conscients que le danger est imminent. Mais cette façon de nous faire quitter n’est pas bonne. Vous avez vu, nos enfants sont là et nous n’avons pas où aller », a-t-elle déploré.

Au lendemain de l’éboulement qui a fait plus de 30 morts à Dar-es-Salam, les autorités veulent manifestement éloigner les populations des secteurs jugés à risque autour de la décharge. Mais si la nécessité de sécuriser la zone semble faire consensus, les conditions dans lesquelles le déguerpissement est conduit alimentent la contestation.

Pour les riverains, l’urgence sécuritaire ne devrait pas faire oublier leur situation sociale. Ils réclament notamment un dialogue avec les autorités, un accompagnement et des solutions de relogement pour les familles qui perdent leurs habitations.

Aminata Camara

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