Le bras de fer se durcit entre le Parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) et la Chambre nationale des huissiers de justice de Guinée. Dans un communiqué publié ce lundi 5 octobre 2026, le Parquet spécial répond fermement aux menaces de débrayage brandies par certains huissiers après le placement sous mandat de dépôt de deux de leurs confrères.
À l’origine de cette tension, le placement sous mandat de dépôt de Maître Sory Daouda Camara, huissier de justice, et Mandjou Sangaré, poursuivis dans une affaire opposant Ecobank Guinée à plusieurs personnes. Ils sont notamment soupçonnés d’« escroquerie au jugement, faux en écriture publique et authentique, usage de faux, usurpation de titre et de fonction et complicité », selon le Parquet spécial.
Cette procédure a provoqué la colère de la Chambre nationale des huissiers. Réunie en assemblée extraordinaire le 2 octobre, celle-ci avait annoncé des mesures pouvant aller jusqu’à un mouvement de débrayage si ses confrères ne retrouvaient pas leur liberté. Son président, Maître Aboubacar Camara, estimait notamment que les deux hommes avaient agi dans le cadre professionnel et qu’« on n’a rien à leur reprocher ».
Selon le Parquet spécial, l’affaire trouve son origine dans une plainte déposée le 16 juin 2026 par Ecobank Guinée. La banque reproche notamment aux mis en cause des faits liés à une procédure de saisie-attribution portant sur une créance issue d’une ordonnance rendue en 1999.
Le Parquet affirme qu’en 2018, un tribunal avait déclaré nul, « d’une nullité absolue », le procès-verbal de saisie-attribution utilisé dans cette procédure, notamment parce que Mandjou Sangaré, présenté comme clerc d’huissier, n’était pas assermenté et ne disposait pas de la qualité légale pour accomplir les actes relevant du ministère d’huissier.
Malgré cette décision, le dossier aurait continué son parcours devant les juridictions supérieures. Le Parquet indique qu’un arrêt de la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage, rendu le 2 octobre 2025, a condamné Ecobank Guinée au paiement des causes de la saisie ainsi qu’à diverses condamnations accessoires. Le montant réclamé à la banque s’élève à 4,602 millions de dollars américains et plus de 3,099 milliards de francs guinéens.
Pour le Parquet spécial, le placement sous mandat de dépôt des deux huissiers découle de la procédure pénale et de la gravité des faits reprochés. Après leur présentation devant la chambre de jugement de la CRIEF, leur demande de mise en liberté a été rejetée, précise le communiqué.
Le Parquet rejette surtout l’idée d’une offensive dirigée contre l’ensemble de la corporation des huissiers. « Les présentes poursuites visent des personnes nommées, pour des faits précis », insiste-t-il, appelant les intéressés à privilégier les arguments juridiques plutôt que les menaces de cessation d’activités.
Dans sa mise au point, le Parquet spécial adopte un ton particulièrement ferme. Il rappelle qu’aucun statut ni aucun titre ne saurait, dans les limites de la compétence de la CRIEF, faire obstacle à son action.
Il rappelle également que la culpabilité ou l’innocence des prévenus relève exclusivement des juges appelés à statuer sur leur responsabilité pénale. La procédure, assure-t-il, se poursuivra dans le respect des droits de la défense et de la présomption d’innocence.
Mais surtout, le message est sans ambiguïté : « Il ne cédera à aucune pression, d’où qu’elle vienne », affirme le Parquet spécial, tout en appelant les acteurs concernés à faire confiance à la justice et à utiliser uniquement les moyens légaux de défense. Ci-joint le Communiqué-Parquet-Spécial-Enregistré (1)
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