La Guinée a accueilli, ce mercredi 7 octobre 2026 à Conakry, une table ronde de haut niveau consacrée à la mise en œuvre du Protocole de Maputo. La rencontre, marquée par la présence de plusieurs membres du gouvernement, à la tête desquels le Premier ministre Amadou Oury Bah, ainsi que de partenaires techniques et financiers et d’acteurs de la société civile, a placé au cœur des échanges la nécessité de traduire les engagements en faveur des droits des femmes et des filles en actions concrètes.
La Table ronde de haut niveau de Conakry réunit des représentants des États, des institutions africaines et internationales, des Nations Unies, de la société civile, des experts ainsi que des partenaires techniques et financiers autour d’un objectif commun : renforcer la mise en œuvre effective du Protocole de Maputo.


Au cœur des discussions figurent les droits des femmes et des filles, leur autonomisation, leur participation à la vie publique, mais surtout la nécessité de transformer les engagements juridiques en mesures concrètes et durables.
La rencontre vise également à favoriser le partage d’expériences entre les pays d’Afrique francophone et à faire émerger des pistes d’action concrètes pour accélérer la mise en œuvre des engagements pris.
A l’ouverture des travaux, la directrice générale du Centre ODAS (Organisation pour le Dialogue pour l’Avortement Sécurisé), Kadidiatou Sow, a rappelé la collaboration engagée avec la Guinée depuis la fin de l’année 2024 autour des droits à la santé et au bien-être des femmes et des filles. Elle considère cette rencontre comme une nouvelle étape dans le renforcement du dialogue régional.
« Le Protocole de Maputo, adopté le 11 juillet 2003, constitue aujourd’hui l’un des instruments juridiques africains les plus ambitieux en matière de droits des femmes. À travers ses 32 articles, il aborde des questions essentielles, notamment la dignité et l’intégrité de la femme, la lutte contre les discriminations et les violences, l’accès à la justice, la participation politique et sociale, les droits économiques et sociaux ainsi que les droits sexuels et reproductifs », a-t-elle rappelé.


Mais plus de deux décennies après son adoption, l’enjeu réside désormais dans son application effective.
« Le véritable défi aujourd’hui est celui de l’efficacité et de l’effectivité de ces droits. Il s’agit de poursuivre et d’accélérer la ratification dans les pays où elle reste encore en attente, mais aussi de renforcer la domestication là où elle demeure incomplète. Il faut traduire les dispositions du Protocole de Maputo dans les lois nationales, dans les politiques publiques et dans les institutions », a-t-elle souligné.
Prenant la parole à son tour, la ministre de la Femme, de la Famille et des Solidarités, Aminata Kaba, a rappelé que la Guinée a signé le Protocole de Maputo le 16 décembre 2003, avant de le ratifier le 12 avril 2012.
Elle a cité plusieurs avancées enregistrées depuis, notamment la Constitution de 2025, les réformes des codes pénal, de procédure pénale et civil, ainsi que différents textes portant sur la parité, la santé sexuelle et reproductive, la protection de l’enfant et l’égalité entre les femmes et les hommes.
« La ratification est une étape essentielle, mais elle ne constitue pas une fin en soi. Le véritable défi réside dans la mise en œuvre effective des engagements pris, à travers des réformes juridiques, des politiques publiques adaptées, des institutions fortes et des actions concrètes au bénéfice des femmes et des filles », a déclaré Aminata Kaba.

La ministre a également reconnu la persistance de plusieurs obstacles, notamment les inégalités structurelles, les contraintes socioculturelles, les faibles opportunités économiques et les violences basées sur le genre.
Les participants doivent notamment se pencher sur les mutilations génitales féminines, la santé sexuelle et reproductive, la participation politique des femmes, leur autonomisation économique ainsi que leur protection sociale.
De son côté, le ministre des Affaires étrangères, Dr Morissanda Kouyaté, a appelé à dépasser les déclarations de principe pour privilégier l’action.
« Notre présence ici constitue un signal fort de notre volonté commune de faire avancer les droits des femmes et des filles. Mais nous devons nous rappeler que le droit n’a de véritable valeur que lorsqu’il change concrètement la vie des personnes qu’il est censé protéger », a-t-il déclaré.
Le ministre a évoqué les discriminations auxquelles les femmes peuvent être confrontées dès la naissance, mais aussi les inégalités d’accès à l’éducation, les mariages précoces, les mutilations génitales féminines et les complications obstétricales.


« Nous ne sommes pas ici uniquement pour dénoncer ces situations. Nous sommes ici pour rappeler que la domestication du Protocole de Maputo doit commencer par sa mise en œuvre quotidienne. L’enseignant doit se rappeler des droits de la jeune fille, le médecin doit se rappeler des droits de la femme, le fonctionnaire doit se rappeler des droits de la femme, le parlementaire doit se rappeler des droits de la femme », a-t-il insisté.
Le ministre a par ailleurs salué la progression de la représentation des femmes dans les institutions guinéennes, avec 40,8 % de femmes au Parlement en 2026. Il estime cependant que leur présence dans les institutions doit s’accompagner d’une participation réelle aux décisions.
Les travaux de cette table ronde devraient déboucher sur une « Déclaration-Action de Conakry », assortie de recommandations et d’engagements destinés à accélérer la mise en œuvre du Protocole de Maputo.
Cette rencontre de Conakry a été marquée par des sessions axées notamment sur la comprehension du Protocole de Maputo, enjeux juridiques, portée et mécanismes de suivi; l’état des lieux des avancées et perspectives de mise en œuvre des dispositions du Protocole; mais également des discussions et débats entre ministres et partenaires clés, avec partage volontaire d’expériences des pays.


Le Protocole de Maputo complète la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples en consacrant un ensemble de droits spécifiques aux femmes en Afrique. Son adoption répond notamment à la nécessité de renforcer la protection des femmes face aux discriminations, aux violences et aux pratiques néfastes.
A Conakry, les participants entendent ainsi franchir une nouvelle étape : au-delà de la ratification et des engagements juridiques, il s’agit désormais de garantir leur traduction effective dans les lois, les politiques publiques et, surtout, dans la vie quotidienne des femmes et des filles.
Thierno Amadou Diallo


