C’est une issue que l’on pressentait, au vu des opérations menées ces derniers jours dans la région par l’armée malienne et son partenaire russe d’Africa Corps. Des opérations, notamment aériennes, qui semblent avoir été si décisives que les combattants du Front de libération de l’Azawad (FLA) se sont empressés de se retirer de la ville stratégique de Kidal avant même que les forces loyalistes n’y entrent, peu après la mi-journée de ce mardi 6 octobre. Cette reprise symbolique, même si elle s’est faite sans combats, n’en constitue pas moins une bonne nouvelle pour Bamako. D’autant qu’elle apparaît comme le parachèvement d’une dynamique qui, ces dernières semaines, a vu les troupes progouvernementales mieux résister face au tandem JNIM-FLA qu’elles ne l’avaient fait lors de la grande offensive d’avril dernier.
Les renseignements améliorés
A Kidal, le contrôle du JNIM-FLA aura donc été de courte durée. Moins de six mois en tout. Consciente de la valeur symbolique que représentait la perte de cette ville, l’armée malienne s’était manifestement fixé, depuis la débâcle du 25 avril 2026, l’objectif de la reconquérir. Pour y parvenir, il lui a fallu procéder à une certaine introspection. Une auto-évaluation qui a débouché sur plusieurs résolutions. La première faille qu’il aura fallu corriger est le déficit en renseignements.
En avril dernier, cette lacune avait en effet constitué un facteur déterminant dans l’offensive surprise du duo JNIM-FLA, laquelle avait entraîné, outre la prise de Kidal, la mort de l’ancien ministre de la Défense, Sadio Camara. Depuis, Bamako semble avoir considérablement amélioré ce volet. C’est ainsi qu’en début juillet, lorsque les mêmes groupes armés ont ciblé simultanément les bases militaires de Gao, Aguelhok et Anéfis, ils se sont heurtés à une résistance bien plus forte, les troupes maliennes ayant cette fois reçu des renseignements en amont et renforcé en conséquence leurs positions à Gao et à Sévaré. L’attaque du camp de Dioura, le 10 septembre dernier, qui a coûté la vie à plus d’une centaine de soldats maliens et d’éléments d’Africa Corps, rappelle certes que tous les défis en matière de renseignement ne sont pas encore relevés. Mais, dans l’ensemble, des progrès indéniables ont été enregistrés depuis les offensives simultanées d’avril.
La maîtrise de l’espace aérien
Un autre secteur ayant connu des avancées ces derniers mois est celui des capacités aériennes des Forces armées maliennes (FAMa). Dans la guerre asymétrique que les groupes armés imposent à l’Etat malien sur le vaste no man’s land du septentrion, la maîtrise de l’espace aérien constitue un avantage non négligeable, face à des groupes privilégiant des opérations coups de poing, attaques surprises suivies de retraits quasi immédiats. Mais depuis que la Russie a doté l’armée malienne de drones Geran, de type Shahed, en mai dernier, cette tactique s’est sensiblement affaiblie. D’ailleurs, dans son communiqué de mardi annonçant son « retrait stratégique » de Kidal, le FLA a expressément évoqué « l’utilisation disproportionnée de vecteurs aériens par les mercenaires russes de l’Africa Corps et (…) le pouvoir militaire de Bamako ». C’est bien cette dimension aérienne qui semble avoir pesé, ces derniers jours, dans la reconquête de Kidal.
Approche globale et holistique
Mais, pendant qu’il en est encore temps, il faut souligner que la reprise de Kidal n’est qu’une bataille remportée. La guerre, elle, est loin d’être gagnée. D’autant que l’ennemi ne saurait être vaincu par la seule puissance militaire. Les défis qui font du Nord-Mali une poudrière depuis plus de vingt ans sont aussi d’ordre politique, culturel, sociologique et liés au développement. Autant d’aspects qu’il faudra prendre en compte, à travers une approche globale et holistique, si l’on veut, au-delà d’une victoire militaire symbolique, obtenir le retour durable de la paix et de la sécurité dans cette vaste région qui en est privée depuis trop longtemps.
Boubacar Sanso Barry


