Un drame bouleversant s’est produit aux premières heures de la matinée de ce mercredi 3 juin dans le quartier Entag SOS, dans la commune de Tombolia. Une femme enceinte de huit mois a perdu la vie après avoir été atteinte par balle dans des circonstances qui suscitent une vive émotion et une profonde indignation parmi les habitants.
La victime, Mme Traoré Tenin Camara, mère de six enfants, aurait été mortellement touchée alors qu’elle se trouvait à son domicile aux environs de 5 heures du matin.
Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, des coups de feu auraient retenti dans le quartier avant que le projectile n’atteigne la victime. Son corps a ensuite été transporté à la morgue de l’hôpital régional d’Enta, où son époux et plusieurs proches se sont rendus.
Dans le quartier, la douleur reste profonde. Parents, voisins et habitants décrivent une femme connue pour son sens de l’entraide et son attachement à sa famille.
Interrogée, sa voisine de longue date, Mme Kaba Mariam Condé, raconte avoir été réveillée par des bruits inhabituels avant de découvrir la scène.
« Ce matin très tôt, depuis 4h-5h moins, il y a eu beaucoup de bruits. Donc, je me suis levée, j’ai demandé qu’est-ce qui ne va pas ? J’ai appelé chez ma tante pour savoir si c’est là-bas, on dit non. Donc, je me suis levée, je suis sortie. Il y avait beaucoup de bruits. Les enfants voulaient sortir, je leur ai dit de ne pas sortir. Finalement, j’ai mon frère qui était à l’étage, un petit frère qui m’a dit : « Ah, c’est chez tantie Tenin ». Après, j’ai entendu : « Fourouguinè », c’est-à-dire femme enceinte. J’ai dit : « Chez tantie Tenin ? Ouvrez la porte ! » Je me suis levée, je suis sortie. J’ai trouvé ma sœur, c’est une voisine qui est une sœur pour moi. Parce que depuis qu’elle est là, c’est confié à ma mère, ma mère est décédée et mon frère… Elle s’est confiée à notre maman donc elle est devenue une sœur pour moi. Plus de 20 ans qu’on est ensemble, elle est comme une sœur. J’ai trouvé ma sœur allongée. Elle est enceinte de 8 mois. Elle est allongée par terre, dans le sang », a-t-elle expliqué.

Toujours selon son témoignage, des individus armés, qu’elle identifie sous réserve comme appartenant aux forces de sécurité, auraient été présents dans le secteur au moment des faits. Elle affirme que plusieurs tirs auraient été effectués et qu’un projectile aurait traversé le portail avant d’atteindre la victime à l’épaule alors qu’elle venait de rentrer dans sa concession.
« Apparemment, il y a des militaires qui étaient là, je dis bien apparemment, l’autre était en force spéciale, un autre motard, qui se sont pris devant notre portail là, qui faisait du bruit. Ils ont tiré, tiré trois fois. La troisième balle qui est venue, elle était devant sa porte. Elle préparait parce que c’est une vendeuse de friperie à Madina. Elle préparait pour aller à Madina. Elle a dit à sa sœur : « Rentrons, rentrons. Ces gens-là, c’est tout le temps comme ça là, rentrons, il faut éviter les balles. » Elle est rentrée», a-t-il indiqué.
Puis de poursuivre : « Sa sœur aussi est rentrée. À peine rentrée dans sa maison, la balle a traversé le portail, ça l’a prise à l’épaule, c’est sorti derrière. De là, elle a perdu connaissance, elle a craché apparemment parce que je l’ai trouvée dans le plein sang. Donc, je l’ai prise dans la voiture, je l’ai amenée à l’hôpital régional qui est juste à côté ici, à Enta. Mais c’était un dépôt de corps. Depuis qu’on l’a prise, elle avait déjà rendu l’âme. Moi, j’espérais que ma sœur n’était pas décédée. J’espérais qu’à l’arrivée, les médecins allaient me dire que ma sœur n’était pas décédée. Malheureusement, c’était un dépôt de corps ».
Au-delà de l’émotion, elle appelle les autorités à prendre des mesures afin d’éviter que de tels drames ne se reproduisent. Elle évoque notamment des incidents antérieurs dans la zone et demande davantage de sécurité pour les habitants.

« On ne peut que sensibiliser. Aujourd’hui, cette situation est déplorable parce que c’est ce qui se passe tout le temps ici. Ce n’est pas la première fois. Une fois, mes enfants et mes frères jouaient ici et un militaire est venu les attaquer, qui a fait sortir l’arme. Ce jour-là, c’est mon grand frère qui a dû oser, je lui ai dit de le laisser passer. Il y a un coin ici, au carrefour, l’usine en face, Sonoco. Si l’autorité peut nous aider à délocaliser complètement là-bas. Il n’y a que des bars, des trucs là-bas. Quand les gens viennent, ils partent là-bas pour boire. Ils font du n’importe quoi. Ce n’est pas la première fois, tout le temps ils menacent les gens ici avec les armes. Les forces de l’ordre doivent nous protéger, elles ne doivent pas nous prendre la vie », a-t-elle martelé.
Un autre voisin, Sékou Touré, a également exprimé son émotion. Il décrit une femme respectueuse et généreuse, connue dans le voisinage pour son attention envers les autres.
« Chaque matin, elle se levait tôt pour préparer ses enfants avant de partir à ses activités », a-t-il témoigné, appelant également au calme et au recueillement.

Après l’annonce du décès, la tension est montée dans le quartier. Des jeunes en colère ont brièvement barricadé la route pour dénoncer le drame. Les forces de sécurité, notamment des gendarmes et des policiers, ont été déployées afin de sécuriser la zone et prévenir tout débordement.
À ce stade, les circonstances exactes de l’incident ainsi que les éventuelles responsabilités n’ont pas encore été officiellement établies. Les habitants attendent désormais des clarifications de la part des autorités compétentes.
Aminata Camara




